La persistance est un crime !

« La persistance est un crime ! » / voilà ce qu’Ils* hurlent dans un sinistre unisson les « mass-médiocrates ».

Amis, amies, l’on vous prie…, bouchez vos nez, prenez des sacs pour recueillir les vomissements comme dans les avions… Faites vous aussi le sale boulot, allez zapper sur les chaînes TV, LCI chaîne 26, BFM TV chaîne 15… Il y a des « Opinion-Makers », des « journalistes », des « commentateurs », qui sont des archi-, des « ultra-sbires », des véritables sanguinaires, des véritables violeurs, des véritables « assatanati, assoiffés de sang »… Aujourd’hui, quand – ils devraient en être contents, non ? – il n’a pas eu lieu aucun épisode de ces gestes ou actions qu’ils appellent « casse » et « pillage », « dégradation » – qu’il n’y pas eu d’apparition de gens comme nous (« C’est la canaille / et bien j’y suis ! », chantait Francesca Solleville…, et j’ai envie de le crier, de lui lancer dans la figure) – … nous, racaille, canaille, casseurs, pilleurs, « black-block »… ; aujourd’hui que, simplement, il y a des Gilets Jaunes qui persistent, à 2000 à Paris et 38 000 dans toute la France, TOUS CES MASQUES SINISTRES SONT HORS D’EUX.

Sur le plateau, par exemple, de C-NEWS, il y a simplement un des Gilets qui bravement persiste à guerroyer, à se défendre, soi-même et ses camarades. En un chœur horrible, sinistre, on lui conteste l’idée même de vouloir persister. On prétend lui extorquer des « Aveux », lui dicter ses sentiments… On reproche à lui et aux siens/siennes de ne pas avoir « de la bienveillance » – de la bienveillance !!! – envers le Président, de ne pas l’aimer, de « garder une défiance » [racine de la haine, du ressentiment, et de tout autre]  (excusez-moi… pendent que j’essaye de “gribouiller” j’entends que aujourd’hui, faute de « violences physiques », il y a des « violences morales »…, « un discours de haine, d’extrême violence d’abord contre le Président de la République »… Excusez-moi, je ne trouve pas les mots…).

Ils, elles, les « mass médio-crates », se posent comme le ventriloque par rapport à la poupée sur son épaule, lui prêtant la panoplie de leurs voix horribles, psychopathes, démentielles…

Ils sont manifestement déçu[e]s, il culpabilisent les manifestants pour le fait d’être-là, ils traduisent un manque toxicomane de voir couler le sang, ils cherchent à la loupe le personnage dégouttant, la phrase raciste, suprémaciste, antisémite, anti-islamique, anti-“nègre”, anti-pauvres, anti-prolétaires, manouvrières (… Maintenant ils/elles sont en train de criminaliserBenjamin Coriat, invité à s’exprimer, si l’on peut dire, à une émission de télévision [NDLR]). Ils prétendent imposer une idolâtrie, un amour fétichiste envers LA POLICE…

Ils se plaignent du fait qu’il y ait seulement 1800 policiers, accusent  les manifestants de « cyberguerre », d’« hystérie sur les social-networks »… Il y a quelqu’un qui dit qu’est « hallucinant » que ces hommes et femmes soient encore là… coupables du crime de « saboter l’économie française », et de contraindre les privilégiés de « financer par la fiscalité générale, par des impôts progressifs, la solidarité générale »… Il y a des ‘“zombis” qui tirent les oreilles à… MACRON, qu’aurait exagéré en palinodies !!!! Il y a beaucoup de plus “macronistes” que Macron !!!

Le pauvre, brave Gilet-Jaune sur le plateau se défend bec et ongle, comme il peut… Certes, quand il dit « Citoyens, c’est-à-dire tout-le-monde », il énonce une contradictio in adjecto, une contradiction dans les termes… Un certain Éric Drouet accusé de « participation à intention de commettre… », comme Julien Coupat et d’autres la semaine dernière…

Je pense que cela constituera une formidable expérience, qui produira une radicalisation et une ouverture des yeux que… peu importe que je la souhaite…, je pense que pour Eux, les « Pouvoirs constitués », ses Masques & Visages, cela pourrait glisser vers un véritable tsu-na-mi. Peut-être, Vous, « Messieurs les Grands » (comme le dit un couplet de Craônne) vous parviendrez jusqu’à L’AUTOPHAGIE ! !!!!!!!

Post-scriptum/ Ces véritables criminels qui appliquent la doctrine d’origine nazie du « type d’auteur », une sorte de « délit de sale gueule », aux manifestants : si l’on ferait le même sale jeu, combien de racistes, miso-gynes, miso-juifs, miso-islamiques, miso-pauvres… ; combien de “quenellistes” l’on pourrait dénicher, pour après étendre ce jugement essentialiste à tout policier ?

*NOTE/ nous nous autorisons ici à utiliser — une fois n’est pas coutume — un terme faisant partie de la « Morale », donc forcément placé dans une ‘tyrannie des Valeurs’, avec ce que celle ci entraîne de dispositifs culpabilisants en l’occurrence de surcroît « essentialisés »… Seul, cette idée de « crime et châtiment », de ‘vengeance’ rationalisée comme « Punition » et ultérieurement comme « Justice », comme toujours, comme l’écrit Marx, le fait du « mort voulant enterrer le vivant » , est évoquée, le terme et le concept mobilisés, dans l’usage le plus circonstancié et restreint :c’est-à dire, au sens du dispositif dit par Dante Alighieri de la « legge del contrappasso » (…) — une sorte de rétorsion contre les ‘personnages-interprètes’, Masques &t Visages [« personne » donc, d’abord, comme « masque », rôle, fonction, ‘partie en comédie’, de l’étrusque « Phersu », qui sont responsables de « félonie », forfaiture trahissant les règles de leur propre jeu… Une fois n’est pas coutume donc, je me réfère ici à une forme de « peine », de « rétorsion » pénale, mais assez sui generis

Bon, salut, Orest&C…

Notes désordonnées sur la cristallisation de novembre 2018

(Il est assez intéressant que mardi 27 novembre la réponse de Macron, à la tête de l’État, à la poursuite des blocages mis en place par les « Gilets jaunes » soit à ce point empêtrée dans les tics et manies de la technostructure, comme si cette formulation extra-terrestre augurait de l’échappement d’une situation grosse donc d’ingouvernabilité, selon le vieil adage qu’une ère de révolution se profile quand les gouvernants ne peuvent plus gouverner et que les gouvernés ne veulent plus l’être)

Mes réflexions sont nées de l’intuition approximative lors de la foire aux fruits oubliés de St-Jean-du-Gard (en Cévennes), le samedi 24 novembre que ce lieu où il y avait foule était peut être l’un de ceux, ce jour-là de forte mobilisation jusque sur les Champs-Élysées à Paris, où il y avait le moins de « gilets jaunes » ; à quoi tenait cette déduction hasardeuse ? Qu’à St-Jean-du-Gard affluait une population qui n’était pas en perdition, quoique certainement en hostilité avec, par exemple l’État nucléaire et son chef, héros de la technostructure. Alors que les « Gilets jaunes » incarnent la bonne volonté flouée, au bord du burn out. L’une cultive un pas de coté, l’autre a les deux pieds dedans.

Mon sentiment, très peu sociologique d’une population en France séparée en trois grandes tendances est le suivant : une est de peu d’intérêt ici, c’est celle qui tire son épingle du jeu, matinée d’élitisme et de cynisme. Quant aux deux autres, l’une anticipe autant que faire se peut sur la dislocation en ayant déjà rompu subjectivement et souvent en pratique avec les principaux déshonneurs de cette vie en société (consommation médiatique, entassement urbain, consommation clinquante, etc. au profit d’une prise en main de son alimentation – jardins potagers – de sa santé), l’autre s’applique à vouloir continuer vaille que vaille, les yeux encore rivés sur un modèle social encore chatoyant et revivifié par la quincaille numérique, parce que rien d’autre ne lui paraît possible, parce qu’elle n’en a pas les moyens, parce qu’elle ne veut pas s’en donner les moyens qui signifieraient l’impossibilité définitive de monter dans l’échelle sociale ou plutôt l’assurance de rétrograder.

L’une est décidément dans l’évitement et le contournement, en se ménageant des marges d’autonomie – au pire des « oasis » – tandis que l’autre, pieds et poings liés dans le salariat, le pavillon à crédit et les traites de la bagnole n’a pas de marge de manœuvre, et de sa « galère » individualisée ne peut que fantasmer (sondage de 85 % d’opinions favorables sur le mouvement des « Gilets jaunes ») sur cette initiative de gens de bonne volonté venue de nulle part.

L’alternatif rentre rarement en conflit ouvert et jusqu’au-boutiste face à l’ordre et l’État : si ce n’est le cas de la Zad de Notre-Dame-des-Landes où la possibilité de pousser jusqu’au bout le refus a été rendu possible aussi par la création de larges marges d’autonomie et de réseaux d’auto-subsistance.

La vie humaine capitalisée ne connaît plus l’art de la subsistance, elle ne connaît que le manque sans cesse reconduit. Et c’est contre cette reconduction, cette fois sous la bannière de la transition écologique, piège et chantage que tout le monde sentait se profiler pour le maintien des mêmes intérêts en place, que des gens anonymes et désarmés disjonctent et se retrouvent (de là à dire que c’est le premier burn out collectif…!).

De là à ce que les deux faces (comme pile et face) de la contradiction sociale (comment mener son existence individuelle sans liberté collective) ne soient plus face-à-face (ou dos à dos ?) mais en résonance ? L’une, s’appropriant des cris de rage de l’autre, la mesure de la petitesse de ses expérimentations pourtant louables mais insuffisantes, et l’autre, lasse d’être acculée s’appropriant l’art de la distance cultivée par la première, non pas pour se dérober au choc mais pour le densifier à l’aide d’une subsistance commune.

Venant, le 29 novembre 2018

Deux séries d’échange sur la question des particularismes

A propos de ce que nous appelons les « particularismes « , ce que certains ont appelé, à l’origine, des « luttes spécifiques », mais qui sont aujourd’hui devenus des prises de position qui exigent des droits particuliers ou spécifiques dans le champ politique, nous avons reçus deux textes dont l’intérêt certain nous a conduit à intervenir et échanger quelques remarques critiques.

Le premier est issu d’un article du dernier numéro de la revue Lignes n°57 et cosigné par Guillaume Wagner et Marina Bodenan. G.Wagner est déjà intervenu sur le blog au cours d’échanges récents cet été que nous avons regroupé sous le titre Communauté humaine et communisme.

Le second est issu du site L’Herbe entre les pavés animé par Max Vincent.

Mais tout d’abord deux mots sur le contexte théorique de la question. L’individualisation/autonomisation de l’individu-démocratique  met en avant une sphère « privée » qui contradictoirement est devenue publique (par le biais des médias et des NTIC) ou se veut publique quand on a affaire aux « particularismes radicaux » qui veulent abolir le privé puisque tout serait politique (néo-féministes, antispécistes, vegans, etc) comme si la vie privée caractérisait l’individu, en dehors de ses rapports sociaux.

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Tension vers la communauté humaine et formes de luttes : de Mai-68 à Notre Dame Des Landes ?

Ci-dessous une réponse de J. Wajnsztejn au texte Art et révolution – hier et aujourd’hui de D. Hoss présent sur ce blog. Cette réponse peut aussi être référée à la synthèse critique faite pour les journées d’Eymoutiers autour du thème :  Le capitalisme est-il l’horizon indépassable de l’humanité ?

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Le capitalisme est-il l’horizon indépassable de l’humanité ?

Nous avons jugé bon de rendre compte1 de ces journées d’échanges organisées à l’initiative de Serge Quadruppani, au village d’Eymoutiers sis près du plateau de Millevaches dit aussi « de la montagne limousine ».

Nous vous en livrons tout d’abord le texte de présentation…

Réchauffement climatique s’accélérant hors de tout contrôle, montée des fanatismes et triomphe de la rapacité d’une hyper-bourgeoisie mondiale, chaque jour s’affirme un peu plus la conscience que des catastrophes vont s’accumuler, menaçant jusqu’à la vie même sur la planète Terre.

Le sentiment d’impuissance n’a peut-être jamais été aussi grand devant un système social qui semble indéboulonnable. Le capitalisme est-il l’horizon indépassable de l’humanité ?

Rencontres autour de livres qui racontent l’histoire et l’avenir d’une idée aussi solide que le capitalisme : sa remise en cause à travers l’auto-organisation des exploités ; de grands moments où la possibilité de rupture est apparue : mai 68 en France et la décennie insurrectionnelle en Italie ; les oppositions présentes à travers les luttes de territoires.

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  1. publié sur le site Lundi.am le 1er octobre 2018 dans une première version []

A propos de la réédition de Mai 68 et le mai rampant italien

À l’occasion de la réédition revue et complétée1 de notre ouvrage de 2008 Mai 1968 et le mai rampant italien, nous vous livrons ce petit commentaire critique, resté inédit, sur la première édition2. Nous pensons qu’il reste en grande partie valable même si nous avons apporté des modifications à cette première version.

Pourquoi une nouvelle édition ? Ce n’est pas que la première ait été épuisée puisqu’à l’ère du numérique cette notion n’as plus cours, les tirages pouvant s’effectuer à la commande en flux tendus. Il s’agissait tout d’abord d’apporter des informations supplémentaires sur les luttes de l’époque, aussi bien en France qu’en Italie ; ensuite d’affiner certaines analyses à la lumière de nouvelles discussions et enfin de réaffirmer la nécessité d’une mémoire active des protagonistes des événements de l’époque, alors qu’en France aussi bien qu’en Italie, une mémoire rétroactive semble dominer les débats aboutissant à projeter sur le passé une interprétation de celui-avec des clés du présent. Pour être plus concret et si on s’en tient à l’événement Mai-68 en France, il fait maintenant l’objet d’une tentative d’appropriation mi-universitaire mi-médiatique qui le dissout dans « les années 68 », lui enlevant ainsi son caractère de discontinuité historique qui est le propre d’un événement au sens fort et son caractère subversif d’origine qui a tant fait peur. Ce qui reste alors peut être commémoré, c’est-à-dire le fait qu’il a modifié l’air du temps en accélérant le déclin des vieilles valeurs de la société bourgeoise et l’éclosion des valeurs progressistes de la société capitalisée dans le domaine des mœurs.

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  1. Jacques GUIGOU, Jacques WAJNSZTEJN, Mai 1968 et le mai rampant italien, L’Harmattan, coll. Temps critiques, Paris, 2018. 471p. – ISBN 978-2-343-14703-1

    Commande au tarif auteur (30 €, port compris)
    Règlement par chèque à l’ordre de J. Wajnsztejn à adresser à :

    Jacques Wajnsztejn
    11 rue Chavanne
    69001 Lyon

    []

  2. Elle devait prendre place sur le site dissidences.net []

La beauté capitalisée

Pour la critique sociale portée par les mouvements révolutionnaires historiques, l’art n’a que rarement été considéré comme un terrain de lutte décisif. Si la question des « modes de vie » est toujours restée, aux yeux des militants comme des théoriciens, une dimension politique et morale essentielle, la transformation de la vie quotidienne et notamment son cadre esthétique devait quasi automatiquement accompagner la dynamique révolutionnaire. Bolchevisme et national-socialisme promurent un art d’État qui accroissait leur pouvoir sur la société mais il resta un art relativement séparé des rapports sociaux concrets et quotidiens de la majorité des individus.

Il n’en va plus de même aujourd’hui avec « l’art contemporain ». Les dispositifs, les installations, les interventions dites artistiques qui occupent les espaces privés et publics visent désormais à produire un effet de « sidération » sur le plus grand nombre. C’est là, pour Annie Le Brun, une des opérations idéologiques autant qu’émotives que l’union entre le capital et l’art conduit à grande échelle. Dans son dernier livre, Ce qui n’a pas de prix, elle expose les causes et les conséquences de cette conquête des sensibilités par ce qu’elle nomme une « esthétisation du monde ».

Dans le texte ci-dessous Jacques Guigou analyse les forces et les faiblesses des thèses d’Annie Le Brun. Comme il y a plus de vingt ans, il avait déjà mis en évidence les mutilations de la vie par « le plaisir capitalisé », il désigne aujourd’hui les ravages de « la beauté capitalisée » telle que la dénonce Annie Le Brun. Toutefois, la forte portée politique des nouvelles notions critiques avancées dans Ce qui n’a pas de prix coexistent avec des fluctuations et des incertitudes concernant la question de la valeur.

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Art et révolution – hier et aujourd’hui

Ci-dessous un commentaire actualisé de D. Hoss au texte Révolution à titre humain et tension vers la communauté humaine de J. Wajnsztejn paru sur ce blog en mai 2018 proposant, en réponse à plusieurs sollicitations et demandes de précisions, une synthèse de cette double perspective, présente dès l’origine de la revue, de manière implicite ou explicite dans des articles et interventions, mais jamais exposée ainsi dans un même texte.

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