Notes critiques sur le texte « Rupture »

Voici des notes critiques par J.Wajnsztejn et de C.Gzavier sur le texte Rupture : replacer l’émancipation dans une perspective sécessionniste qui ont servit à la préparation du livre La tentation insurrectionniste.

Notes J.Wajnsztejn :

1) Tout d’abord parce que je voulais te l’envoyer il y a déjà un bon moment, une critique de « Rupture » que j’ai d’ailleurs intégrée au texte long sur l’insurrectionnalisme. je ne ferai pas de grandes phrases mais prendrai quelques points de remarques ou de critiques :

– les références du texte sont très datées et particulièrement celles liées à Deleuze et Guattari de « Mille plateaux ». Parler en ces termes qui sont finalement encore ceux de 1977, c’est faire fi du procès de normalisation avec comme résultats la transformation des désirs des individus en subjectivités sans sujets (particularismes radicaux ou singularités quelconques) et la révolution anthropologique qui accompagne la révolution du capital.

– le recours systématisé à la référence foucaldienne révisée Guattari des « dispositifs de pouvoir » a plusieurs effets négatifs : premièrement aplatir tous les niveaux des dispositifs comme s’il n’existait plus qu’une horizontalité des pouvoirs car la verticalité rappelle le Pouvoir avec un grand P, la totalité et cela renvoie au marxisme brut tant honni ; deuxièmement, renforcer l’idée que tout est pouvoir et que tous les pouvoirs sont de même niveau (toujours l’horizontalité) et en conséquence que tous les types de domination le sont aussi (cf. Laplantine et sa coexistence des dominations/contradictions). Non seulement le monde n’est composé que de dominants et de dominés mais chacun est le dominant dans un domaine.

– une contradiction insurmontable apparaît alors qui est de dire d’un côté que le pouvoir est un ensemble de rapports objectifs médiés par des dispositifs (c’est par exemple ce que développe Tiqqun) et de l’autre que le pouvoir n’est qu’une relation de pouvoir (toujours Foucault). Si on s’en tient à la première proposition on reste dans la dialectique de l’inter-dépendance et dans l’idée d’un capital comme rapport social dont on ne sort pas autrement qu’en l’abolissant alors que si on retient la seconde, il y aurait possibilité de sécession car il n’y a pas de relation véritablement obligée. Bon à part cela si on admet que le rapport social ne peut être qu’un rapport de classe (capital/travail) et que « le système » n’est plus mu par ce rapport, mais par des inégalités, des discriminations, des dominations toutes les combinaisons sont alors possibles qui vont de la dénonciation de la domination « systémique » des hommes (le lien indissoluble capitalisme/patriarcat) qui redouble la question de l’exploitation comme chez Scholz de Krisis (pour une critique, cf. notre insert à « L’évanescence de la valeur » intitulé ; « Division sexuelle de la théorie chez Krisis , ») pour qui il faut trouver un sujet de la domination qui ne peut pas être le capital ou la valeur puisque ceux-ci sont neutres du point de vue du genre; à la dénonciation du machisme comme domination inter-individuelle contre laquelle « il ne tient qu’ à nous de… »

Mais la confusion des deux propositions entraîne justement des aberrations du type « la sécession ne supprime pas le dispositif » (cf. « Rupture ») ce qui repose sur une autre affirmation, mais cette fois d’Holloway, auquel tu fais référence aussi, comme quoi la sécession est anti-pouvoir alors que l’opposition est contre-pouvoir. Mais alors je te le dis tout de go : quelle est la place de la théorie critique dans tout cela puisque justement elle est tout sauf séparation ? Dans la logique de « Rupture », mais aussi de nombre d’insurrectionnalistes, la critique participe ainsi de la dynamique du « système » et doit de fait être abandonnée. On assiste alors à un truc remarquable et désolant, c’est que les mêmes personnes qui refusent cette théorie critique parce que séparée de la pratique et participant de la domination, accepte par ailleurs d’écrire dans des revues quasi universitaires (comme Réfractions ») qui expriment le comble de la séparation et où vraiment, sans esprit polémique, parler ne veut rien dire.

– alors que la sécession est censée reposer sur l’idée que le pouvoir est relation, on retrouve une critique de la séparation qui repose sur le binaire de la lutte entre les deux camps, entre sujet et objet.

– confusion entre les régions où il existe encore des possibilités de base arrière (cf. le Chiapas) et les nôtres par rapport à l pertinence du concept de guérilla.

Notes de Gzavier :

Dire que « l’étrangeté à l’autre » est une aliénation je dois dire que c’est quand même fort. L’étrangeté à l’autre est une condition de la rencontre voir de l’amour. Pour crée du liens comme proposé nous n’avons pas attendu à l’UA1 l’idée génial qu’à la base nous somme aliéné.

Toujours sur l’étrangeté à l’autre, je soulignerai comment l’anonymat des grandes villes permet et a permit des formes de libertés. Car si tout le monde se connaît, c’est un monde clôt avec d’autres règles tel la communauté villageoise. Et je dois dire que je n’ai pas du tout la nostalgie de ce type de liens qu’on finalement choisi les gens de Tarnac (bien leur en fasse). J’en profite pour dire que le lorsque F.Laplantine présente le « petit » comme éminemment positif il y a une fuite en avant que je ne suit pas. Par exemple, le couple peut être une forme d’épanouissement comme une prison infernale. Présumé à partir de la forme sans le contenu qui va avec est une grave erreur à mon avis.

Quand à la révolution qui devrait être remplacé par la sécession il y a de quoi dire. Sans fétichisme pour la grande Révolution on peut dire que celle-ci a à voir avec une certaine dialectique. Mais justement la sécession proposé ne permet pas de penser dialectiquement (renvoie à Deleuze en somme).

Par ailleurs la subversion des rapports sociaux présentés est de quel ordre face à l’objectivité non pas seulement des dispositifs particulier mais aussi de l’Etat et du Capital ? D’ailleurs ce texte parle-t-il un instant seulement de l’Etat où du Capital ? Non. D’une manière générale le texte pense des agencements localisés de pouvoir mais très peu la structuration distribuée des pouvoirs (et je ne suis pas structuraliste pour autant). Le risque simple est de ne plus choisir tel où tel impératif de lutte à partir des formes de la totalité et ces impératifs.

 Il va s’en dire que je prend mes distances avec l’éthique proposé dans ce texte qui n’est que rien d’autre qu’une police de la pensé et des actes auto-administré et volontariste, quel progrès ! Quand je dis cela j’ai d’innombrables exemples militants dont je vous passe le détail ici.

  1. Collectif Université Autogérée []

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