Aux origines de la revue (postface de La valeur sans le travail)

Fondée en 1990, la revue Temps critiques est à la fois le fruit de nécessités objectives : les immenses transformations du système capitaliste et la caducité de la théorie du prolétariat, impliquaient un travail en profondeur sur la nouvelle période, et un bilan par rapport aux vingt années qui ont suivi Mai 68. L’éclatement des luttes de classes et l’épuisement du mouvement révolutionnaire, les replis identitaires et les dérives politiques ont entraîné une véritable pulvérisation de la théorie et un isolement des individus restés en dehors des chapelles constituées, mais qui considéraient qu’il n’était pas temps d’aller cultiver son jardin. Nécessités objectives donc, mais aussi singularités de rencontres fortuites entre des individus provenant d’horizon différents. Il est en effet notable, et cela influera sur le caractère futur de la revue, que l’origine de Temps critiques n’est pas dans la décision d’un groupe constitué de se donner un organe théorique, ni le résultat d’une association d’individus née d’une lutte particulière et qui se seraient trouvés des bases communes pour élaborer un autre projet. Lire la suite →

Sur la technique (et les nouvelles technologies) dans la société capitalisée

Faisant suite à trois billets sur ce blog (Les transformations technologiques du capital, état des lieux et incidences; Le capitalisme de plate-forme; Travail, activité générique et nouvelles technologies) nous vous signalons la publication sur notre site d’un texte complémentaire de J.Wajnstejn intitulé  :

Sur la technique (et les nouvelles technologies) dans la société capitalisée.

Tout en tenant compte des discussions précédentes et des interventions écrites plus descriptives auxquelles elles donnèrent lieu, cet article s’essaie à une réflexion critique qui tienne à distance aussi bien les positions sur un « système technique » autonome et ses dérives anti-industrialistes que les positions « progressistes » traditionnelles marxistes rénovées au filtre des nouvelles technologies.

Théorie de la crise ou crise de la théorie ?

Cette suite d’échanges est le fruit d’une activité de discussions autour de la liste « soubis » dont l’un des membres a proposé un échange sur la crise à partir d’un texte de Robert Kurz, ancien membre de la revue allemande Krisis puis de la revue Exit jusqu’à son décès.

L’intervention de J. Wajnsztejn s’est faite à partir de deux axes principaux, le premier étant le caractère daté de ce texte de Kurz qui concerne la crise de 2008 comme s’il ne s’était rien passé depuis, comme si c’était une évidence que la crise s’étirait sans fin sans que cela soit pourtant une crise finale ; il s’agissait donc de critiquer l’approche qui ne considère le capitalisme que comme un système en crise sans jamais parler de sa dynamique contradictoire de développement plus caractérisée par des cycles courts de croissance et dépression que par des cycles de longue durée comme on avait pu en connaître tout au long des XIXème et XXème siècles ; le second à partir de la critique de l’utilisation de catégories idéalistes (les « abstractions réelles » de l’école critique de la valeur) qui ne sont explicatives de rien quant à la « crise » actuelle et qui sont de fait obligées de se replier sur la théorie de la valeur-travail, la baisse tendancielle du taux de profit et autres croyances marxistes jamais démontrées, ni d’ailleurs mesurables.

Ces remarques ont entraîné de nouveaux échanges inter-individuels entre JW et F. Chesnais qui présentait le texte de Kurz et une discussion publique au sein du groupe « soubis » le 10 mars 2017. Discussion que nous reproduisons ici ainsi que les quelques remarques de conclusion de JW.

Le texte préparatoire à la réunion de Kurz figure en fichier joint.

Suite à cette échange une discussion parallèle s’est engagée, en dehors du cercle « soubis » et cette fois en rapport avec le « réseaudediscussion » entre JW et Gérard. B sur machines et valeur qui est en cours encore et qui s’insérera plus tard dans cet ensemble.

Enfin, différentes remarques et discussions ont amené JW a remanier son texte d’origine « Crise ? » afin d’en faire un article en lui-même à paraître sur le site dans la semaine qui vient.

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Temps Critiques n°18 intégralement disponible sur le site

Mise à disposition intégrale du contenu du numéro 18 de Temps Critiques sur le site.

Sommaire :

État-réseau et souveraineté

Technologisation et transformations du travail, l’exemple des bibliothèques

Projet de loi-travail et convergence des luttes : un malentendu ?

Le projet El-Khomri : un retour au XIXe siècle ?

État islamique ou communauté despotique ?

Au fil de quelques lectures : islamisme, fascisme, choc des civilisations, religions…

La communauté humaine : une société sans argent ?

Quelques remarques autour de la question d’un monde sans argent

Bonne lecture

Pourquoi l’esprit critique est-il si peu répandu à gauche et dans les milieux libertaires ?

Soumis pour avis à plusieurs camarades, un texte initial s’est ensuite transformé en un débat suite aux nombreuses réflexions et critiques reçues par mail. Chacun a relu sa contribution et celle des autres et un peu réécrit ses courriels. Nous avons donc tous un peu débordé par rapport au thème originel dont l’objectif était de mieux cerner les particularités et difficultés de la situation actuelle, notamment par rapport aux années 60, pour ce qui concerne à la fois l’esprit critique « à gauche » et dans les milieux « radicaux » et les capacités de débattre entre militants….

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Avis de parution : n°18 de la revue et livre

Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution du numéro 18 de la revue Temps Critiques (sommaire et 4ème de couverture plus bas) et d’un livre : Dépassement ou englobement des contradictions ? La dialectique revisitée. Ce dernier est l’oeuvre J.Guigou et J.Wajnsztejn avec pour quatrième de couverture :

« Ce fut un merveilleux lever de soleil » avait dit Hegel de la Révolution française. L’expression fut également utilisée pour qualifier Mai 68 et le dernier assaut prolétarien des années 1960-70 qui tendait à abolir le capitalisme. Sur ses limites s’enclenche une nouvelle dynamique qui permet d’englober la contradiction capital-travail mais fait resurgir des contradictions ancestrales précapitalistes (rapports entre les sexes, rapport à la nature) jusque là recouvertes par la contradiction dominante entre les classes. Féminisme, lutte contre la norme sexuelle, écologisme, autonomie, autant de mouvements, alors dits « de libération », qui semblent un temps pouvoir dépasser le capitalisme. Il n’en fut rien : ces mouvements, souvent devenus lobbies, contribuent plutôt à faire sauter des verrous. Et aujourd’hui que quasiment toutes les activités humaines sont capitalisées, c’est une contradiction encore plus ancienne et plus générale qui se manifeste à nouveau, celle entre individu singulier et communauté humaine, mais sous les formes particularisées des religions et des identités.

Ni traité philosophique, ni leçon politique pour l’action immédiate, ce livre cherche à tester la validité théorique de certains concepts hégéliens et marxiens au regard des bouleversements de ce que l’on peut désormais nommer « la révolution du capital » ; il cherche aussi à dégager des possibles pour un devenir autre.


Sommaire du numéro 18 de Temps Critiques :

  • État-réseau et souveraineté – Jacques Wajnsztejn
  • Technologisation et transformations du travail, l’exemple des bibliothèques – Gzavier
  • Projet de loi-travail et convergence des luttes : un malentendu ? – Temps critiques
  • Le projet El Khomri : un retour au XIXème siècle ? – Temps critiques
  • État islamique ou communauté despotique ? – J.Guigou
  • Au fil de quelques lectures : islamisme, fascisme, choc des civilisations, religions… – J.Wajnsztejn
  • La communauté humaine : une société sans argent ? – B.Signorelli
  • Quelques remarques autour de la question d’un monde sans argent – J.Wajnsztejn

cover_n18Quatrième de couverture :

Le capital, dans ses nouvelles tendances (capitalisation plutôt qu’accumulation, reproduction « rétrécie »), s’appuie sur une organisation dans laquelle les flux de production et d’information, de finance et de personnes, ne dépendent pas seulement de la logique du profit, mais aussi des jeux de puissance au sein de réseaux inter-connectés mais malgré tout hiérarchisés. Aujourd’hui, l’État a perdu l’autonomie relative qui était la sienne dans la société de classes à l’époque des États-nations. Il ne peut plus être perçu comme la superstructure politique d’une infrastructure capitaliste comme le concevait le marxisme orthodoxe. Son passage progressif à une forme réseau à travers laquelle il est présent, actif et englobant, tend à une symbiose entre État et capital. L’État n’est plus en surplomb de la société, puisqu’il a recours aux outils connexionnistes pour résorber ses propres institutions dans diverses formes d’intermédiation. Il en résulte que la forme de domination qu’il exerce n’est plus extérieure aux individus, mais basée sur l’internisation/subjectivisation des normes et des modèles dominants. Parmi ces modèles, celui de la technique joue bien sûr un rôle central dans la transformation des forces productives et des rapports sociaux Ce modèle technique induit par le développement capitaliste est aujourd’hui indissociable de choix politiques qui se présentent comme incontournables. Et il finit par s’imposer comme une seconde nature. Nous critiquons toutefois, l’hypothèse d’un « système » technique autonome ou « macro-système », même si ce dernier terme peut avoir une valeur heuristique à condition de ne pas lui accorder des qualités d’autonomie, d’automaticité selon la conception du « capital automate » ou au contraire de finalisme qu’il ne possède pas.

Il en est de même de la notion de « système » capitaliste : le capital ne tend vers l’unité qu’à travers des processus de division et de fragmentation qui restent porteurs de contradictions et réservent des possibilités de crises et de luttes futures. C’est bien pour cela qu’il y a encore « société » et que nous parlons de « société capitalisée ». Le capital n’a pas engendré une domestication totale car il se fait milieu, valeurs, culture provoquant ainsi une adhésion contradictoire d’individus qui participent ainsi à une « ambiance », celle de la société capitalisée.

L’hypothèse d’une « crise finale » du capitalisme qui posséderait une forte dynamique le poussant à « creuser sa propre tombe » a été démentie par les faits, même si sa dynamique actuelle repose sur le risque et donc suppose la possibilité et l’existence de crises. En effet, le capital n’a pas de forme consacrée, commerciale et financière à l’origine, industrielle ensuite. Si cette dernière forme a pu constituer un facteur de stabilisation pendant une période historique, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les jeux de puissance, associés à l’esprit de commerce ou d’entreprise et à la soif de profit des uns, le désir d’un travail bien fait, l’intérêt pour la recherche et la création de savoirs chez d’autres, poussent sans cesse vers l’innovation.

Nous assistons à ce mouvement au cours duquel la société capitalisée s’émancipe de ses contraintes sans que nous-mêmes ayons révolutionné ce monde. Quelle alternative alors nous permettrait de maintenir une perspective révolutionnaire ?


La revue est à 10 euros et le livre à 12 euros en commande directe.
Pour cela écrire à l’adresse suivante :
Temps Critiques 11 rue Chavanne 69001 Lyon
Libeller le chèque à l’ordre de Jacques Wajnsztejn