Journal de bord autour du mouvement des Gilets jaunes

Notes et retours autour et sur le mouvement des Gilets jaunes au jour le jour, ou presque…

 

 
MàJ le 15 févr. 2019

 



 

Justice Gilets Jaunes

S’en aller dans la galère des gilets jaunes ? Eh quoi faire, de par tous les diables dans cette galère ? Oh ! Galère, galère, tu mets bien ma bourse aux galères.

(Détournement d’une réplique de Le pédant joué, extrait de Cyrano de Bergerac 1654)

«Retirez vos mains de vos poches ! »

phrase prononcée à l’encontre d’un gilet jaune de 60 ans par la jeune juge madame A !!»

Au palais de justice, les lundis se succèdent mais les audiences sont de plus en plus caricaturales. Comment exercer la justice quand les peines ont été dictées en amont ? Quand on n’a pas de marge de manœuvre ? Et quand finalement : juge aux comparutions immédiates des gilets n’est qu’un travail alimentaire. Les juges J…et A… font le job sans plus. La plus jeune, quand un de ses assesseurs gère le dossier, repousse un peu sa chaise et se met à pianoter sur son mobile…comme une élève… c’est peut être chiant les audiences mais elle dispose d’un droit de retrait.

Rappelons que ces dossiers instruits sur la base d’un seul document, un PV de police, c’est-à-dire d’une personne assermentée, sont considérés comme béton, incontestables ; dès lors il n’y a plus qu’à dérouler le tapis et jouer son rôle.

Ce lundi l’audience a commencé par une drôle de phrase de la juge qui s’adressait à la greffière sans la regarder : «j’aimerais quand même bien qu’on me donne un rôle aujourd’hui» (Le « rôle » est un document sur lequel le greffier porte la liste des affaires qui sont appelées à l’audience d’une Chambre du tribunal où il est affecté) : quel sens accorder ici au mot rôle ?

Les gilets jaunes ne sont jamais des personnes présumées innocentes. Dès lors qu’elles quittent la manifestation, par la force des policiers, elles sont jugées coupables : dans toutes les audiences auxquelles j’ai assisté depuis le début je n’ai jamais entendu dans un dossier un juge essayer d’établir l’innocence d’un GJ… et pour ne pas le faire tout ce que dit, le ou la prévenue, est considéré comme parole à charge. À une question de la juge ou de la procureure, la réponse non documentée, non argumentée, la réponse spontanée du GJ est immédiatement scrutée, disséquée, soupçonnée.

Des questions comme celles-ci : «pourquoi avait vous crié cette phrase ?», «Pourquoi êtes-vous venu manifester.?», «Pourquoi se promener avec un tel attirail : lunettes, casque, si on veut manifester pacifiquement ?», «Pourquoi n’êtes-vous pas parti lorsqu’on a donné l’ordre de dispersion.?», «pourquoi courriez-vous.?», «Pourquoi étiez-vous à cette endroit à ce moment précis ?»

– «Je ne sais pas !!» la perplexité est considérée comme une marque de bêtise crasse, de manque de conscience, fait l’objet de moues de mépris, de regards entendus de la part de la juge, de la procureure. et de l’avocat des «policiers victimes»… effectivement le tribunal joue la solidarité, le mépris de classe.

– «Je suis venu.e. manifester parce que je défends….». La juge a une moue de conviction qu’elle ponctue d’un «mouuuuais» discret mais très réel, éloquent et très fréquent : elle ne supporte plus les arguments des gilets jaunes, le rappel des raisons réelles qu’ils, qu’elles, que nous avons de manifester.

– «Je prends des lunettes un masque et un casque pour me protéger des violences policières mais aussi parce qu’il arrive que des projectiles…». Il y a quelques semaines la juge Mme J. a haussé bien haut les sourcils et le ton à l’énoncé de l’idée même de violence policière déclarant même : «dans ce tribunal nous n’avons jamais eu à traiter d’une plainte de gilet jaune contre un policier… cesser de consulter les réseaux sociaux et You Tube». Les protestations du public n’y font rien puisque elle a le pouvoir de faire vider la salle dès lors qu’on lui oppose de la résistance… violence judiciaire.

– «Je n’ai pu partir car tout était bouché, il y avait des barrières nous empêchant de passer (GJ qui n’est pas lyonnais), je ne pouvais repartir en arrière…». «Quand on donne l’ordre de dispersion vous devez partir. Le PV de contexte (écrit par les policiers) confirme que l’ordre de dispersion avait été donné. Pourquoi rester, expliquez-nous…». Si le GJ hésite à répéter encore et encore la même chose, il est réellement suspecter d’intentions… (Au passage je précise que ce gilet jaune est à deux ans de la retraite, fonctionnaire depuis plus de vingt ans dans une ville voisine). L’avocate a demandé pour lui la non inscription de ses condamnations sur son casier judiciaire ; les juges n’ont pas tranché ce sera à lui de faire la demande : je rappelle que l’article du Canard Enchaîné d’il y a deux semaines témoignait de la demande du procureur de Paris d’inscrire tous les GJ qui passaient en comparutions immédiates, même pour rien, sur les casiers des GJ… on peut donc imaginer comment ce monsieur va galérer : la demande de loi d’amnistie ce n’est pas une vue de l’esprit c’est une urgence pour plein de GJ.

– «Je courrais ? Ben oui dans une manif il y a des moments où on court, d’autres où on marche….». «Quand on manifeste pacifiquement on marche monsieur, quand on court c’est qu’on a l’intention d’échapper»… no comment.

– «J’étais là parce que la manif était là !». Ou encore : «j’étais en train de quitter la manif» ou mieux encore : «je ne manifeste pas j’étais de passage». Cette dernière réplique, qui n’est pas une réponse à un magistrat, je l’ai entendue, hier dans les couloirs du palais de justice, de la part d’une personne qui samedi avait été fauchée d’une balayette, menottée et gardée à vue jusqu’à dimanche matin alors que jusque-là elle se moquait complètement des GJ. Et d’ajouter : «et je peux te dire que quand ils m’ont jeté au sol, t’as vu ma corpulence j’ai pas bougé, j’ai rien fait je voulais sortir je ne voulais pas aller en GAV (garde à vue) je n’ai dit que la vérité je me baladais et c’était pas encore l’heure de vos manifs». Et de conclure : «mais tu vois c’est intéressant ce qui se passe au tribunal, je suis venu pour voir parce que du coup je me suis dit : y’en a peut-être d’autres comme moi des innocents»

C’est un florilège de ce qu’on entend au tribunal mais quand même hier une question était systématiquement posée comme un soupçon de délit : «pourquoi ne portiez-vous pas de Gilet Jaune quand on vous a arrêté ?» Sous la pression, après 48 heures de GAV, on n’est pas toujours réactif. Du coup la personne arrêtée à 13h, avant les manifs et loin du lieu de rassemblement, n’a pas eu le réflexe de dire qu’elle n’était pas encore en manif et comme l’intelligence de la juge va toujours à l’accusation et à la suspicion, elle fait des sous-entendus : «vous le mettez et vous l’enlevez donc», «sans votre gilet vous êtes habillé en noir», et oui les petites fonctionnaires de Kafka sont de retour. Elles ne peuvent effectivement reprocher aux gilets jaunes que d’exister, ils ne sont coupables de rien si ce n’est de porter un Gilet Jaune…

Je ne veux pas jouer les cuistres en citant Cyrano de Bergerac et Kafka, j’aurais pu aussi parodier La Fontaine «si ce n’est toi c’est donc un autre gilet jaune». Ici on n’est pas accusé pour ce que l’on a fait mais pour ce que l’on est. Par ces citations je veux juste rappeler qu’on a déjà vécu tout cela et que ça craint…

C’est une justice d’exception qui est à l’œuvre

Parce que les procès, aux premiers jours d’audience, étaient systématiquement ouverts avec la lecture des PV de contexte qui faisaient exclusivement état d’un climat de violence des manifestants. Aujourd’hui ces procès, qui ont oublié les violences policières, servent de référence mais ne sont plus lus.

Parce qu’on ne délivre que des peines fermes à des gens sans antécédents judiciaires

Au début des procès, après les premières manifs et jusqu’aux dénonciations insistantes de maître B, une avocate qui fait un super boulot, toutes les peines étaient assorties d’un amende de 400 euros à verser à des policiers dont les avocats ne prenaient même pas la peine d’apporter les preuves des préjudices, le PV suffisait. Du coup les avocats de la défense ont quitté le genre judiciaire, c’est-à-dire leur boulot, défendre et argumenter en prouvant la culpabilité du Gilet jaune incriminé, pour tomber dans le genre épidictique (la brosse à reluire), le pire pour un avocat, c’est-à-dire passer tout le temps imparti à faire l’éloge de la police, à rappeler les traumatismes psychologiques dont souffrent les bacqueux, les gendarmes, les crs ; leurs familles. Du coup les GJ doivent payer pour ces angoisses : en un samedi un bacqueux a gagné 600 euros en se portant partie civile dans deux affaires. C’est une justice qui désigne comme victimes des personnes dont les frais de justice sont déjà pris en charge par leur administration… exceptionnelles donc, ces amendes versées tous les lundi… Hier il n’y en a pas eu.

Exceptionnelle aussi cette condamnation unique généralisée d’interdiction de venir sur Lyon ou ailleurs les week-end pendant six mois : cette peine a pris forme au fur et à mesure des procès. On le voit ici, il s’agit d’empêcher les gens de venir manifester le samedi. Au début les juges demandaient des retraits de permis de conduire alors même, qu’on le sait, c’est un peu la nécessité de se déplacer en voiture qui a lancé le mouvement : heureusement ces demandes n’ont pas été satisfaites et sont devenues ces interdictions de territoire certains jours !!

Exceptionnelle aussi cette justice qui condamne sur des intentions qu’elle n’est pas en mesure d’évaluer puisqu’il n’y a pas d’enquête, puisque les intentions affirmées des prévenues sont méprisées.
Etc…

La mouche du tribunal
Lyon, le 11 / 02 / 2019

Annexes

En 2010, la CEDH a condamné la France pour ne pas permettre aux personnes gardées à vue de bénéficier de l’assistance d’un avocat dès le début de la procédure. Cette condamnation a mené à la réforme de la garde à vue de 2014 qui vise à mettre la procédure en conformité avec le droit européen.»

Hier au tribunal, toujours la même avocate a dénoncé le traitement des personnes arrêtées ce samedi : en effet on a dissuadé les personnes en garde à vue de prendre un avocat. Argument invoqué par les services de police (éculé pour les habitués des GAV) «va falloir deux heures à un avocat pour venir, d’ici là vous serez sorti» du coup les Gilets jaunes arrêté.e.s n’ont pas appelé immédiatement un avocat et lorsque leur détention était prolongée ils/elles passaient cet appel. Du coup l’avocate est arrivée alors que l’audition de son client avait déjà commencé…

1. On nous dit que désormais les policiers sont équipés de go pro ou l’équivalent jusqu’à ce jour les appareils sont en panne chaque fois qu’un, une avocat.e, a demandé les images. Les caméras de policiers ne pouvaient filmer car il y avait trop de gaz ou fumées… argument fallacieux démonté par l’avocate, puisque toutes les télés et journalistes et youtubeurs ont filmé nous a dit l’avocate qui avait pris soin de visionner les images proposées sur le net par des tas de gens :

2. Je rappelle qu’en cas de blessure il faut faire certifier par un médecin légiste les jours d’ITT, la gravité des blessures… (attention : ne pas confondre Arrêt de travail et Incapacité de Travail Temporaire) http://www.allo-medecins.fr/specialites/medecin-legiste-en-Lyon-069.html

3. justice sociale : les quelques personnes précaires qui passent sont très mal considérées par le tribunal leur statut social est à charge aussi…hier un jeune homme qui a osé dire spontanément «j’ai arrêté ma mission intérimaire pour passer mon permis car j’ai quatre heures de déplacement, avec une voiture j’en aurais pour 20minutes» a vraiment été jugé comme un délinquant social : «dans un monde où tant de gens rêvent d’avoir un emploi vous abandonnez le vôtre». Il a beau répondre qu’il bosse pour une boîte d’intérim et que dans sa branche il retrouvera facilement du boulot, elles ne le croient pas… et comme elles n’ont rien à lui reprocher elles vont faire le procès de son engagement salarial, ça prend des proportions kafkaïennes au point que la salle s’énerve…

Oui il faut du monde au tribunal, oui il faut dénoncer cette justice au service de l’état et de la police oui il faut faire appel à un avocat lorsqu’on est interpellé, éviter de résister pour pas choper une rébellion et éviter les injures une fois qu’on est aux mains des policiers car ça se paie avec de l’argent !!Oui il faut contacter un médecin légiste quand on est blessé…

 



 

CR AG Bourse Gilets jaunes-centre Lyon, le 11/02/2019

Encore un peu moins de monde (à grande peine 200 personnes).

L’AG commence avec de nouvelles personnes à la tribune puisque les administrateurs du groupe GJ-Lyon-centre ont décidé de faire tourner, sans qu’on sache toutefois quelle est la procédure utilisée. Cela commence comme d’habitude par un rappel des opérations extérieures qui ont été peu nombreuses cette semaine. L’action devant l’ONU à Genève contre le type de répression subi par les manifestants GJ est réaffirmée, mais elle se déroule un jour de semaine le mercredi 20 février. Manifestation régionale annoncée pour le 23 février sous l’impulsion de la plupart des groupes du mouvement de la région selon une personne du groupe TEO. Pas le temps de savoir comment se prend ce type de décision.

Très rapidement on passe à la manifestation du 9 et à son bilan… qui se résume en fait à la bagarre avec les fascistes, alors que pas un mot ne sera évoqué sur l’idée saugrenue d’aller se perdre sur la rive gauche du Rhône qui nous a coupés de la presqu’île et d’une plus grande visibilité ainsi, ce qui est encore plus important, de la détermination à nous opposer fermement au blocus hebdomadaire de cette presqu’île, imposé par les forces de l’ordre.

Sûrement un membre du groupe GJ-Lyon-centre va alors lire un long communiqué censé répondre à la presse qui a insisté, un peu trop, sur la bagarre fachos/anti-fas survenue cours Lafayette. Il est à peu près sur les positions de l’appel de Commercy sur ce point. Affirmation de principe contre les groupes agressant la manifestation, mais pas de condamnation a priori de la présence de l’extrême droite à partir du moment où elle accepterait ses règles (on suppose que c’est en cela qu’elle se distinguerait des fascistes).

Brouhaha dans la salle car les auteurs du communiqué parlent de faire voter le texte après lecture et sans discussion. C’est un texte qui se veut consensuel au sens où il cherche à la fois à garder le principe antifasciste et la réalité qui est que les GJ n’en ont rien à faire de toutes ces histoires. Mais pour les anti-fa qui sont venus nombreux, ce compromis est inacceptable et en bonne pratique gauchiste ils vont se précipiter à la tribune pour monopoliser les prises de parole en disant à peu près tous la même chose, mais l’important étant de donner l’impression que c’est la parole majoritaire.

Le fait que le niveau de violence des flics ce samedi ait été particulièrement élevé est complètement occulté. L’impression contre-productive qui est donnée c’est que 50 fascistes dominent la ville de Lyon, ce qui, entre parenthèses, est exactement ce que la presse et le pouvoir veulent faire accroire.

La question du service d’ordre est à nouveau abordée, mais avec une variante. Alors qu’aux dernières AG, après fortes controverse, le principe d’un service de prévention plus que d’ordre (en effet, comment organiser un SO dans un mouvement qui refuse de fait toute direction et fait constamment dans l’improvisation ?), là on se dirige vers un SO de spécialistes, mais spécialisés soit dans le n’importe quoi (ainsi les gentils administrateurs GJ-centre demandent candidement « qui est “intéressé” pour faire le SO comme si cela relevait de “l’intérêt”, quant aux gauchistes plus ou moins staliniens de nature ou par la force des choses, ils affirment haut et fort leu expérience de la chose !).

Alors que l’opposition avec la base des GJ notamment de TEO qui campe sur le “tous gilets-jaunes” devient quasiment minoritaire vu la composition de l’assemblée, quelques paroles plus censées se font entendre, dont celle d’un réfugié chilien victime du pouvoir de la police de Pinochet et torturé à l’occasion, qui proclame que, malgré ou plutôt à cause de son expérience, il ne faut pas se tromper d’ennemi, que celui-ci ce n’est pas le fascisme et un nombre ridicule de personnes sans assise sociale, mais le pouvoir, Macron et ses flics et que seule une ligne de masse peut l’emporter contre les fascistes et la police. Il ajoute que la défense des libertés publiques doit être clairement mise en avant et donc évidemment celle de manifester.

Les anti-fas (à l’exception de deux ou trois qui sont effectivement dans le mouvement GJ), désertent alors les lieux, après avoir aidé à les vider, signe de leur absence complète d’empathie pour un mouvement que d’ailleurs ils ne comprennent pas.
Le rendu du travail des commissions peut alors commencer, mais devant une salle clairsemée :

Il est réaffirmé par la commission action l’importance de reconquérir les ronds-points pour y rétablir des lieux de discussion de proximité et de centrer les opérations d’agitation vers des lieux emblématiques de pouvoir comme les cercles bourgeois lyonnais qui regroupent les grands patrons de la région et l’establishment). Les hypermarchés doivent aussi faire l’objet d’actions ciblées comme les opérations “charriot” ; que les GJ doivent chercher à intervenir à l’université et sur les lieux de production (proposition d’un cheminot gilet jaune) pour encourager les salariés à les rejoindre.

En amont de cette commission action, un mail a circulé sur sa liste et mérite d’être reproduit car il a en partie été retranscrit par elle durant l’AG. Il expose des points assez peu soulevés jusqu’à maintenant :

1 – on tourne en rond : REPRENDRE LES RONDS POINTS.
Les manifs du samedi on leurs intérêts. Néanmoins ; manque de cible ; blocage policier permanent ; visibilité réduite car écarté du centre ville. il me semble important de montrer que le mouvement vit et de retrouver de la visibilité. c’est pourquoi il serait bien de mener des actions d’occupations de rond point à des heures de grandes affluences. A Lyon il y a 2 ronds point majeurs ou entre 16h30 et 19h00 passent des centaines de véhicules qui se répartissent ensuite dans toute la région. il s’agit du rond point du bout du parc de la Tête d’or, au transbordeur, et celui de la Doua a coté du périph et du cimetière américain. Il sont accessibles en bus. Il faut se faire voir, réoccuper les ronds points en semaine.

2 – SLOGANS
Les manifs du samedi ont la chance faramineuse d’être libérée des sonos assourdissantes des organisations syndicales qui nous casse la tête de leurs slogans et de leurs musiques. La place est donc libre à toutes les voix à toutes les initiatives… et pourtant rien ne sort de ce vide laissé, mise a part « Macron démission » et Castagner… », c’est pauvre.
On a de la colère et de la revendication, elles doivent ressortir et transparaître pendant les manifestations, une manif doit être portée par la voix du peuple, il faut occuper cet espace vide, l’enrichir et reprendre ensemble des slogans ou des chants porteurs.

3 – REVENDICATIONS .
La commission revendication a fait pas mal de boulot et il en ai ressortie pas mal de chose. Néanmoins je fais le constat que pendant les manifs du samedi, mise a part le RIC et les violences policières il n’y a pas de mots-d’ordre réels, pas de revendications claires mises en avant. Il me semble important en reprenant le travail de la commission de lister 2 ou 3 revendications majeures (phares) et de les mettre en avant ( par pancarte et slogans par exemple) afin de devenir plus audible auprès du public et des médias.

L’action de la commission poésie dans le quartier de la Basilique autour de l’hôpital et de l’EPHAD est réaffirmée afin de toucher salariés et patients, mais l’aspect technico-artistique de l’intervention n’est pas très clair, ce qui fait que son organisation reste à l’état de projet même si une réunion est prévue jeudi soir à ce sujet.

Avec la manifestation régionale du 23 février une autre est proposée dans laquelle les manifestants sortiraient avec des masques significatifs de leur opposition au pouvoir et de ne rien lâcher quant à la détermination de manifester malgré la loi anti-casseur.

G et J

 



 

CR manifestation Lyon du 9 février 2019

Le préfet a prévu les grands moyens pour ce rassemblement régional. Le vendredi ses services ont contacté les commerçants pour qu’ils suivent les consignes qui ont si bien marché à Valence le samedi précédent. Il s’agit de mettre des planches de bois de protection ou pour les cafés de réduire considérablement la taille des terrasses. Mais d’après le journal Le Progrès de samedi matin, la plupart des commerces ont refusé ce plan de guerre civile.

Confusion habituelle à 14 h place Bellecour d’où certains veulent partir de suite s’étant rassemblés depuis 13 h aux alentours. D’autres GJ sont place de la République pour occuper le cœur de la presqu’île qui nous est plus ou moins interdit depuis quelques samedis. Mais les GJ hésitant à ôter leur gilets jaunes, même pour passer les barrages de la police, ils ne sont qu’une trentaine à ce RV informel et discutent ferme sur la conduite à tenir.

La manifestation part finalement sur l’axe Nord-Sud, direction nord. On est très nombreux (5-6000) à occuper la voie de droite pendant que la police (bacqueux) en nombre défile à gauche. Sans aucune raison autre que de recevoir des insultes et quelques projectiles un gazage intense commence qui met la foule en colère. Soudain la manif tourne à droite et emprunte le pont Lafayette en direction de la Part-Dieu qui n’était pas un objectif véritable, mais un projet de trajet passant aussi dans le 6ème arrondissement. Pourquoi pas, mais c’était le risque de se trouver piégé sur la mauvaise rive du Rhône et de ne plus pouvoir revenir sur la presqu’île ou même près.

Enfin on déambule jusqu’à l’affrontement entre fachos et anti-fas au début du cours Lafayette. On ne comprend pas grand-chose des explosions si violentes que l’on croit qu’il s’agit de grenades de désencerclement, des objets volent, dont des chaussures…

Une trentaine de nazis français se replie ensuite sur le pont où ils sont protégés par la police qui gaze le pont. Ils en ressortent passablement excités et agressifs en groupe compact avec leurs ceinturons à la main. Ils portent des gilets jaunes hypercleans mais leur attitude et leurs tenues font tache par rapport à la manif. Étrangement, les flics ne leur ont pas confisqué ceinturons, bâtons et autres armes improvisées.
Une partie de la foule les insulte et les hue au milieu des autres manifestants qui soit n‘y comprennent rien, soit les dénoncent. Après un regroupement, une tentative de charge et de cassage de gueule d’individus qui leur déplaisent sur le quai, ils s’enfuient par le cours Lafayette. On ne les reverra plus. Pas mal de blessés chez eux. Ils ont dû aller se consoler à leur concert de métal nazi prévu le soir.
Avant la manif, ils ont croisé des membres connus de l’AG GJ Lyon Centre qu’ils ont menacés.

Le résultat en est que les manifestants sont comme désarçonnés par ce qui vient de se passer. La manifestation qui était dense s’étire le long du quai. Les réflexions du type excédé sont nombreuses : il faut virer ex-droite et ex-gauche des manifs ! entend-on souvent. La violence entre manifestants qui s’est exprimée effraie bon nombre de GJ qui ne sont pas là pour ça.

Un cordon de CRS essaie d’entraver le passage devant la Préfecture, mais finalement devant la masse qui avance il se retire. A hauteur du pont Wilson nous sommes une cinquantaine à essayer d’entraîner la manifestation sur le pont afin de passer de l’autre côté, car de toute façon tous les ponts risquent d’être bloqués et puisque la police s’est retirée une fois pourquoi ne pas tenter le coup ? Nous ne sommes pas suivis et la manifestation continue au rythme d’une manifestation syndicale. On ne sent plus la détermination habituelle. Place du Pont puis cours Gambetta, la manifestation s’enfonce dans le désert lyonnais qui relie les 7e et 8e arrondissements. Avant d’avoir pu atteindre le boulevard Vivier Merle énorme gazage et à peine le temps de reculer face à une avancée de CRS avant qu’arrive un second gros gazage avec tir tendu. La manif se replie et va stationner un peu là avant de décider de faire demi-tour direction la Guillotière.

Après ce retour par Saxe sans encombre, à la Fosse aux ours les grenadages reprennent pour répondre à des lancers de projectiles. Pendant que les Gendarmes mobiles font effort de sommation les unités mobiles font le sale boulot. Les manifestants refluent et occupent toutes les petites rues du quartier chinois. Après quelques affrontements sporadiques et quelques tentatives de petites barricades et épandage de poubelles, la manifestation reprend le quai de l’université et cherche une voie de sortie. A hauteur de Perrache, certains GJ enlèvent du cortège de tête leurs gilets et passent individuellement. Mais nous restons à proximité espérant que le reste va suivre. Mais la manif est trop étirée et le piège se referme.

Je suis (J) à 20 mètres du cordon de flics côté pont avec une trentaine de GJ qui observons ce qui va se passer quand des flics descendent des camions et décident que nous n’avons pas le droit de rester sur le pont, que nous devons reculer. Devant notre refus, ils commencent à nous molester et particulièrement deux jeunes femmes qui hurlent et se débattent en disant que les flics n’ont pas le droit de les toucher. Nous résistons un moment, mais nous sommes trop peu nombreux. Une autre anecdote est racontée par L. Tout près d’un jeune garçon, une volée de GM l’ont entouré, l’ont fouillé au corps, lui ont demandé ses papiers, on a vu qu’il avait une carte de TCL.. et ils l’ont emmené entre les camions GM disposés en épis en V, de telle façon qu’on ne puisse pas l’approcher. On a crié, on a dit qu’il était là tout près de nous, un attroupement s’en est suivi, le jeune garçon tremblait de tout son corps, les GM l’ont pris en photo, on lui a crié de dire son prénom, V., a-t-il répondu, il portait un sweat jaune, une casquette noire, il a 16 ans. On nous a dit de circuler, mais on n’a pas bougé. Il fallait pas qu’on descende du trottoir. Le panier à salade est arrivé, un policier est sorti, a visité sa sacoche, l’a menotté et l’a embarqué dans le panier à salade. On lui a demandé son nom, mais on ne l’a pas entendu. Il pleurait.

Un gros GM à qui nous faisions face pendant toute cette interpellation m’a glissé doucement « madame, il était là à côté de vous, mais il a fait une connerie… » En fait il avait été repéré avec son sweat jaune par l’hélico, jet de projectile ? Et de dire aux gamins qui regardaient la scène « vous voyiez ce qui vous arrivera si vous faites des conneries »…

En tout cas le tramway est à l’arrêt et les files de voitures complètement bloquées dans l’incapacité d’emprunter l’avenue Berthelot. Reflux sur Perrache (17 h-17 h30) et pas loin du passage souterrain un groupe d’une quarantaine d’individus tout en noir semblent préparer un coup. Et tout à coup au moins autant de flics déboulent qui en disant c’est les fascistes et d’autres non c’est l’extrême gauche ! Ce qu’il y a de sûr c’est qu’aucun ne porte de gilet jaune, qu’il n’y a pas une femme et que je ne vois pas une tête connue. Ils se dispersent, car les flics semblent vouloir les bouffer. Par qui ont-ils été prévenus ?

Comme le pont Gallieni est fermé, le restant de manif part sur l’avenue Berthelot. Un container à verre est renversé, mais ne va pas vraiment servir malgré ce qui va suivre. A l’approche du commissariat du 7ème gazage, charges diverses : la situation est confuse : ça vient de partout entre CRS et bacqueux. Certains GJ arriveront sur Jean-Macé avant d’être poursuivis par la BAC dans les rues adjacentes. Vu la dispersion et la chasse à l’homme que nous venons de vivre une seule option : direction Bellecour.

Pour ceux qui sont de retour à Bellecour. Discussions. Toutes les sorties sont gardées sans que les Gardes mobiles ne cherchent à nasser. Cela n’a d’ailleurs jamais été leur but depuis le début du mouvement contrairement à ce que craignent les « obsédés de la nasse » qui confondent manif populaire et manif gauchiste. Nous faisons, avec d’autres, courir le bruit d’un regroupement sans gilet vers les Cordeliers. La nuit tombe. Mais les manifestants bougent par grappes trop nombreuses. La police ferme toutes les entrées sans exception, laissant seulement les gens ressortir du périmètre déclaré en état de siège. Bizarrement ; les manifestants n’ont pas cherché à se rassembler en prenant le métro alors qu’il est pourtant ouvert à nouveau. L’explication ne semble pas résider dans une méconnaissance du terrain, même si de nombreux manifestants ne sont pas de la région. C’est surtout que les GJ forment un véritable mouvement collectif qui ne supporte pas bien, les solutions qui apparaissent comme individuelles. C’est lez même problème qu’on rencontre quand il s’agit de quitter les gilets pour se fondre dans la masse alors que les GJ veulent affirmer leur existence et leur présence.

Il y a des policiers sous différentes formes et des Gendarmes de partout, plus nombreux finalement que les quelques centaines de personnes qui restent et parmi elles beaucoup de jeunes. Visiblement des flics ont été rameutés de partout en prévision d’une grosse manifestation, car la plupart ne sont pas de la région et ne savent pas quoi répondre aux badauds qui leur demandent par où passer.

Nous nous collons aux grilles de l’entrée principale de la rue de la République. Les insultes et slogans pleuvent contre la police pendant que les GM entonnent leurs appels à la dispersion et à l’évacuation des lieux par la place Antonin Poncet. Nous résistons tant que possible puis refluons vers la place Poncet. Les cohortes de flics sont menaçantes et une tente de frapper, les manifestants répondent dans un bref contact, les flics reculent, car ils n’ont pas pour consigne de chercher le corps à corps, bien trop dangereux pour eux comme l’a montré l’épisode Dettinger à Paris. Il est 18 h 30, c’est la dispersion.

Ou c’est ce qu’on aurait pu penser, mais les GJ sont inépuisables et irréductibles. Vers 19 h 15 un regroupement s’effectue quand même à partir de la place de la République. Des manifestants de Bellecour rejoignent un groupe de GJ qui est resté tout l’après-midi sur la rue de la Ré et a rendu visite à MacDo, Starbuck et autres enseignes en provoquant discussions et fermetures de magasins. Ce groupe avait décidé de ne plus aller se faire gazer sur les quais et d’emmerder les commerces de l’hyper centre. Ils ont prévu de remettre ça la semaine prochaine.

Environ 150 personnes empruntent la rue de la République jusqu’à atteindre la place Louis Pradel et son commissariat. Charges avant d’être dispersé par des grenadages et un début de chasse à l’homme dans les petites rues de derrière l’opéra agrémenté de « rentrez chez vous » exaspérés des CRS ou simili aidé de la BAC. Là encore, le nombre de flics est dans une disproportion incroyable par rapport au nombre de manifestants.

Vers 20 h nous nous regroupons à nouveau vers Opéra. On est à peine une centaine. Plus trace de la police !!! Valse-hésitation sur le chemin à suivre pour une sorte de manifestation de nuit : St-Jean semble avoir les faveurs, mais la crainte des fascistes avec encore une altercation sur le fait qu’ils fassent ou non partie du mouvement, amène à se diriger plutôt vers les Jacobins. Il est 20 h 20. Nous décrochons : 19 gardes à vue, mais 5 ont été remis en liberté lundi faute d’infraction suffisamment caractérisée selon la presse. Des blessés, dont une jeune femme agressée par les fascistes.

Pour conclure, une des journées les plus violentes en tout point que nous ayons connu depuis le début du mouvement.

 



 

CR de la manifestation du 5 février, Lyon.

11h30. La place Bellecour se remplit lentement avec des groupes très éclatés, Gilets-jaunes d’un côté et de l’autre, groupes cégétistes ailleurs derrière leurs drapeaux. Les organisateurs cégétistes, comme à leur habitude quand cet horaire est choisi, attendent de faire le plein avec des salariés qui débraieraient juste pour le temps du déjeuner. Le cortège gonfle et alors que des bruits avaient couru sur une possible séparation entre deux groupes de manifestants, c’est heureusement un mélange qui s’effectue, les GJ se diluant par grosses grappes au milieu des cégétistes dont certains ont les gilets rouges rayés de jaunes ou des gilets jaunes avec des collants CGT.

Nous apprenons que la presqu’île nous a été interdite (d’après Le Progrès, la CGT n’a pas compris pourquoi, mais en tout cas elle s’est rendue comme d’habitude aux ordres du préfet) et hop direction les quais de Saône, passage par rue Grenelle, Cordeliers et quais du Rhône direction Préfecture. La CGT annonce 7000 personnes avec les délégations habituelles et demande, comme d’habitude là encore, aux manifestants d’avancer pour que les derniers puissent arriver à la Préfecture. Or avancer, ce n’est pas autre chose que se disperser, d’autant que la police opère un barrage à hauteur du pont Wilson, ne laissant sortir de la manifestation qu’individuellement.

Il est environ 13h. Très rapidement certains GJ battent le rappel pour se regrouper devant le pont Wilson, afin de continuer la manifestation en passant sur la presqu’île, par celui-ci justement. Les GJ vont rester au contact du cordon de police qui, placé devant ses cars, barre le passage pendant une bonne demie heure. Plus exactement, s’il est possible de passer individuellement sur le côté droit et les cégétistes ne s’en privent pas, il est impossible de partir en manif.

Peu à peu les GJ qui se sont arrêtés pour discuter aux alentours de la Préfecture rejoignent les autres au pont Wilson.
On constate rapidement que les Gj regroupés devant les flics sont séparés de la tête du cortège syndical par une centaine de mètres de vide. Malgré leurs appels « les syndicats avec nous » « on est venu, venez aussi », ceux-ci ne bougent pas.

La ton monte au son de « Lyon, debout soulève-toi » ou « Police partout, justice nulle part » ou encore « tout le monde déteste la police », mais cela reste bon enfant. Finalement la police cède le passage, mais dans la confusion la plus totale parce qu’alors que le cordon qui fermait le quai devant le pont s’est écarté sur la gauche côté Préfecture, des policiers s’engagent à droite sur le trottoir du pont en faisant mine de charger les manifestants puisqu’ils ont la matraque à la main. Visiblement ils n’ont pas reçu les mêmes ordres que les autres et alors qu’ils sont copieusement hués on entend des dérisoires « Qu’est-ce qu’on fait chef ? » et un car de police empêché de tourner après avoir déversé son escouade, fait une marche arrière avant que le flot des manifestants ne le bloque.

On est passé. Une fois de plus la détermination a payé et a montré qu’il n’y a pas de trajet autorisé qui puisse limiter les GJ. Malheureusement il y a peu de cégétistes qui nous ont suivis. On voit que certains s’interrogent en passant devant nous, mais ils discutent entre eux et ne s’adressent pas à nous alors qu’ils pourraient très bien nous demander, au minimum ce que l’on compte faire. Certains sont de la ville de Lyon, d’autres de Bio-Mérieux avec leurs drapeaux, Arkéma, quelques boites de la chimie et des cheminots. Passage rue de la République, nous sommes 500 d’après un journaliste de France 3, mais peu après être passés rue Président E. Herriot, nous recevons des renforts des rues avoisinantes, des retardataires sûrement, des personnes qui ont appris plus tard que la manifestation se poursuivait. Ainsi, après avoir déambulé de façon dynamique et bruyante entre la Rue de La Ré, la rue Edouard Herriot, la rue Mercière, nous traversons le quai de Saône pour nous rendre à l’ancien Palais de Justice. Là les flics qui accompagnent le cortège sur les côtés, piquent un sprint sous les huées pour bloquer les grilles du palais d’injustice avant l’arrivée du gros des manifestants.

Un sit in s’improvise sur les marches pendant qu’au haut parleur un membre des GJ-Lyon centre harangue la foule sur la question de la répression qui répond par « Libérez Dettinger » ou « Que fait la police ? Ça crève les yeux ».

La manifestation repart direction place des Jacobins. Il est environ 15h. Grand moment d’hésitation entre rejoindre directement les quais du Rhône et l’axe Nord-Sud et « converger » avec les camionneurs que nous ne rencontrons jamais les samedis ou nous diriger vers Bellecour.
La manif qui s’est regroupée prend la direction de Bellecour par la rue de la Ré. Les Compagnies Départementales d’Intervention nous suivent depuis le début et se placent sur le côté.

Arrivé à Bellecour, nous découvrons la rue de La Barre investie par les cars de flics. La manif continue direction Perrache. Lorsque nous longeons la grande Poste un déploiement de la Bac nous regarde passer. Après la rue de la Charité nous empruntons la rue Victor Hugo. L’objectif serait Confluence ou l’Hôtel de Région mais aussi l’A7, le cortège à le choix. Arrivés Place Carnot, nous prendrons tout naturellement les escalators pour traverser la gare de Perrache et retrouver le Cours Charlemagne.

Un appel aux cheminots à nous rejoindre est scandé. Certains sont avec nous depuis le matin.

Tout du long de ce trajet, les flics nous ont suivis bien gentiment. Au fil de l’après-midi la présence de militants d’extrême gauche (étudiants surtout) était palpable contrairement aux derniers samedis. Ce qui est normal : comme c’est une manif syndicale, ils sont de sortie, mais ils participent à la suite au sein de la manif sauvage (CGA et CNT) alors que d’habitude on ne les voit pas les autres samedis sauf quand la manifestation était partie de la Croix-Rousse, leur « territoire ». Les fachos, eux, ne sont pas venus.

Même si les Gilets jaunes sont moins nombreux cet après-midi que le matin, ils ont tenu le pavé et avaient à cœur d’atteindre leur objectif, être là et aller où bon leur semble, montrer leur détermination … Comme il se disait dans le cortège : le samedi c’est aussi mardi dorénavant !

Arrivé cours Charlemagne celui-ci est bloqué par camions et cordons de CRS comme la rue Suchet coté gauche vers l’autoroute… Une partie de la manifestation va vouloir avancer vers l’A7 justement, mais tout le monde ne suit pas.

Bref moment de tension : un flic braque son flash ball à hauteur de visage à 5/10 m des manifestants qui bloquent le tram. Ceux-ci lui hurlent « baisse ton flash ball ». Ce qu’il fait après intervention d’un supérieur.

Après pas mal d’hésitations et une sommation à ce croisement : marche arrière toute. Passage par le tunnel du tram avec les flics qui sont bien proches et quasiment au contact avec des grappes de GJ derrière eux mais sans jamais vraiment agir de manière offensive. Passage du pont Gallieni direction Lyon 2. On y retrouve des GJ assez nombreux qui étaient en balade sur la rive gauche depuis 13h30 et qui n’avaient pas suivi le gros de la manif sur le pont Wilson.

Quelques manifestants vont entrer dans l’université.

Tout se termine entre 17h et 17h30 avec une sortie en manifestation de la fac et gazage dans rue de la Guillotière et vers le pont de la Guille. Des contrôles d’identité sont aussi effectués.

G, J, JP, Jos

 



 

Retour sur l’AG à la Bourse du travail du 04/02/2019, Lyon

La salle se remplit lentement, mais finalement avec une assistance en baisse constante par rapport au début (entre 250 et 300 personnes maximum). Cette fois le groupe Article 35-Insurrection est présent.

Est-ce d’ailleurs cette présence plus certaines critiques du fonctionnement de l’AG que nous avons transmises aux « administrateurs » du groupe GJ-centre, quoi qu’il en soit l’organisation apparaît moins « constipée » que d’habitude.

Elle commence par la mention des initiatives externes, notion sans beaucoup de sens quand il s’agit d’un mouvement qui n’a pas de centre et donc pas vraiment « d’interne ». Il est sûrement sous-entendu « externes » par rapport à GJ-centre… Sont mentionnées les actions à venir du groupe GJ-périphérie avec une AG à Feyzin ce vendredi 8 à 20 h, mais l’initiative, en situation, revient à quémander des salles aux élus dans le cadre des assemblées citoyennes, ce qui n’est pas du goût de tout le monde ; et l’intention de réoccuper TEO ; le projet GJ à vélo quadrillant les routes de Lyon, Marseille, Toulouse avec des relais dans les villes intermédiaires.

Et on passe au bilan de la semaine.

Retour d’abord sur la manif lyonnaise du samedi 2 avec toujours le problème de : où doit aller le rassemblement hebdomadaire de Bellecour et doit-il se maintenir à Bellecour à partir du moment où les forces de l’ordre nous barrent la presqu’île et que c’est pourtant là qu’il faut être visible et surtout bloquer l’activité commerciale ?

Question annexe : pourquoi aller se perdre sur l’axe Nord-Sud et gêner les automobilistes ? En fait c’est un dialogue de sourds, car justement ce samedi 2 février on a tout fait. Malgré le blocage policier on a réussi à pénétrer la Presqu’Île par ses trois grands axes menant tous de Bellecour aux Terreaux et on a aussi bloqué assez longtemps l’axe Nord-Sud pour que la police soit obligée de fermer un long moment l’autoroute. Là où le bât blesse, c’est qu’à cette action, démarrée peu après 14 h, devait se superposer une autre à 16 h, place de la République à hauteur du magasin Le Printemps. Une décision de l’AG Bourse du 28 janvier qui supposait la nécessité d’enlever les gilets jaunes pour pouvoir passer le filet policier, mais le cortège ne s’est pas « orienté » vers le quai de Saône, la rue de la République ou autres car étant bloquées, ce n’est que par les rues adjacentes et en particulier celle de l’Ancienne-Préfecture et autres que nous avons pu pénétrer la Presqu’île.

À quoi la police joue-t’elle à nous obliger ainsi à ce contournement puisque finalement les mailles de son filet étaient bien lâches : il y a-t-il eu un manque de moyens samedi dernier ? En tout cas, et contrairement à une personne qui a lourdement insisté sur le fait que les décisions de l’AG n’étaient pas suivies d’effets, qu’il n’y avait aucune organisation, il n’avait jamais été décidé d’une suite à donner au rendez-vous de la place de la République. Cela devait être le rôle de la commission action qui s’est bien réunie dans la semaine, mais d’où il n’est rien ressorti de précis sur ce point. Situation rendue encore plus floue par le fait que beaucoup de personnes avaient décidé de se rendre à Valence.

Il a fallu encore répéter, comme à chaque fois, que l’AG n’est pas représentative des GJ, mais que d’elle-même, c.’est-à-dire des présents et à la rigueur du groupe GJ-centre qui l’appelle, mais qu’il est difficile d’imposer des choses et d’organiser les personnes très nombreuses qui viennent maintenant au rendez-vous de Bellecour à 14 h quoiqu’il arrive et quoiqu’il soit décidé en amont.
Est encore fait mention d’accrochage avec des fascistes, que la manif n’est pas « safe » comme si le danger principal venait de ce côté-là alors que chaque semaine (sauf, à la rigueur, ce dernier samedi) on ne compte pas nos blessés et qu’ils ne le sont pas par les fascistes, mais bien par les flics. L’éternel SO est invoqué, mais jamais un SO pour se défendre de la police, mais pour se défendre des fascistes, comme s’ils avaient une réelle puissance de nuisance qu’il faille en faire un préalable à toute organisation de manifestation. Alors que ces interventions prétendent que c’est la présence des fascistes qui empêchent des personnes d’aller à la manifestation (une idée invérifiable), ce qui apparaît concrètement, c’est qu’elles ruinent de plus en plus les possibilités de cerner les questions importantes qui à la fois conforteraient le mouvement et l’élargiraient.

Une « administratrice » interviendra fermement, plus tard, suite à une nouvelle volonté de placer la question des fascistes au centre des discussions, en disant que l’AG a passé un communiqué très clair là-dessus à la presse, dans le sens de l’appel de Commercy et qu’on s’y tient sauf cas de violence évidente contre les personnes. Le mouvement est à tout le monde.

On reviendra sur ces questions de troubles internes à la manifestation à propos de l’attitude qu’il y aurait à avoir par rapport aux très jeunes gars des quartiers ou banlieues qui participent aux manifestations. Si certains semblent assez bien intégrés à la manifestation et mêlés à nous d’autres sont sur les bords ou devant et non seulement « joueraient » à provoquer la police, mais mettraient la manifestation en danger du fait de jets d’objets qui peuvent toucher aussi bien des GJ que des policiers. Plusieurs positions se confrontent entre ceux qui veulent à nouveau (même si ce ne sont pas les mêmes… puisque certains d’entre-eux ont même été pris pour des fascistes dans la manifestation du 26 !) mettre de l’ordre dans la manifestation, y compris par la force et ceux qui prônent la pédagogie (un groupe d’éducateurs de banlieue) qui prône plutôt explications et pédagogie et la protection de ces jeunes dont ils craignent qu’ils ne soient pris à parti par certains Gilets jaunes excédés par leurs agissements qui, selon eux, mettent en danger la manif.

Ensuite vient le tour du compte-rendu de la manifestation de Valence. Ceux qui y sont allés semblent satisfaits, qui parce que la police n’a pu l’empêcher malgré les barrages de route, qui parce que ça a été festif, qui parce que ce serait l’exemple à donner par opposition à ce qui se passe à Lyon dont la responsabilité serait à la charge d’un méchant préfet par rapport au gentil de la Drome. Un membre d’Article 35 intervient pour dire qu’il n’y a pas de bon préfet et que celui qui a fait fermer tout Valence pour qu’il n’y ait pas de dégâts, parce que les GJ débarquaient, n’a rien d’un ami des GJ.

Mais au-delà de cette passe d’armes affleure l’opposition entre GJ qui veulent que « tout se passe bien », y compris s’il le faut, en déclarant les manifestations (GJ-périphérie), mais pas forcément (certains GJ-Lyon-centre) et ceux qui pensent lutte et rapport de forces et mettent en avant que si le gouvernement et l’État ont paniqué c’est parce que le mouvement a affirmé sa détermination et que la détermination peut être violente si l’ennemi y répond.
Comme nous l’avons dit au début du compte-rendu, il y a eu des différends et des oppositions, mais pour la première fois ils ont donné lieu à des échanges immédiats et donc à une vivacité de débat qu’on n’avait pas connu jusqu’alors.

G, J, Jos

 



 

Compte-rendu de la manifestation du 02-02-2019 à Lyon (non exhaustif)

14 h place Bellecour, le rassemblement habituel qui correspond à la fois aux appels réguliers du groupe GJ-Bellecour, mais que tous les manifestants réguliers ou nouveaux ont maintenant intégré comme centre du « rond point » fixe, qu’il y a ait un appel officiel ou pas dans la mesure où ce rassemblement n’a jamais été déclaré.

Un peu de monde, malgré la « concurrence » de Valence et le temps pourri. Pour l’après midi l’AG de GJ-Lyon-centre appelait, de son côté, a à se retrouver par surprise en ayant enlevé les gilets place de la République vers 16 h 30, de façon à déjouer le blocus que la police nous impose depuis deux semaines par rapport aux trois grandes rues parallèles qui joignent Bellecour et les Terreaux et qui constituent le cœur commercial de Lyon.

En fait, devant l’absence visible de quelconques organisateurs, des discussions s’entament et des manifestants avancent l’idée d’investir immédiatement le centre, une idée relayée notamment par une personne avec un mégaphone. L’objectif devient donc de se rendre rue de la République sans le gilet pour partir du cœur de celle-ci et s’y répandre. Par contre aucun point de rassemblement dans cette rue n’est donné…

La manifestation se met alors en route en ordre dispersé, la plupart quittant les gilets jaunes d’autres non. Mais de toute façon c’est peine perdue, car les barrages de Gendarmes mobiles présents devant toutes les rues qui donnent accès à l’hyper-centre, la grande masse des manifestants se trouvent contraints de se reporter sur le quai de Saône. Toutefois, certains manifestants devaient déjà attendre rue de la République, peu avant le grand départ, puisque nous avons remarqué un groupe de gilets jaunes à l’intérieur du barrage près de la Fnac au moment ou nous tentions de trouver un accès possible.

Dès la rue de l’Ancienne-Préfecture, l’absence de force de police fait que tout le monde déboule sur la place des Jacobins. La police présente aux alentours se tient en retrait et nous laisse prendre la rue de Brest puis la rue Édouard-Herriot pendant que les premiers manifestants partis de la place Bellecour défilent parallèlement rue de la République.

La jonction s’effectue aux Terreaux direction quai de Saône, des forces de police toujours en retrait. Nous sommes nettement plus nombreux (environ 2000). Retour Bellecour, puis Antonin-Poncet puis blocage filtrant de l’axe Nord-Sud. La police n’intervient pas, les bacqueux font les bas-côtés pendant un moment puis disparaissent. Nous arrivons finalement à hauteur du Luna-Park et la police a fermé l’accès à l’autoroute. Gigantesque embouteillage. Un seul petit incident, deux ou trois cars de police essaient de passer sur le côté droit de l’axe, mais des manifestants qui se trouvent sur cette rue parallèle à l’axe leur bloquent le passage jusqu’à ce que les équipages descendent des camions en roulant des mécaniques. Cela se calme vite. Même chose devant, au barrage où tout le monde se défie du regard. Une ou deux lacrymos. L’hélicoptère fait son apparition tardive (16 h). Nous rebroussons chemin vers Bellecour via Perrache. Pendant que le gros de la manif emprunte le souterrain qui conduit au quai, d’autres passent par-dessus, vers la place Carnot puis la rue Victor-Hugo, où les manifestants ont envoyé valdinguer les petits panneaux de chantier en tôle ondulée, qui séparaient la chaussée du chantier. Puis abondant gazage, tirs à vue de LBD en visant les personnes (cibles loupées, semble-t-il, puisqu’il n’y a pas eus de blessés) et charges des bacqueux. Cela explique le nombre relativement faible de ceux qui se sont retrouvés à Bellecour, en fait un certain nombre étaient rue Victor-Hugo et dans les rues alentour. L’arrivée à Bellecour s’est faite par plusieurs endroits. Il y a eu les premiers qui sont arrivés par le quai du Rhône. Plus tard sont arrivés ceux qui avaient emprunté la rue Victor-Hugo, qui se sont fait rattraper par la Bac.

Cette arrivée à Bellecour signe un début de dispersion, (globalement on ne peut que constater que le climat a fait son œuvre. Les manifestants sont « rincés » par la pluie et la dispersion s’est effectuée au moins une heure avant l’heure habituelle des précédentes manifestations) avant que deux cents ou trois cents personnes tentent de prendre la rue Victor-Hugo en courant. Beaucoup de jeunes. Des gilets jaunes plus âgés surveillent les opérations un peu en retrait. On entend : « ils ont raison et de toute façon ça fout la merde et c’est très bien » semble remplacer le « c’est les casseurs de Bellecour » des premières semaines.

Gazage généralisé pour la première fois de la journée à Bellecour. Un ou deux blessés secourus par les street medics. Dispersion. Des bacqueux, en nombre important, semblent chasser quelques très jeunes manifestants qui se réfugient à l’intérieur du McDo. Il est 18 h 15.
La police ferme la place Bellecour au public et donne l’impression d’une ville assiégée aux touristes ou acheteurs de produits soldés. Mais assiégée par qui ? Le nom « Gilets jaunes » est sur toutes les lèvres, mais il flotte comme un mystère car beaucoup de passants n’en ont pas vu un et se retrouvent devant un dispositif totalement disproportionné.

– 6 interpellations selon la presse.

On peut quand même se poser des questions sur la stratégie de la police aujourd’hui à Lyon. Elle a été beaucoup moins offensive et donc moins violente, surtout par rapport à la semaine dernière, mais sans que son objectif soit clair puisqu’elle a mis en place dès 14 h un dispositif de camp retranché pour le cœur de la presqu’île tout en nous laissant y entrer sans tirer, pour une fois, une seule grenade. S’agissait-il alors de « terroriser » la population plutôt que de nous « terroriser » nous-mêmes ce qui semble très difficile après douze semaines ? C’est possible si le gouvernement et l’État ont décidé qu’il s’agit prioritairement d’établir un cordon de sécurité entre manifestants, finalement jugés peu nombreux et le reste de la population.

Ou alors les forces de l’ordre étaient-elles trop dégarnies vu la grosse manifestation interdépartementale de Valence, pour se livrer à leurs agissements devenus habituels ?

On laissera ça à votre réflexion.

E, G, J, Jos, M.

 



 

Ci-dessous, d’abord, le communiqué qu’a publié le groupe Fb Gilets Jaunes périphérie lyonnaise et qui a circulé plus largement et, à la suite, des remarques que quelques proches GJ ont  voulu publier le 30.01.2016 sur le mur Fb émetteur du communiqué. Ces remarques n’ont pas passé la barrière de la modération de cette page Fb.

🚨 COMMUNIQUE GILETS JAUNES PERIPHERIE LYONNAISE 🚨

Samedi 26/01/2019 notre collectif avait organisé une manifestation, déclarée en préfecture, dont le départ fut donné place Carnot à 13h45.

La thématique était « contre la répression du gouvernement », vous pouvez retrouver l’évènement Facebook ici https://www.facebook.com/events/1983029998664816/

Cette dernière faisait donc l’objet d’un parcours défini à l’avance.
Une réunion a eu lieu à la préfecture le vendredi après-midi, les représentants de la police nous ont conseillé à plusieurs reprises de ne pas faire passer le cortège par Bellecour. L’argument mis en avant étant la présence de casseurs constatée tous les samedis.

Les organisateurs ont clairement dit que le but était de faire converger les groupes afin de créer une masse compacte.

Au départ de la manifestation, un brief a été tenu auprès des gilets jaunes présents indiquant le programme de la journée avec arrêt au Fort Montluc pour déposer la motion de plainte contre l’Etat.

Il a été aussi signalé que nous nous réservions le droit de demander la dispersion à Guillotière, si jamais nous constations des difficultés pendant le cortège.

A l’aller, arrivés sur le Pont de la Guillotière nous avons tenté vainement de faire passer le message que devaient figurer en tête de cortège, les personnes âgées et les PMR.

Ce à quoi il nous a été répondu à plusieurs reprises « ON S’EN FOUT !!! ».
A ce moment-là, nous avons de suite compris que des fauteurs de troubles avaient infiltré le cortège et que la route serait longue.

Nous nous sommes retrouvés face à deux problèmes :

– Des Gilets Jaunes anti-manifestation déclarée déviant du cortège des personnes croyant suivre la manifestation déclarée
– Des groupuscules prêts à en découdre à n’importe quel moment.

La décision a été prise de ne pas faire d’arrêt au Fort Montluc (du coup pas de convergence avec les motards) et les forces de l’ordre ont été aussitôt tenues au courant de la décision des organisateurs.

Toutefois et bien malheureusement, nous avons été confortés dans notre choix lorsque notre service de sécurité à l’avant du cortège a fait l’objet de jets de projectiles de toutes sortes (bouteilles en verre etc….), sûrement destinés à la base aux policiers présents mais tombant tout proche de nous.

Nous sommes évidemment conscients que vu le nombre de manifestants, nous nous sommes vite retrouvés en sous-effectif.
Nous avons communiqué tout le long du cortège avec le mégaphone en annonçant la dispersion de la manifestation à Guillotière, nous heurtant à la volonté de certains voulant coûte que coûte emmener le cortège à Bellecour, de ne pas diffuser cette information.

Au final 2 constats d’échec :

– d’un côté la nécessité de coorganiser avec les différents groupes de Lyon afin d’avoir du personnel de sécurité supplémentaire et des gens concernés par l’événement (nous signalons quand même l’absence à la réunion de préparation du dimanche 20/01 à 14h00 à Gerland, de 2 personnes se disant représentantes de ces groupes)
– le manque de communication durant le cortège pour informer de la dispersion en amont de Bellecour, à ce titre les organisateurs n’ont pas quitté le navire comme nous avons pu le lire à certains endroits.

L’un des responsables de la sécurité : Monsieur Kaled AMIRA Amira Kaled Nadia vous invite à le contacter en MP pour toute question éventuelle, remarque ou autre.

Les Gilets Jaunes Périphérie Lyonnaise.

 


 

Bonjour,

Nous quelques Gilets Jaunes là depuis les débuts du mouvement voulons vous faire quelques remarques sur vos manifestations.

1. Le fait que vos manifestations soient déclarées contrevient à tout ce que le mouvement à comme pratique d’origine et qui a fait la force du mouvement de par son imprévisibilité et ce même sur Lyon. En effet le droit de manifester n’a pas à être déposé voir négocié, il se prend. C’est ce que tous les GJ place Bellecour ont imposé chaque semaine. Il n’y a aucune volonté d’en découdre là-dedans. C’est la détermination sans faille des manifestants sur le droit de manifester eux dont la plupart ne l’ont jamais exercer qui est en soi violente à partir du moment ou le code habituel de la conflictualité régie par l’Etat et les syndicats ne tolère qu’un combat à fleuret moucheté entre partenaires sociaux. Contrat plus ou moins officiel qui explique en partie tous les échecs des dernières grèves de salariés. Posez-vous la question de savoir pourquoi Macron a en partie reculé après le 1er et le 8 décembre !

2. Il semble que ce principe simple d’expression d’une masse en fusion vous échappe (nous discuterons des motifs plus bas). Les manifestations qui partent de Bellecour, même si des groupes, qui ne sont pas reconnus comme des représentants, tout juste des références et des lieux de mobilisation à partir de FB, ont pu faire des dépôts, sont pour tout les présents (même quand ce n’est pas le cas car la plupart du temps ils n’en savent rien) des manifestations sans autorisation. Cela matérialise un rapport de force établi par le mouvement contre l’État.

3. Vos motivations « responsables » qui devraient justifier vos parcours déclarés sont contredites par la présence de GJ en fauteuil, en situation d’handicap, malade, etc. qui bravent le danger et ne demandent jamais votre apitoiement qui leur rappel un âge ou un handicap qu’ils oublient justement au sein du mouvement. Et ce malgré ce que vous tentez de mettre en avant comme prétexte pour faire Votre manif. Notre mouvement est ouvert à tous et chacun prend ces responsabilités. A ce compte vouloir être « responsable » de tous et de tout vous conduit droit dans une impasse car ce mouvement est profondément « irresponsable » : irresponsable en manifestant quand le résultat immédiat est une accumulation de morts induites ou de blessures graves directement imputables aux forces de l’ordre, en ne se dispersant pas quand on le lui demande, en occupant sans droit ni titre des ronds points, etc.

4. Nous nous rendons régulièrement à l’Assemblée du lundi soir. Rien n’a été annoncé à celle-ci. Que les groupes Fb constitués pratiquent la concertation c’est très bien, qu’ils décident entre eux sans ouvrir les décisions d’aucune manière, par exemple en en discutant de façon publique représente un grave problème. Ajoutons qu’imposer à tous les groupes une manif, et c’était déjà le cas avec celle de Gerland, en leur demandant dans le fond de s’aligner sur des décisions qui ne leur ont pas été soumises nous pose plus que question. Si aucun groupe ne vous le dit et bien la masse vous la bien rappelé encore ce samedi. La manif ou des fractions de manifs va et viennent en fonction des circonstances ou des opportunités du terrain. C’est d’ailleurs pour cela que les forces de l’ordre sont si désemparées … et vous avec. Sans malice et souvent avec la plus grande honnêteté vous avez joué les apprentis sorciers mais maintenant le mouvement vous déborde de tous les côtés.

5. Vous parlez à demi-mot de constituer un Service d’Ordre pléthorique. Non seulement, comme nous l’avons déjà dit, cela va complètement à l’encontre de la nature spontanée du mouvement qui déborde tous les schémas traditionnels, mais vous voulez l’imposer maintenant à un moment où vous ne maîtrisez plus rien. C’est en effet autre chose que de régler une occupation de ronds points avec trois gentils gendarmes envoyés faire la causette que de gérer 4000 manifestants face à des forces de l’ordre qui ont reçu l’ordre d’être agressives comme ce fut le cas samedi dernier.
D’ailleurs vous reproduisez les manifestations traîne savate des syndicats en pire comme quand depuis Gerland il nous était dit au mégaphone quand et à quel allure avancer !

6. Ce qui est le plus grave, c’est que pour justifier votre position vous opérez une distorsion des faits. Ainsi, quand vous parlez du moment où vous avez décidé de la dispersion en en avertissant pas grand monde vu le peu de poids organisationnel et le peu de légitimité que vous avez, ce qui a eu pour effet concret de livrer tous les derniers manifestants restés après le passage des motards à un gazage complètement imprévisible. Certains d’entre nous ont été blessés à cette occasion et pour votre gouverne sachez, bonnes âmes qui défendez les handicapés, qu’une personne en fauteuil roulant c’est trouvé victime de votre revirement pour ne pas dire de votre lachage.

 



 

CR AG Lyon Bourse du 28 janvier

La salle tarde à se remplir, mais avec les circonvolutions habituelles et inutiles des personnes à la tribune, finalement, à 19h25, ça démarre doucement par un résumé des actions externes. Une intervention sur une réunion prochaine avec la CGT des municipaux par qui on à la salle tous les lundi soir à la Bourse et qui veulent se renseigner sur les personnes qui l’occupent ; des références à la manifestation du 5 de la CGT, à laquelle l’AG est favorable. L’information comme quoi il y a une manifestation interdépartementale à Valence le samedi 2 février ; une action projetée devant l’ONU contre la répression en France qui représente une atteinte aux droits de l’homme et à la liberté de manifester (référence aux armes utilisées et aussi au projet de loi anti-casseur).

Ensuite, c’est le bilan des actions de la semaine. En fait, cela va se résumer à un bilan de la manifestation du samedi après-midi. Les actions du groupe article 35 dont pourtant un des membres est présent et qui interviendra d’ailleurs plus tard sur un autre point, ne sont pas évoquées (ni l’action contre la répression au Palais de justice le vendredi après-midi, ni l’action aux Minguettes le samedi, ni le Manifeste qu’ils ont fait paraître ?). Référence est aussi faite à la chaîne humaine sur le climat et au manque de lien entre les deux actions (celle du samedi et celle du dimanche, malgré la présence d’une petite proportion de GJ ce dernier jour).

Les personnes disposées à intervenir doivent s’inscrire et faire la queue pour la prise de parole. On ne comprend pas à quel titre ils interviennent et surtout l’organisation bureaucratique de l’AG empêche quiconque voulant donner un autre avis d’intervenir dans la foulée (c’est pourtant ça qui fait l’échange réel et la confrontation des interprétations et non pas la démocratie formelle des tours de paroles. Pourtant, là, toute personne voulant intervenir de façon impromptue se voit renvoyer au bout d’une liste de prétendants à la parole. A l’évidence, cela décourage toute intervention. Déjà opposé à cette pratique j’avais dû la semaine dernière faire un passage en force pour expliquer le fait que l’AG de la Bourse n’était pas représentative des GJ jaunes de Lyon, mais au maximum du groupe GJ de Lyon centre. Cette fois cela va se reposer parce qu’après une intervention sur les fascistes qui foutent la merde dans les manifs, un intervenant croit en fournir encore la preuve en citant la manifestation de nuit qui a parcouru St-Jean et qui aurait commis des déprédations. Or, la personne en question n’y était pas présente et il y a eu une seule déprédation contre un restaurant de la part d’un mec bourré. J’y étais. Du fait que St Jean est maintenant considéré comme territoire fasciste, toute manif à St Jean devient fasciste ! Cette fake news, du fait du fonctionnement type Nuits debout de l’AG, va passer comme une lettre à la poste à l’époque du service public postal !

Le sujet me paraissant moins important que la semaine dernière et mon état physique aidant, je laisse courir et G. qui était à St-Jean avec moi n’est pas là pour intervenir, occupé qu’il est à rédiger le CR de l’AG de Ternay qui a pris du retard.

Dans la même obsession des fascistes, on a tout d’abord un mouvement de personnes qui sortent en courant parce qu’un sûrement fasciste serait en train de prendre des photos, puis on apprend qu’à la comparution immédiate qui a lieu parallèlement à 200 m, il y aurait les fascistes et la preuve c’est qu’ils crient « ahou » !!! Une interjection reprise par des milliers de personnes dans les rues depuis deux mois, certes sur l’imitation de supporters de foot, mais qui retentit particulièrement bien et dynamise les manifs. Très rapidement on apprendra qu’il n’y avait pas plus de fascistes que de beurre à la cuisine, juste 2 ou 3 familles venues soutenir leur vilain rejeton.

Tout à l’avenant Le bilan va être circonscrit à cela par ceux qui font de la question de l’intervention des fascistes et donc de la nécessité d’une intervention contre eux, le point central. Nous n’entrerons pas dans le détail de l’opposition entre ceux qui pensent que les fascistes doivent être virés de force par un service d’ordre dont pourtant par principe les GJ ne veulent pas et ceux qui pensent qu’il faut que ce soit la manif elle-même, sans spécialisation (SO officiel) qui fasse le ménage s’il y a lieu, c’est-à-dire s’il y a agression.

Cela occupe tellement l’AG que les violences policières passent quasiment au second plan. En effet, que dire d’une AG qui déciderait de concentrer ces forces »militaires » contre une centaine de « nervis » sans prévoir de service de défense contre les flics alors qu’on n’arrête pas de dénoncer leur violence bien plus effective ?

Ensuite vient le bilan des commissions. Un cri du cœur : depuis la semaine dernière il n’y aurait plus assez de monde dans les commissions. Ainsi la commission action serait passée de plus de 200 personnes à 6 personnes. Les « référents » des commissions poussent des cris d’orfraie devant cette situation en opposant leur imposant investissement (une dit qu’elle y consacre plus de 30 heures par semaine, ne se doutant pas que si elle était parlementaire ce serait 7à heures, certes payées, qu’elle ferait) contre le dilettantisme des participants de l’AG. Un moralisme de bénitier et des remarques de maître d’école contre ceux qui parlent entre eux par petits groupes et n’écoutant pas les gentils organisateurs, sont particulièrement contre productifs. En effet, aucun « référent » ne se pose la question politique du pourquoi de la chose, alors que, par exemple, nombre d’entre nous ont participé effectivement à une commission … et s’en sont retirés vu leurs conditions bureaucratique de fonctionnement.
L’appel de l’assemblée des assemblées de Commercy est alors lu par deux des observateurs de l’AG lyonnaise à Commercy. Son appel est approuvé, mais cela ne faisait pas de doute vu son caractère consensuel et général. De toute façon, il n’engage à rien, à part la participation à d’éventuelles futures AG des AG.

Une proposition de communiqué de presse dénonçant la présence des fascistes dans la manifestation est votée, même si des membres de l’AG pensent que la référence à l’appel de Commercy et sa prise de position sur le sujet est suffisamment claire et que, d’une manière générale, le mouvement n’a pas à sans arrêt se justifier aux yeux de l’opinion publique (et des médias), de ce qu’on l’accuse. En tout cas, c’est une déclaration de principe officielle qui vaut mieux que la sinistre photo de prétendus fascistes qu’on nous a fait circuler et qui sont en train de défiler tranquillement sans indication particulière de quelconque exaction ni même de signe visible d’appartenance à cette mouvance. Il y a même un africain qui figure à leur côté sur certains exemplaires, mais sur d’autres, les auteurs de cette dénonciation de type policière, ont fait disparaître l’africain de la photo en la coupant comme Staline faisait disparaître Trotsky et les vieux bolchéviks, de l’album de famille !

Parmi les propositions retenues, l’idée de pénétrer la presqu’île et son cœur de la rue de la République sans gilets jaunes sur le dos et de ne les revêtir qu’après, est celle qui porte le plus car ce cœur de la ville nous est refusé depuis deux samedi par un imposant dispositif policier. En effet, l’association des commerçants de la presqu’île est très puissante au sein de la mairie et d’ailleurs Collomb aurait poussé à mettre des moyens supplémentaires à la disposition des forces de l’ordre. Preuve de la hantise sur le commerce des soldes, d’après le Progrès, plusieurs millions auraient été accordés à ces commerçants en détresse.
Mais pour ce faire, il faudrait pré-organiser un peu cette manifestation d’un nouveau type puisque jusqu’à là une énorme proportion de GJ tient à aborder fièrement son paletot. C’est à la commission organisation de gérer ça, mais il semble là que les volontaires sont nombreux pour aider à la réalisation du projet.

Toutefois, une difficulté externe de taille. Une part importante des présents pense être à Valence ce jour là ! D’où on reparle de savoir ce qui est le plus utile pour le mouvement. Est-ce que la force vient du côté uni et compact du mouvement ou bien alors de sa multiplicité de son éclatement voulu ?

Il a été décidé que les GJ y participeront en « cortège » distinct. Il y a eu aussi une proposition de diffusion de tracts à différents points de Lyon et à différentes heures pour annoncer cette manif. Intervention faite sur le mode leçon de politique anti-capitaliste par une militante gauchiste « tendance prolétarienne » – comme si les GJ avaient besoin d’être éduqués et qui a fait rire une bonne partie de la salle.

J.

 



 

Retour sur l’Assemblée citoyenne de Ternay du 22/01/2019 organisée par des Gilets jaunes

Présent pratiquement 150 participants dont la majorité venaient des communes de Ternay et communes proches : Givors, Communay, Feyzin, Chasse.. dont le député de la circonscription de Ternay, Jean-Luc Fugit, LREM. Ce député est par ailleurs organisateur d’assemblées pour le Grand débat macronnien. Mais même s’il est présent il n’est pas en terrain conquis, loin de là. Assemblée filmée par des participants et par l’AFP.

Il existe un compte rendu complet de l’Assemblée réalisé par les organisateur du groupe Fb Gilets jaunes Feyzin que nous mettons à disposition. Dans ces conditions notre retour se situe sur un plan qui n’est pas celui, classique, de la revendication. Le centre de cette Assemblée citoyenne est dans le fait de donner la parole, même de façon contrainte à 1’30 à quelques secondes près. Comme pour Givors et contrairement à Lyon désormais, l’expression même maladroite de ce qu’il y a dire est au centre des débats. Les organisateurs intervenant de façon très claire et aussi pour dire à quel point la contrainte de temps est frustrante pour tout le monde.

Même si l’on demande au GJ venant à la tribune de décliner rapidement qui il sont, ont peut être frappé par le caractère solennel et rituel des présentations des participants qui ont désiré parler à cette assemblée : je m’appelle… j’ai tel âge… je suis éducateur… Je suis GJ depuis… Une forme d’appartenance revendiquée publiquement… qui confère aussi légitimité de la parole qui va suivre. On est loin des bavardages inconsistants de l’assemblée de la Bourse du travail, où peu de participants s’engagent dans leur prise de parole et où le débat est absent (catalogue de prises de paroles).

A Ternay ce qui se formule est bien plus large pour des GJ du secteur de la santé (aide soignante..), (avec la difficulté des autistes à être accueilli dans des centres), du social (éducateur…), de l’EN (aide maternelle, auxiliaire aux hancipés), du secteur de l’entreprise (avec le poids des « charges » pour les petits entrepreneurs)  :

Et donc est revenu l’étranglement quotidien des taxes sans retour sur ce que l’État en fait, pour continuer sur les CDD à répétition avant de miraculeux CDI bancal, des politique qui ne représentent qu’eux même et un souci de parler des personnes fragiles qui sont abandonnées (handicap et vieillesse par ex.), etc. Un contenu social mais pas au sens strict du terme, une approche de tout ce qui pose problème avec pleins de détails très précis (voir le comppte rendu de Feyzin) sur leurs conditions de vie, de travail. Peu de paroles sur le RIC : à partir de quel nombre ? Et sur quoi ?

Nous avons été surpris des paroles qui se sont échangées sur les violences policières, les blessures racontées par un gars de St Etienne, qui a vu un gars avec la joue déchirée par un LBD, un autre (ancien gendarme ?) qui a parlé de sa femme partie à l’hôpital, des coups de matraque données par ci par là, gratuitement… Des gazages alors que rien ne se passait, etc. C’est le député qui a ouvert ce barrage en tentant de mettre sur le même plan violences policières et violences de manifestants… et qui a provoqué dans les interventions suivantes, l’expression d’une dimension importante du mouvement des GJ, celle de la répression, qui n’avait jusque là pas atteint ces proportions.

A propos du député de la circonscription, il n’a pas été ménagé, quelqu’un allant jusqu’à lui demander s’il faisait partie de ceux qui fraudent avec ses indemnités ! Cela s’exprime aussi par le fait qu’une partie de la salle ne voulait pas de discours bon teint et donc qu’il ait une intervention de 1’30, comme tout le monde… Mais son argument de passer après plusieurs questions/interpellations lui a permis de parler même si ce fut presque toujours à coté de ce qu’on lui demandait (l’art du politique). Il n’a pas eu le simple loisir de dérouler son argumentaire car lorsque le débat avec le député s’est formalisé avec des questions/réponse, un membre de l’assemblée a dit qu’on n’était pas sur un plateau de télé, et que l’assemblée devait poursuivre le débat… Après le calme demandé par la tribune les interventions repartent de plus belle par exemple avec un appel à faire grève le 5 février.

Un aspect étonnant est la présence d’un conseiller municipal de Bron et un autre ex-conseiller de St Symphorien d’Ozon tout deux sans étiquettes qui dénoncent la manière dont la politique locale fonctionne : tu est censé voter ce que l’on te dit de voter, pas besoin de siéger !

Pour finir un intervenant à quand même dit qu’il fallait renverser Macron et « ont verra après » dans une envolée révolutionnaire qui a largement été applaudie.

Dans un autre registre, du surplus de nourriture apportée sur les ronds points s’est monté une association La Maraude des Gilets Jaunes.

Et puisque l’anecdote n’est pas absent de ces réunions l’une sympathique mérite d’être relaté : le fils d’un GJ lui a demandé si le nom de Macron était… « démission » ?

Nous apprendrons en discutant avec des organisateurs que des comptes Facebook sont fermés à la chaîne, que les vidéos restent en ligne parfois 1 h et disparaissent ensuite, bref qu’il existe bien une censure Facebook.

Pour résumer, nous avons vécu une assemblée ou se dit des maux de la société actuelle dans un langage qui n’est pas celui des syndicats ou de la gauche traditionnelle. Une assemblée qui ne se voile pas la face sur sa portée autre qu’immédiate mais est éminemment combative.

G. et Livia

 

Plusieurs retours ont eu lieu sur l’Assemblée de Ternay dans les médias :

https://www.leprogres.fr/rhone-69-edition-est-lyonnais/2019/01/22/ternay-150-gilets-jaunes-presents-au-foyer-rural-ce-mardi-soir-pour-une-assembee-citoyenne

https://www.liberation.fr/depeches/2019/01/23/a-ternay-un-depute-lrem-face-aux-coleres-des-gilets-jaunes_1704795

https://www.publicsenat.fr/article/politique/a-ternay-un-depute-lrem-face-aux-coleres-des-gilets-jaunes-137172

 



 

2 courriers qui se répondent :

Le 20.01.2019

Évidemment se centrer sur l’amnistie des GJ condamnés (leur libération immédiate) et l’arrêt des armes de la police « à létalité réduite » (!) peut sembler une tactique de fin de mouvement qui essaierait de panser les plaies de ses éclopés, pour une retraite dans l’honneur (?).
Cependant ce serait établir la priorité du seul débat qui compte : en quoi le monopole de la violence légitime de l’État l’autorise à mutiler des manifestants, en quoi ça paraît aller de soi qu’un pouvoir politique utilise la machine d’État pour s’imposer militairement : ce pourrait être mettre l’État en accusation; ce serait plus intéressant que le RIC.

V.

Le 21.01.2019

Je pense que poser comme préalable à « toute négociation » un décret d’interdiction des armes mutilantes et l’amnistie de tous les inculpés est intéressant. ce serait de toute façon une victoire. Y a t’il d’autres objectifs à portée de main immédiate ? Je ne le crois pas..Donc intensifier la pression jusqu’à l’obtention de ces deux revendications en perturbant systématiquement les débats.(par exemple)
On ne discute pas, non armé, avec qui nous tient en respect par la force brute.

A.

 



 

Compte rendu de la manifestation du 26 janvier à Lyon (non exhaustif)

Le groupe Article 35 (cf. notre CR sur le rassemblement de vendredi et leur « Manifeste » que nous avons reproduit) a décidé d’intervenir aux Minguettes à Vénissieux ce samedi. Ils ont réalisé une vidéo disponible sur leur compte Facebook.

Beaucoup d’entre eux sont issus des banlieues et ont entre trente et quarante, c’est-à-dire l’âge d’avoir connu la révolte de 2005. Ils insistent sur ce point qui est le fait que les banlieues se sont trouvées alors complètement isolées, et sans soutien, et que cela expliquerait leur passivité actuelle par rapport au mouvement. Ils proposent donc concrètement de remédier à cela.

Pour le reste, une manifestation était organisée contre la répression à partir de la place Carnot à 13 h, initiée par les groupes GJ des ronds-points de TEO et Feyzin et elle a été déclarée sur un parcours Carnot-Bellecour-Fort de Montluc, pour un dépôt symbolique devant l’ancien Fort, désormais commissariat de Police, de « motions » contre les violences d’État (le vrai dépôt aura lieu lundi). Retour (par le même chemin ?) et dispersion au niveau du pont de la Guillotière et chacun fait ce qu’il veut à partir de là. L’annonce du parcours est faite par ce qui doit être une des personnes à l’initiative de cette manifestation.

13 h place Carnot, en dehors des camions de GM et de CRS, c’est le point de départ de la Marche contre les violences policières. Retour de la banderole vue à Gerland et sur le TEO « N’enterrons pas nos droits – Liberté – Égalité – Fraternité » et aussi celle « 100 balles et ça repart » et son dessin de CRS.

Le chef du SO d’à peine 30 personnes donne les multiples consignes avant le démarrage de la manif : demande de rester au centre de la rue, toute personne sur le trottoir sera considérée comme en dehors de la manif ; dans la rue Victor Hugo rester à 1 min 50 s des vitrines ; pas de banderoles : syndicale, politique ou raciste.

Départ dans la rue Victor-Hugo à 100 Gilets jaunes avec peu de personnes sans le gilet hormis le SO avec brassard. Démarrage avec un rythme correct qui affole le SO qui nous arrête plusieurs fois pour une raison de timing, le but étant d’être à 14 h à Bellecour ce qui prend 10 minutes à peine par cette voie. Un ruban de signalisation est déployé de chaque côté pour délimiter la manif dans la rue piétonne…

Arrivée à Bellecour au milieu des autres GJ déjà présent pour la manifestation devenue traditionnelle de la place Bellecour et au son de « Police partout, justice nulle part ». Ce groupe de manifestants (moins nombreux) et qui a prévu d’aller jusqu’à Montluc essaie d’entraîner le groupe plus nombreux qui les attend sur la place Bellecour. Nous partons donc tous alors (un millier environ) vers Montluc, mais dès la place du Pont, une partie de la manif prend la rue Paul-Bert sur la gauche et va se faire gazer un peu plus loin rue Bonnefoy. Peu à peu regroupement sur le cours Gambetta en direction de la trémie Garibaldi. Défilé de nombreux motards après que le Fort Montluc a été interdit. Au plus fort nous sommes autour de 3000. Le parcours de la manif change donc directement sur le terrain, mais sans raison apparente et sans sommation, les grenades pleuvent avenue Vivier-Merle (plusieurs blessés légers) et nous font refluer pour retourner sur le point de départ par l’avenue Félix-Faure. Un groupe de GJ en provenance de Bellecour rejoint la manif place Aristide Briand.

Sur le cours Gambetta des affrontements violents ont lieu entre militants d’extrême droite et d’extrême gauche sans que l’ensemble de la manifestation ne comprennent vraiment de quoi il s’agit. Ils se répètent jusqu’à la place du Pont où la police envoie une énorme bordée de grenades de type paralysantes-suffocantes (elles ne font pas spécialement pleurer mais prennent le haut de la poitrine et donnent l’impression de suffoquer et d’avoir envie de vomir). Les fafs ont cogné un gars qui aurait dézingué une pub pour l’abbé Pierre. Ils se sont justifiés auprès des manifestants qui n’y comprenaient rien en disant qu’ils chassaient les casseurs. Un certain nombre de personnes se sont progressivement regroupées et leur ont mis la pression. Les fachos semblaient en difficulté et selon les versions, soit les flics les ont fait dégager en les ciblant avec leurs lacrymos, soit ont protégé leur fuite en gazant à mort.

Traversée du pont de la Guillotière, mais Bellecour nous est, semble-t-il, fermée par les cordons de police et par les lancers de grenades. Tentative d’avancer sur les quais direction Terreaux avec une voiture folle qui manque de peu de tuer quelqu’un. Pendant environ deux heures, il va se produire des heurts sporadiques, mais plus violents que les semaines précédentes, tout le long du quai Gailleton. Grenades contre bouteilles de verre et cocktails Molotov, la police recule puis avance, puis recule et avance encore. Pour la première fois et sans barricades se crée un abcès de fixation pour les manifestants qui permet de discuter et d’échanger sur les différentes tactiques possibles, car il n’y a pas un seul membre des différents groupes Fb qui se rende visible ou indique un plan possible. Certains veulent réoccuper l’acte Nord-Sud comme ces dernières semaines, mais d’autres pensent que cela gêne plus les automobilistes qu’autre chose et qu’il faut retourner coûte que coûte à Bellecour pour envahir la presqu’île là où sont les magasins et les gens qui font leurs soldes. Bien sûr que beaucoup de très jeunes manifestants des quartiers et des manifestants peut-être plus aguerris se manifestent, mais ce qui est nouveau c’est que la demande d’aller au contact provient de GJ lambda et particulièrement de femmes qui veulent en découdre pour foncer sur Bellecour. Très difficile de discuter avec elles et de leur faire comprendre que si la détermination active a été un atout du mouvement, ce n’est pas la même la même chose qu’attaquer la police, a fortiori quasiment à mains nues pour la plupart des manifestants. Du fait que la réaction policière est aujourd’hui plus violente à Lyon, les discussions sur les moyens à se donner vont bon train. Tout à coup une partie de la manif présente sur l’axe et qui n’est pas dans la confrontation plus ou moins directe à hauteur de la librairie Joseph-Gibert et du pont (elle était pour occuper l’axe) se met à courir sur la droite, du côté de la Poste centrale afin de prendre la police de vitesse et revient sur Bellecour qui n’est, de fait, plus le seul point de fixation des manifestants ce samedi.

Réussite, mais grenadages à Antonin-Poncet, grenadages qui avaient déjà été précédés d’autres contre les manifestants qui avaient quitté le quai aux premières charges de police pour se replier sur les jardins qui précèdent cette place. Il y plusieurs groupes de Gilets jaunes qui vont circuler entre Antonin-Poncet et les rues attenantes à Victor-Hugo, ne rien lâcher, occuper le terrain semble être le maître mot.

Nous nous regroupons et faisons une charge en direction des quais qui est repoussée par les grenades. La situation se stabilise quelque peu quais Gailleton donc, quand nous décidons de repartir sur Perrache, nouvelles grenades et, finalement, reflux sur l’autre rive.

Certains commencent alors à dépaver la voie du tramway qui est bloqué, comme d’ailleurs les autres moyens de transport, mais nous passons devant St-Luc et tentons de reprendre le pont de l’Université. Les flics bloquent et contrôlent les identités de ceux qui se laissent contrôler car en fait ils nous permettent de faire demi-tour et ne tiennent pas le pont de la Guillotière même si des motards ont fini par se positionner afin de barrer l’accès aidé de quelques voitures de police.

Sur la place Bellecour, vers 18 h 30, quelques centaines de personnes qui discutent, boivent et reprennent « Antisocial » diffusé par une sono. Quelques personnes vident des extincteurs : fumée blanche et ambiance boite de nuit. Rapidement les flics se regroupent, gazent à mort et chargent. Avant 19 h, Bellecour, est gazée et ratissé par les flics et des GM venus avec leurs barrières anti-émeutes bloquent toutes les rues permettant de sortir de Bellecour, sauf une. Quand un groupe de manifestants se retrouve coincé rue de la Barre, les GM ne laissent passer personne mais sont très polis… Derrière eux, les flics se rassemblent et mettent la pression, mais rien de bien grave ne se passe au final. Dispersion mais un bouche à oreille indique un rendez-vous aux Cordeliers à 20h30.

Une centaine de GJ se retrouvent à 20h30 et partent direction Hôtel de Ville, ils sont chargée devant le commissariat place Louis Pradel puis sur les quais. Arrivés en retard nous les rejoignons et marchons en direction de la Saône. Le groupe est jeune, une majorité de 25-30 ans, très déterminés et en même temps à l’humeur joyeuse avec trompettes et compagnie. Nous investissons la rue St-Jean très propice puisque malgré notre nombre assez faible nous occupons toute la rue, la manif est très visible et beaucoup de personnes sortent des restaurants pour voir et profitent d’une cigarette. Quelques sapins et poubelles sont enflammés. Nous passons devant la cathédrale St-Jean où la police commence à nous suivre, la rue Adolphe Max direction le quai de Saône et la passerelle. Nous sommes pris en sandwich entre les flics derrière et les bacqueux sur le côté. Une partie de la manif franchit la passerelle, pendant que la police la ferme. Nous sommes bloqués et sommes violemment priés de dégager. Nous essayons de rejoindre les autres par le pont Bonaparte, pendant que des cars de police s’agitent de tous les côtés (pour moins de 150 personnes !), mais à Bellecour nous ne retrouvons personne. A 21 h 45 nous décrochons de ce qui aura été la première « nuit jaune lyonnaise ».

Aujourd’hui, 27 janvier, le matin chaîne humaine GJ. À partir de 14 h 30, chaîne humaine pour le climat. Beaucoup de monde l’après-midi (7/8000 personnes au moins) quelques GJ sur la chaîne et à l’arrivée à Bellecour. Certains ont dû aussi faire l’action GJ (chaîne humaine) prévue le matin qui semble très LFI / Nuit debout

J. ; G. ; J-P.

 



 

Lyon, le 25.01.2019

A l’initiative du groupe Fb « article 35 Insurrection » en référence à la constitution de 1793 (an III) jamais appliquée mais qui envisageait un droit à l’insurrection contre un gouvernement jugé illégitime.

De la bouche d’une de ses figures marquantes, le groupe Fb en question est plutôt petit puisqu’il ne comprendrait qu’un millier de personnes. En tout cas il y a peu de monde au rassemblement contre la répression, mais 14H un vendredi ?

Discussions intéressantes entre diverses personnes déjà très averties des problèmes de groupes GJ entre unité et indépendance ou diversité : sont présents des membres du groupe article 35 évidemment, un membre du groupe FB Lyon-centre, des personnes qui se demandent pourquoi tant de divisions parmi lesquelles un enseignant contractuel et des gilets jaunes anonymes, mais très intéressés par tout ce qui s’échange. + Jos et moi (à peine une quinzaine en tout et donc la marche projetée d’un palais de justice à l’autre n’est pas maintenue).

Le groupe article 35 dit que le groupe Lyon-centre est trop fermé (plus que trop politisé comme le pense le groupe Fb-Bellecour au sujet du groupe Lyon-centre). Le groupe article 35 privilégie l’action y compris dans les banlieues puisque certains de ses membres y sont nés ou y vivent et ils prévoient par exemple d’aller, ce samedi à un rond point des Minguettes. Ils partent de l’idée que le mouvement ne prend pas dans les banlieues car celles ci ont le sentiment d’avoir été abandonnées en 2005 au moment de la révolte. Mais il privilégie aussi les actions parce qu’il dit que la réflexion ne peut partir de lui car il n’a pas les « compétences » pour aborder certains sujets. C’est assez étonnant quand on voit le contenu de leur proclamation qui a été lu publiquement (lire ci-dessous). En effet, il est très construit et constitue une sorte de Manifeste politique d’avant-garde qui n’a rien de commun, ni dans sa conception, ni dans son contenu avec ce qu’on peut lire par ailleurs. Il y a là une nette filiation insurrectionniste mais dans un langage très éloigné de celui de « L’insurrection qui vient » et une référence à la patrie (plus qu’à la nation) qui n’existe évidemment pas dans l’IQV.

J.

 

Vendredi 25 Janvier / APPEL À LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE
Organisé par Article 35 Insurrection

Désobéissance civile…

Mais que veulent dire ces mots ? Comment refuser de payer l’impôt quand celui-ci est prélevé à la source ? Comment refuser d’obtempérer face à un LBD. Un combat perdu d’avance, la désobéissance civile ? Certainement pas.

Car derrière ces mots s’en cache un autre, aussi nécessaire à l’humain que l’est le mot Démocratie ; celui de Résistance.

Résistance à ce nouveau fascisme qui conjugue pensée unique et pouvoir centralisé, c’est-à-dire ce totalitarisme du 21e siècle, qui fait qu’aujourd’hui nous sommes dans la rue.

Résistance à ce totalitarisme qui seul permet à une élite auto-désignée de se reproduire par cooptation via des filières réservées. Pseudo-élites qui verrouillent notre société en castes et sous castes ; catégories ou se rejoignent pour le plus grand bonheur des dividendes versés, aides-soignantes sur-exploitées et migrants sous-payés

Résistance à ce totalitarisme propagé par les grands algorithmes supra-nationaux qui diluent l’individu dans la bouillie uniforme que nous servent ces GAFA dont le but avoué est de gommer nos cohésions et nos différences pour mieux nous transformer en consommateurs obéissants.

Résistance à ce totalitarisme qui nous dépossède de notre culture et de notre histoire ; de nos régions devenues Hauts-de-France ou Bas-de-Seine… on ne sait plus ; de nos écosystèmes transformés en bassins agricoles ; de nos banlieues qui s’éloignent de plus en plus des centres-villes jusqu’à se confondre avec cette « France d’en bas », c’est-à-dire nous, dans un grand réservoir de main-d’œuvre, tenue et contenue par des salaires assurant tout juste de quoi survivre.

Résistance enfin, à ce totalitarisme qui nous dépossède de notre patrie ; ce pays, la France, qui pourtant est à nous ; et qui nous vole jusqu’à cette idée, si belle, d’une Europe appartenant aux peuples qu’elle unit par un passé et pour un avenir commun et non aux banques et aux fonctionnaires de Bruxelles.

La tache paraît immense, la cause perdue d’avance.

Que faire ? Que pouvons-nous faire ? Certainement, et pour commencer, mieux connaître notre ennemi

Ce totalitarisme est facile à identifier car il est mondial, et c’est son premier critère ; le second étant qu’il repose sur une quadruple dictature, à la fois technique, administrative, sociétale et médiatique pour mieux nous enfermer dans sa pensée unique.

Dictature technique, parce que la multiplication des règlements et critères, sous des prétextes divers, n’a d’autres buts que de faire rentrer les citoyens dans la norme tout en finançant les instruments de la puissance d’état.

Dictature administrative, parce que le service public est diminué et appauvri jusqu’au point où seules les fonctions de contrôle et de normalisation des populations sont maintenues à leur maximum d’efficacité ; et seulement celles-ci.

Dictature sociétale, car il est là, ce levier qui permet de fracturer la société, de la diviser en groupes et sous-groupes aux intérêts divergents, en faisant des uns, les victimes des autres. Jusqu’aux parents que la fessée désigne comme bourreaux de leurs propres enfants. Et pourquoi ne pas nous retirer nos propres enfants, puisque l’enfance elle-même est devenue une marchandise.

Dictature médiatique enfin, ce quatrième pouvoir qui alimente le conditionnement sociétal. Si vous entendez ces mots : partage, justice, enfance, solidarité, écologie, responsabilité… relevez la tête, regardez votre écran, c’est une pub ou un député LaREM

Et ce soir, vendredi 25 janvier, nous allons assister à la quadrature du cercle, Marlène Schiappa chez Hanouna. L’incroyable spectacle de la communion intime entre pouvoir en place et médias qui ramènera le combat pour la justice sociale à une simple variable de l’audimat.

La désobéissance civile est une réponse certes désarmée et non-violente puisqu’elle se veut civile ; mais virale et irrésistible.

Face à ce totalitarisme qui s’introduit par tous les pores de notre société, un vent nouveau s’est levé et ce vent porte une très ancienne forme de résistance qui s’appelle le refus.

Le refus d’entrer dans la norme, car la norme c’est l’uniformité ; le refus d’obtempérer, car ce pouvoir a perdu toute légitimité ; le refus de déclarer, car nos colères n’en sont plus à s’annoncer ; le refus de débattre, car l’heure des paroles est depuis longtemps passée ; le refus de consommer sans conscience, car il nous reste une planète à sauver ; le refus de payer, car ce serait financer nos propres chaînes ; le refus de prendre son poste de travail, car le travail de l’homme doit être le symbole de sa dignité et non de son abrutissement ; le refus de l’injustice sociale, car sans cette justice, nul espoir n’est permis.

Tous ces refus qui se résument en un seul, celui de se soumettre, que ce soit individuellement dans nos décisions quotidiennes ou collectivement dans l’expression de nos volontés communes.

Aujourd’hui le vent de la résistance continue à souffler ; il souffle même de plus en plus fort.

Aujourd’hui nous sommes ici, devant ce palais de justice qui appartient au peuple, c’est à dire nous.

Demain, samedi 26 janvier, nous serons aux Minguettes avec les Gilets Jaunes de Banlieue, au rond-point Herriot-Cagne de Vénissieux.

Après-demain, nous serons là où il s’agit de lutter…

Il est puissant ce vent qui nous mène et c’est grâce à lui que nous allons gagner.

Ugo Pao
23/01/2019

 



 

Lyon, le 24.01.2019

Il avait été décidé d’une manifestation spécifique des lycéens/étudiants avant celle des enseignants au cours d’une AG en plein air qui s’était tenue la semaine dernière devant le rectorat, mais qui regroupait peu de personnes. Entre temps, cette annonce n’avait pas été suivie d’une préparation particulière prenant le pouls des établissements qui pouvaient être concernés, ni du nombre de participants attendu dans chacun (en fait tout s’était fait par smart phone ou autres). L’intervention d’un lycéenne et d’une étudiante à l’AG Bourse du 21 s’inscrivait d’ailleurs dans cette perspective de convergence des mobilisations dont on sait le caractère artificiel surtout quand le terme de « mobilisation » s’avère souvent un vœu pieu énoncé par quelques « responsables », qui remplace la lutte sur le terrain. Le contraire des pratiques de GJ en quelque sorte.

Bref, à Jean Macé à 9H 30, environ 100-120 lycéens et étudiants derrière de nombreux drapeaux rouges, dont certains avec la faucille et le marteau. Pas un élève de lycée de quartier (Lumière ou Faÿs comme en décembre), de banlieue ou de LEP. Rien à voir ni en nombre ni en composante avec les manifestations de novembre-décembre, ni non plus en pression policière quand la répression avait frappé durement les lycéens. Ici, le « Une seule solution la révolution » se fait avec l’accord d’une police sympathique qui autorise le blocage de toute l’avenue J. Jaurés par une poignée de manifestants. La manifestation est déclarée ; l’étudiant qui mène la manif avec le mégaphone fumera la clope avec deux flics en civil qui ont suivi la manif tout le long, à l’arrivée place Guichard. Sur la place, une étudiante prend le relai pour faire voter à main levée par cinquante personnes et à peine 4 ou 5 lycées représentés (dont Ampère, St-Ex, St-Just, les hauts lieux de la sélection de classe !) un rassemblement devant le Rectorat pour le vendredi de la semaine suivante, les quelques présents de chaque lycée étant chargés de discuter ensemble, sur la place, de la marche à suivre dans chacun de leur établissement. Comment joindre les autres lycées, savoir ce qui s’y fait ne semble pas avoir été évoqué.

Environ un millier d’enseignants à 11H. Quelques discussions parmi les premiers arrivés, non dépourvue d’intérêt, puis départ pour une manif ramollie où le but de la majorité des présents semblent être de retrouver des amis ou des collègues qu’on ne voit qu’à ce genre d’occasion. La sono de la FSU est un peu pénible au départ parce qu’elle empêche qu’on puisse discuter tranquillement de choses et d’autres. Dispersion toute aussi tranquille à l’arrivée.

J.

 



 

Reçu le 23.01.2019

Un petit mot sur la venue de Macron à Souillac le vendredi 18 janvier.

Je n’ai pas réussi à m’approcher en voiture de cette commune (3350 habitants), car tous les accès par autoroute, ainsi que tous les ronds-points à une trentaine de km à la ronde, étaient occupés par les gendarmes ou les flics. Mon coffre n’a été fouillé qu’une fois, mais j’ai sans doute eu de la chance. J’ai fini par tomber sur un rassemblement à Martel, moitié Gilets jaunes, moitié syndicalistes (CGT, Confédération paysanne…) qui, eux aussi, avaient été refoulés. Mais ils venaient de découvrir par hasard, en circulant sur les petites routes, que les journalistes et autres dignitaires faisaient escale en ce moment à l’école intercommunale inaugurée en septembre qui est située dans le village de Saint-Sozy non loin de Souillac. Un jeune GJ très motivé (il était venu manifester après avoir quitté l’usine à 5 heures du matin) a essayé en vain de rameuter du monde pour y aller interpeller Macron, d’autant que les gendarmes étaient en très petit nombre sur place.

J’ai appris par la suite que cette destination a été dissimulée jusqu’au dernier moment aux journalistes transportés officiellement en autocar. En tout cas, les mêmes manifestants se sont rendus par la suite à Rocamadour où ils ont pu engueuler le ministre de l’Agriculture (Didier Guillaume) devant un restaurant. Ils ont notamment réclamé que le gouvernement reprenne les dividendes versés aux actionnaires pour les distribuer aux gens qui en avaient besoin. En réponse à l’objection que ce n’était pas envisageable, l’un d’eux a dit : « Comment ça ? La valeur ajoutée, c’est pas les patrons qui la créent, c’est les ouvriers ! »

En soirée, j’ai pu assister à Figeac à une réunion organisée par deux jeunes partisans du RIC, néophytes en politique de leur propre aveu et venus récemment s’installer dans le Lot. Ils avaient fait un bon travail de préparation, un peu scolaire certes, qui aurait pu être utile à un autre public moins averti, sauf que la salle était plutôt remplie de militants associatifs où la ligne « Il nous faut une nouvelle constitution » semblait prédominer, du moins dans les prises de parole. Je noterais au passage, sans vouloir faire de la démagogie, que les intervenants semblaient être issus d’une couche sociale plus aisée que les GJ que j’avais rencontrés dans la journée (beaucoup d’entre eux n’avaient d’ailleurs pas l’accent local, étant sans doute, comme moi, des transfuges d’autres régions). Bref, une étrange impression de décalage entre deux mondes qui, sans prendre les formes extrêmes dont tu fais état à Lyon, laisse quand même un mauvais goût dans la bouche.

Larry



 

De l’assemblée lyonnaise du 21 janvier 2019 à la Bourse du travail

L’AG décline en nombre chaque semaine et si on est encore environ 200-250, il y a de moins en moins de ce qu’on ne peut qu’appeler les « vrais GJ » et non pas ceux qui, pour diverses raisons les ont rejoints ou les rejoignent encore.

Sermonnés la semaine dernière pour leur dirigisme, les responsables du groupe Fb « Gilets jaunes Lyon-centre » annoncent qu’ils s’effacent momentanément à la tribune pour faire tourner, mais en fait leurs supplétifs sont des ex-Nuits debout qui n’ont pas de différences fondamentales avec eux, comme par exemple, plus concrètement, ceux de la commission « Organisation » dont J. vient de se retirer vu le formalisme bureaucratique de l’organisation pour l’organisation qui y règne.

Un bilan des actions de la semaine est tenté et il en ressort le manque d’organisation des manifestations du samedi après-midi à Bellecour. On a encore ici la preuve du changement de composition de l’AG qui comprend de moins en moins d’anciens et de plus en plus de nouveaux qui ignorent la genèse de la lutte, sa dissémination/division originelle et on pourrait même dire structurelle entre plusieurs groupes de GJ (il en existe 5 minimum rien que sur Lyon). On en arrive donc à la situation ubuesque d’interventions qui reprochent au groupe GJ Lyon centre et de fait à l’AG, de ne pas appliquer les décisions prises en AG afin de contrôler les objectifs et le déroulement de la manifestation de l’après-midi, de ne pas avoir de SO (alors que l’AG de la semaine précédente a refusé tout SO), de partir à 14 h pétante alors que tout le monde n’est pas encore là, etc. Personne ne semble tenir compte du fait que la manifestation de Bellecour est « organisée » par un autre groupe Fb, celui de Lyon Bellecour, un groupe rejoint par une masse de personnes qui savent que c’est un lieu de RV récurrent tous les samedis. Pourquoi toujours ce doute entretenu ? Et bien sans doute parce que le groupe Gilet jaune Lyon-centre a tout intérêt à faire croire que lui et l’AG qu’il convoque sont représentatifs du mouvement à Lyon. Il ne s’agit d’ailleurs pas pour nous de tirer à boulets rouges (sans jeu de mots) sur ce groupe, mais de lui rappeler de temps en temps qu’il est illusoire de penser « organiser » cette lutte, de la même façon qu’il est illusoire, pour le groupe Fb-Bellecour de croire qu’il contrôle Bellecour parce qu’il décide que la manifestation part à 14h. Cela a d’ailleurs été clairement démontré le 19 janvier. Comme nous le disions dans le CR de la manifestation, celle-ci n’a pas voulu partir avant 14h30.

Après cela on a deux interventions d’antifas sur les agressions des fascistes ou de « hooligans » (!) qui posent quasiment comme préalable le règlement de cette question complètement extérieure aux Gilets jaunes, les rares présents « historiques » parmi eux renvoyant dos à dos ce qui apparaît comme le conflit, certes violent, entre deux bandes. Au lieu de poser une stratégie à effets pratiques qui isolerait les fascistes (ou toutes autres personnes) du fait de leur extériorité à la manif à partir du moment où ils interviennent contre des personnes, ils imposent leur vision idéologique comme si elle devait être reprise par le mouvement, comme s’ils n’étaient pas aussi extérieurs à lui que les fascistes. En effet, s’il peut y avoir aussi des gens de sensibilité de droite dans le mouvement, ils ne sont pas fascistes, alors que les fascistes le sont et la tactique des antifas est d’imposer un préalable, une position de principe comme quoi les fascistes doivent être évincés en tant que tels, finalement même quand ils n’attaquent pas. Un signe de plus qu’ils ne comprennent pas un mouvement qui leur est étranger, mais auquel ils sont venus se coller au même titre que les fascistes qui ne le comprennent pas plus, mais au moins ne peuvent rien lui imposer parce qu’ils n’ont ont pas la possibilité publique (ils n’agissent que souterrainement par les réseaux ou par coups de force rapides qu’ils ne peuvent tenir longtemps comme à l’ancien Palais de justice le samedi matin 19 janvier ou quand ils déploient rapidement une banderole sur les accords de Marrakech).

Une des rares GJ présente, et active depuis le 17 novembre, bondit à la tribune, elle, on ne l’empêche pas de parler car elle a la « sauvagerie » que les organisateurs de l’ordre de la parole et du temps de parole (les « maîtres du temps » comme ils disent dans leur méta langage) ne peuvent contenir, tellement elle subvertit leur civilité, pour crier son dégoût de tout ça… et prendre la porte. Encore un Gilet jaune qu’on ne reverra pas dans ce genre d’AG !

Quelques autres interventions sur la convergence hypothétique des luttes : jeudi la manifestation des lycéens contre la réforme, mais d’un mouvement qui, dans son ensemble et pour le moment, n’a pas manifesté un véritable désir de lien avec les GJ et qui sera très encadrée par des organisations de jeunes qui reprennent en fait les revendications des syndicats enseignants, présentées d’ailleurs par un adulte probablement enseignant qui nous prédit quasiment l’apocalypse, la fin de l’Éducation nationale et tout le toutim. Plein de l’incohérence de sa propre idéologie, il nous raconte l’hécatombe de postes d’enseignants en moins en 2019 tout en mentionnant que pour l’académie de Lyon, c’est plutôt en hausse, bref de la fake news pour l’applaudimètre d’AG peu critiques ; et le 5 février l’appel à la grève de la CGT, présenté (on peut toujours prendre ses rêves pour la réalité) comme un appel à la grève générale (mais où vont-ils chercher ça ?).

Puis, plusieurs interventions pour parler des personnes qui passent ce jour là au tribunal juste à coté. Rappel que lorsque la répression frappe il y a la nécessité de demander à préparer sa défense, ce qui revient à refuser la comparution immédiate qui n’est qu’une justice d’abattage. L’existence d’une caisse de solidarité pour ne pas être simplement perdu face à la machine qui s’enclenche lors d’une arrestation, etc.

Qui croit encore en l’assemblée lyonnaise ? Les plus à gauche assurément et des personnes n’ayant pas encore intégré des réseaux actifs, c’était très net hier soir. Ceux qui organisent cela du groupe Fb Lyon-centre réunissent, au fond, sur cette base « de gauche » (la presse l’avait compris dès la 2de AG) et ils pensent, sincèrement, que c’est la bonne voie. Mais eux-mêmes sont débordés par les gauchistes type anti-fa qui eux n’ont franchement aucun rapport avec le mouvement et ne sont préoccupés que par leur chasse particulière. Comme ils voudraient que la Croix-Rousse soit leur territoire, ils veulent que l’AG de la Bourse soit leur territoire, un territoire qu’ils désertifient par leurs interventions aux antipodes du principe simpliste mais efficace des GJ : « Tous GJ ».

Dans le même ordre d’idée l’obsession compatible de la parité est affirmée sans problème à côté de l’obsession gauchiste de la grève générale quand ceux qui l’expriment soit ne travaillent pas comme salariés soit travaillent dans des secteurs où la grève est un problème. Mais comme au gouvernement, les effets d’annonce ne manquent pas.

Pendant ce temps les GJ les plus impliqués n’ont pas besoin de venir à l’AG, ils sont au courant de ce qui est important, ont leur relai, les bonnes informations et en plus ils refusent le clivage droite/gauche de la politique et encore plus le jeu marginal entre fachos et antifas pour préférer une unité du gilet jaune. Les Gilets jaunes du cœur du mouvement s’en vont souvent écœurés comme hier soir et c’était déjà le cas dès la constitution des commissions ou bien, quand ils sont en périphérie ou surtout dans les villages alentour, ils organisent leurs propres rencontres coordonnées comme celle de Ternay prévue le 22 au soir. La pacification des relations empêchant d’exprimer une colère réelle dans un carcan organisationnel toujours plus fin achève même les plus endurants : des personnes qui peuvent être de toutes les manifs sont traitées avec condescendance par des individus qui découvrent maintenant le mouvement et veulent se l’approprier.

Comme nous l’avons dit plus haut, cette AG passe pour l’AG d’un seul groupe, elle est donc aussi désertée pour cette raison par les GJ et ce même si un effort est fait dans le sens d’une déprise sur celle-ci par Lyon centre. Malheureusement il semble qu’il est trop tard, c’est un piège qui se referme lentement mais sûrement. Et ce d’autant plus que l’AG ne correspond pas à la carte des réseaux, celle que pratiquent les individus par smartphones interposés avec des groupes constitués sur Facebook et autres Telegram. Et l’on constate tous à quel point les décisions ne se prennent pas à ce moment-là, elles sont le fruit de ces réseaux. Ces AG sont, à la limite, le moment pour prendre des contacts mais quoi d’autres ?

Que faire ? ne plus perdre de temps dans une assemblée qui se vide de semaine en semaine et qui éjecte les Gilets jaunes les plus combatifs. Nous pouvons encore attendre une semaine et ce qui se dira dans les commissions (sans parler du fait que certains d’entre nous s’en sont déjà retirés), mais qu’en attendre vu sa composition ?

Anecdote : l’un d’entre nous s’est retrouvé avec un animateur du groupe Action, T. à la fin de l’AG lorsqu’il critiquait vertement le gars emblématique du groupe Lyon Bellecour parce que celui-ci aurait appelé à « charger les flics » alors que le cortège « se compose d’enfants et de familles » le samedi après-midi, sans compter son « ambiguïté avec l’extrême droite », comme si ce groupe avait le contrôle de la manif de Bellecour le samedi à 14h. Toujours la même incompréhension devant un mouvement qui ne se laisse pas contrôler ! C’est sûr qu’opérer un filtrage sur 4000 personnes dans une manifestation que refuse les SO et les ordres ça risquerait d’être rigolo pour pas dire grotesque. Autant le dire, à notre intervention sur ce qui se disait de l’organisation des manifestations l’une des réponses a été : « mais prends ma place si tu as des idées ». Donc, après notre retrait de la commission organisation, nous le disons pour la commission action de ce mercredi soir : si le but est de faire des personnes présentes des Gentils organisateurs quand ce n’est pas l’essence de la manif, de nous rendre « responsables » de tous et de tout, il faudra savoir en partir. Notons que ce T. ne viendra pas à la commission mais… à la réunion sur cooptation avec Lyon-Bellecour au même moment ou presque. Peut-être a-t-il choisi là où il faut vraiment être… si on veut garder du pouvoir.

Dans le désordre ou presque et de façon pas vraiment exhaustive, les commissions qui ce sont succédé :

Commission Revendications dont la première intervenante se félicite de la parité de sa propre commission sans autre explication (toujours, avant toute chose, placer de l’idéologie pour remplir le vide) avant les nécessités de clarification sur, par exemple : est-il bien judicieux, pour garder sa force, de se disperser sur 48 revendications, qui font plus penser au « Grand débat », que sur les quelques-unes fondamentales à maintenir ou déterminer celles qui font que ça vaut le coup de se battre et d’en prendre plein la gueule. Pour le reste, rappel de la méthode de recueil des revendications, et ce sans limites, a priori. Et enfin, une intervention quasi ignorée pour demander comment pourrait s’appliquer ces revendications qui partent dans tous les sens.

Est ensuite présenté un mini texte voté en fin d’AG précédente ayant comme but de mettre en avant la grève comme seul moyen d’obtenir les revendications (lesquelles ?) : 3 interventions à la suite pour la grève générale. Pour la première, le but consisterait à déborder (sans rire) la grève nationale du 5 février de la CGT. Une seconde est adressée aux « camarades » présents (dans une AG de GJ !) dans le but de renverser le gouvernement et d’obtenir satisfaction sur tout (mais tout quoi ?). La troisième en provenance d’un cheminot prêt à expliquer à quiconque comment faire grève, même seul… Cela présage mal du succès de la « grève générale » tant invoqué !

Assemblée de Commercy. Trop tard pour des représentants mais possibilité d’observateurs. Mandat en 3 points qui ne donne pas la latitude de prendre la parole au nom de la présente assemblée, mais plus modestement de rendre compte du mouvement à Lyon. Normalement les personnes qui se présentaient devaient être tirées au sort globalement mais la « parité » ayant été votée il y a un tirage au sort séparé… sauf que seules 2 femmes se sont présentées, dont celle de la commission revendications.

Pour la commission Action appel de T. du groupe Lyon-centre à être autonome et à prendre en main ce qui est décidé. Réunion mercredi soir.

Commission Communication qui parle de créer un site accessible en dehors de Facebook. Volonté de faire des communiqués de presse avec appui juridique (peur de la plainte), relayer les décisions d’AG et cadrer ce qui est dit aux journalistes. Insistance sur l’importance de communiquer entre nous tels une toile (pour les anglophones c’est le web).

Commission Grand débat avec, en préalable, une amnistie de tous les inculpés du mouvement. Après cela l’AG se perd dans la nécessité ou non de faire notre propre débat. Rappel par une intervention que c’est le rapport de force qui a été établi par le mouvement qui constitue notre base de discussion et rien d’autre.
Fin de l’AG dans la précipitation à 21 h 30

G. et J.

 



 

Le 22.01.2019

Retour de Haute Loire ou x actions ont eu lieu ce week-end… d’Est en Ouest..

Des banderoles flottaient accrochées à différents ponts enjambant la RN 88

Des copains/copines qui bloquaient le centre commercial de Givors étaient sur le pont enjambant l’autoroute Lyon St E, tous en jaune avec des ballons., saluant les automobilistes.

Livia

 



 

Compte-rendu des manifestations du samedi 19 janvier à Lyon

Matin 10 h, rue de la République

Rassemblement du matin à 10 h devant le Crédit Mutuel, 12 rue de la République, appelée par le groupe GJ Lyon centre, action envisagée en AG le 14 janvier. Une centaine de personnes au départ et des journalistes. Une prise de parole pour expliquer l’action, car cette banque a été à l’origine des « cagnottes », sauf qu’elle a fermé au bout de 48 h la cagnotte ouverte par le « boxeur du peuple » et que la directrice générale de cette banque s’avère être un soutien inconditionnel de Macron et une amie de Xavier Niel, propriétaire de Free, Le Monde et Le Nouvel Obs.

À la suite, une personne intervient pour dire qu’elle a lancé une pétition sur « Change » contre la consommation comme moyen de faire céder le pouvoir. Une initiative étonnante quand on sait que les dépenses « incontournables » des ménages modestes sont de l’ordre de 60 % de leur budget et que celles des plus pauvres atteignent plus de 80 % (cf. article d’Alain Trannoy, EHESS et école d’économie d’Aix-Marseille).

« En coulisse » se fait jour un conflit entre d’une part, le groupe Fb Lyon Bellecour, des GJ qui sont à l’origine des rassemblements à Bellecour tous les samedis matin à 9 h, et qui soutiennent les manifestations à partir de ce même lieu à 14 h, et le groupe Fb Lyon centre des GJ qui, de fait, organise le mouvement formel à Lyon et est à l’origine des AG à la Bourse et entretient des rapports avec la CGT pour un soutien logistique (salle et éventuellement tirages de tracts).

La coordination Bellecour reproche au second :

– de déclarer les manifestations (ce que ceux-ci nient) ;

– d’être dirigés par des mélenchonistes et de faire de la politique ;

– d’être organisés de façon pyramidale.

Malgré ces différends, il semble qu’il y ait une volonté de rapprochement entre les deux points de vue et donc entre les deux groupes. Par exemple, concrètement sur le terrain aujourd’hui les seconds ont participé ce matin à l’action des premiers et inversement cet après-midi. À noter que le groupe Fb « Article 35 : insurrection » semble s’être mis un peu en retrait afin de préparer une action pour le 25 janvier.

Après le rassemblement nous sommes allés à la Préfecture. La manifestation atteint à peine le chiffre de 150 personnes. Pas un membre du service d’ordre à l’horizon. Bizarre pour une manifestation non déclarée et surtout aux abords de la préfecture !

Après-midi 14 h, Bellecour

L’après-midi 14 h Bellecour, pas mal de monde, plus que d’habitude. Les organisateurs veulent démarrer à 14 h pétantes. Grosse résistance de la base qui préfère attendre les retardataires. Enfin, on démarre, par la seule voie que nous laisse la police, direction quais du Rhône, direction nord sur l’axe Nord-Sud, car elle bloque toutes les entrées sur la presqu’île. Nous tournons à gauche direction Terreaux par les quais.

Mais à l’une des premières rues après l’ancien Hôtel-Dieu (rue Stella) sur la gauche des groupes de GJ essaient de forcer le passage. La police qui suit latéralement la manif recule et le début du cortège peut s’enfoncer assez profondément presque jusqu’à la rue de la République. Mais tout à coup déluge de grenades et nous devons reculer à nouveau sur l’axe Nord-Sud. Même problème à hauteur de la rue Gentil sauf que les CRS sont plus prêts et qu’ils bombardent immédiatement.

On reprend donc l’axe et trajet habituel on se prépare à passer par les Terreaux.

Nous sommes très nombreux. Si notre estimation de la semaine dernière oscillait entre 2500 et 3000 personnes ce samedi ont peut estimer à environ 3500 manifestants. On se dirige vers le quai de Saône, à hauteur du pont La Feuillée où, pour une fois nous ne sommes pas attaqués par la police (allez savoir la logique de leurs ordres !). Vers les travaux de la place d’Albon, tout le monde fait tambouriner les tôles pour faire du bruit. Mais par rapport à la semaine dernière, toutes les rues d’accès à la Presqu’île sur la gauche sont fermées par la police.

S’ensuit une baston entre manifestants que personne ne comprend sur le moment, à la hauteur de la rue Dubois et un peu après. Relevé par Rebellyon.info au niveau du pont Alphonse-Juin c’est un affrontement entre antifa et fachos qui a eu lieu.

À hauteur de la place Antonin-Gourju, la police, devant la Voûte (chez Léa) envoie des grenades sans raison particulière. 2 manifestants sont blessés par des tirs de flash-ball aux jambes.

Retour sur Bellecour. Discussions et hésitations et tout à coup un groupe, à partir de la place Antonin-Poncet, décide de repartir très rapidement sur l’axe Nord-Sud, mais en direction du sud cette fois. Des lacrymos sont lancées au niveau du Sofitel avant d’être renvoyées aux GM qui stationnaient sous la trémie.

Une toute petite partie des manifestants va stagner devant ce même Sofitel, hésitation générale, avant de se rabattre sur Bellecour.

Le plus gros des forces forment un cortège direction Confluence, au milieu des voitures, toujours favorables au mouvement, mais la police tente un blocage entre Perrache et Confluence. Nouvelle hésitation. Alors que des manifestants ne veulent pas se heurter au barrage policier et indiquent de passer à droite sur le cours Charlemagne, les autres progressent en direction de la police et, contre toute attente, tout à coup la police recule pas à pas et leurs cars devant avec. Étrange impression, mais notre nombre est tel, il y a tellement de voitures spectatrices, qu’ils n’ont sans doute guère d’autre solution. Puis tout à coup nouvelle initiative spontanée, des manifestants décident de prendre de vitesse la police et on change de côté de l’axe en abattant les barbelés de protection pour faciliter un passage moins acrobatique. La manif fonce vers le côté droit de l’axe laissant pas mal de dégâts sur le trajet : nombreux gazages, passage à Perrache et retour rue Victor-Hugo où tous les magasins ont fermé. Toujours se pose la question de la stratégie de la police. À 14 h et même après, la rue Victor Hugo semble être un passage à interdire, sans doute parce les commerçants font pression sur la Préfecture, mais aussi peut être parce que la rue étant en travaux, elle peut fournir du matériel aux manifestants ; mais alors pourquoi nous la laisser l’emprunter en grande partie 2 heures plus tard dans l’autre sens ?

Pendant tout le temps de l’escapade sur Lyon Sud une masse de 500 GJ restés sur Bellecour tentent d’avancer par exemple rue de la République, mais sans grande conviction, avant de se faire repousser. Gazage de ce début de la rue de la République par une poignée de CRS stationnant là avec leur seul camion anti-émeute.

Regroupement à Bellecour vers 17 h. Sans réelle tentative de départ et petit à petit à partir de 18 h la place Bellecour va être interdite d’accès avec de nombreux gazages de la place. Vers 18 h 30 ratissage large sur la place donnant lieu à des arrestations.

7 interpellations selon la presse et dix blessés pour la police !

À noter le chiffre ahurissant de manifestants donné par le journal Le Progrès : 1000 ! Alors que la semaine précédente ils avaient avancé le chiffre de 2000…

 



 

Montpellier, le 17 janvier 2019

Aujourd’hui à midi (17/01), je suis allé au « pic-nic Gilets jaunes » de l’esplanade du Peyrou à Montpellier. Il y avait rassemblées là environ 150 personnes. Les gens arrivaient sans GJ et certains l’enfilaient sur place. Des petits groupes de discussion se formaient ; une petite majorité de présents se connaissaient déjà ; d’autres étaient venus seuls et ne s’associaient pas immédiatement aux discussions. Une petite sono portative cherchait à créer une ambiance de lutte mais les slogans « Tous ensemble, Tous ensemble.. » et autres « Macron t’es foutu » n’étaient pas repris en coeur loin s’en faut. Montées sur le plus haut escalier de la statue équestre de Louis XIV (l’État-royal dressant sa puissance dans un monument de 15 m de haut), trois activistes (ce mot n’est pas péjoratif, il est plus expressif aujourd’hui que militant) criaient dans le porte-voix une chanson composée par des GJ de Montpellier m’a-t-on dit.

Manifestement la sono était gauchiste, de la variété trotskiste (NPA sans doute) puisqu’on entendait : « On est là, on est là pour le peuple travailleur/ pour un monde meilleur ».  J’ai commenté la phrase dans le petit groupe de discussion où j’étais en soulignant l’ordre des aspirations : d’abord les travailleurs puis le pouvoir d’achat et la vie quotidienne. On peut aussi, à froid, relever le compromis contenu dans l’expression « le peuple travailleur » ; compromis entre « les travailleurs » c’est-à-dire la classe du travail et « le peuple ». Le dessin d’un drapeau bleu blanc rouge était collé sur le flanc du tambour qui scandait les slogans. Des participants ont découvert, au loin, un ou deux individus susceptibles à leurs yeux d’être des indicateurs de la police mais, le pic-nic s’est déroulé dans une « ambiance  bon enfant » comme disent les journalistes de faits divers… Les violences policières et les affrontements passés et à venir occupaient beaucoup de discussions et de la rage contre la police (notamment la Bac) enfiévrait certains. Quelques gilets portaient la mention « Ici une blessure de LBD » avec une flèche indiquant le haut du thorax. Il était aussi question des futurs rassemblements nationaux proches de Montpellier prévus pour samedi prochain (19/01) à Béziers et à Toulouse.
Au détour d’un échange, un participant a défini le but politique à obtenir : « une démocratie directe participative ».
Hormis la poignée de gauchistes à la sono, le rassemblement était composé d’individus très divers ; les discussions  n’avaient rien de sectaire ni de dogmatique ; la parole circulait directement, sans préjugés ni présupposés idéologiques. Un journaliste de France 3 et son cameraman circulaient d’un groupe à l’autre. Une personne en GJ qui connaissait le journaliste lui a indiqué les deux GJ à interviewer. Je n’ai pas entendu de fortes critiques à l’égard de France 3 ; seulement des remarques du type : « Depuis deux jours les médias commencent à parler des nombreux blessés depuis le début du mouvement. Des listes qui dénombrent les blessés graves sont publiées. Ils auraient pu commencer plus tôt ! Bien sûr c’est le jour où Macron lance son « Grand Enfumage » que les médias parlent des blessés et des violences policières ».

JG

 



 

CR de l’AG du 14/01/2019 Bourse du travail, Lyon

Environ 300 personnes contre 500 la semaine dernière alors que la mobilisation du samedi 12 janvier a été plus forte que celle du 5.
Tout le monde peut en tirer des conclusions (en fonction aussi de notre CR de l’AG du 7 janvier).
L’AG commence par les représentants habituels à la tribune c’est-à-dire ceux du groupe FB Lyon centre qui d’emblée veulent nous envoyer en commissions.
G et JP interviennent alors successivement pour demander :

– Un bilan des actions de la semaine dernière parce que c’est quand même le minimum qu’on peut attendre d’une AG.

– Des explications par rapport à l’annulation de dernière minute du rassemblement de Fourvière d’une part et du maintien de la manifestation « commémorative » de Gerland d’autre part, alors qu’à l’AG du 7, il avait été dit que personne n’était pour son maintien, d’autant plus que c’était une manifestation déclarée. La confusion à l’AG et même après (cf. la réponse de JP à Jos) est qu’elle n’était pas déclarée par JG Lyon-centre, mais par un relai inter-régional. Mais peu importe le détail ; ce qui compte c’est que cette déclaration inhabituelle depuis le début du mouvement, à Lyon en tout cas, a autorisé les journalistes du journal Le Progrès à louer le calme et l’organisation de cette manifestation par rapport à la pagaille et à la violence de celle de Bellecour aboutissant ainsi à créer deux catégories de manifestants : les bons Gilets jaunes d’un côté et les autres un peu inclassables de l’autre, mais qui comprennent aussi des Gilets jaunes.

Des explications sont données alors à la tribune. Pour Gerland, la situation échappait de fait aux organisateurs lyonnais puisque c’était une manifestation interdépartementale prévue à l’avance et le fait que l’AG de Lyon du 7 ne soit souveraine de rien ne permettait pas de la remettre en cause et aboutissait à ce qu’il y ait deux manifestations au même moment. Cela n’aurait pas été trop grave (ça occupe l’espace) si les organisateurs de Gerland avaient de ce fait pensé à rejoindre celle de Bellecour alors que les fins des parcours respectifs étaient proches. Or il n’en fut rien ce qui fait que les deux manifestations, au lieu d’être complémentaires, devinrent concurrentes et qu’une partie seulement, certes importante de la manif de Gerland a rejoint celle de Bellecour au niveau des Terreaux.

Mais blocage de la discussion puisqu’aucun des organisateurs de Gerland ne semble être venu à l’AG (et je crois qu’il en était de même la semaine dernière), donc les reproches apparaissent mal ciblés sur ce premier point.

Pour ce qui est de la Basilique, les explications sont plus confuses sur le risque d’intervention de fascistes qui seraient là sur leur « territoire » et qu’il ne faudrait pas défier ici parce que ces derniers auraient ciblés quelques gilets rouges. Sans doute une réalité (puisqu’il y avait eu des blessures et des menaces), mais incompréhensible pour les Gilets jaunes peu au fait des questions de « territoires » entre fascistes et gauchistes qui cherchent à se les interdire mutuellement (5ème arrdt pour les premiers, Croix-Rousse pour les seconds). La seule position possible pour les GJ c’est de ne pas tenir compte de ces éléments extérieurs. Si l’appel a vraiment un sens et que les manifestants s’y rendent, alors le danger fasciste ne peut exister car nous serons suffisamment nombreux. D’autant que le projet de la Basilique était plutôt plus « comestible » que beaucoup d’appels précédents pour des matins aux Brotteaux et à la Part-Dieu. L’explication accablante du cheminot est là pour montrer qu’il y a eu véritablement une erreur politique de commise qui n’est pas à mettre que sur le dos des apprentis chefaillons. Des réactions dans la salle à ce propos montrent que les choses ne sont pas claires parce que les gauchistes ne veulent pas admettre que : premièrement, le mouvement n’a pas peur des centaines de flics qui cherchent à l’empêcher d’aller où bon lui semble, il ne risque pas d’avoir peur de dix fascistes et que si ils arrivent à cibler individuellement quelques « ennemis » c’est que ceux-ci se sont démarqués d’une façon ou d’une autre du gros de la manifestation (par exemple par une tenue particulière ou un comportement particulier visant à recréer une situation bande contre bande, premièrement inefficace, deuxièmement hors mouvement car à Lyon on ne peut pas dire que ce sont les fascistes qui en ont la direction ; deuxièmement, que tout gilet jaune est un gilet jaune sauf s’il se met à en agresser un autre, que cela leur plaise ou non, sinon, d’ailleurs, les GJ expulseront aussi les gauchistes des manifs. Cela a été très clair dans la réponse d’un cheminot de la salle à C. et ses gilets rouges CGT.

Un deuxième temps de la discussion va opposer un promoteur de l’étiquette « Gilets jaunes de banlieue » en provenance de Vénissieux et qui se fait fortement applaudir (on a l’impression d’un renfort puisqu’il fait justement remarquer qu’en 2005 la banlieue est restée toute seule) … jusqu’à ce qu’un Gilet jaune de Vénissieux fasse remarquer qu’il est dans la lutte depuis le 17 novembre et qu’il n’a non seulement jamais vu le « Gilet jaune de banlieue » en question sur le terrain, mais qu’en plus il n’y a aucune raison d’avoir cette référence-là . Tous Gilets jaunes point à la ligne, c’est ça l’unité du mouvement. À propos du rond-point de Vénissieux et en attendant la sortie des inculpés, J.P est allé interpeler le GJ de Vénissieux pour qu’il explique ce qui se passait. Il a dit que le gars qui était intervenu était un opportuniste qui avait été de tous les partis (UMP…). Pour sa part, il refusait que les gens des quartiers soient instrumentalisés à des fins politiciennes et il veillerait à éviter qu’on les manipule.

Pourtant son intervention ancre dans beaucoup de têtes le fait que le mouvement se divise, les prises de position ou paroles contradictoires s’accumulent sans qu’il y ait clarification et approfondissement de ce qui est en jeu (par exemple ici le fait de savoir si l’unité repose sur le fait qu’il n’y a que des GJ ou personnes s’y assimilant anonymement et même sans gilets ou bien est-ce qu’il y a des Gilets jaunes particuliers : GJ de banlieue ou de la CGT-cheminot ou étudiants de l’université jaune … ou gauchistes !

D’autres interventions ne peuvent avoir lieu (sur les procès en cours par exemple) car « la tribune » décide qu’il est temps de passer aux commissions. Admettons, mais un peu de surprise quand même car certaines commissions proposées sont différentes de celles de la semaine précédente comme si on avait suffisamment avancé pour passer à autre chose alors que leur CR en fin d’AG la semaine dernière a été écouté par à peine un quart des présents à l’AG de départ.

C’est ainsi que je me sens obligé ( J ) de relever l’incongruité de la disparition de la commission « organisation » dont je faisais partie la semaine dernière, alors pourtant que tout le monde dit qu’il faut s’organiser. Finalement la commission est réintégrée. Nous sommes à peine une dizaine au départ (comme d’habitude la grande majorité de l’AG s’est précipitée sur la commission « Action ») car les commissions tardent à se constituer parce que la commission « revendication » a fait passer un papier pour cocher par ordre d’importance 48 revendications sorties du CR de cette commission la semaine précédente.

Remarque : alors que l’une des forces du mouvement a été de se centrer sur un tout petit nombre de revendications initiales qui ont été ensuite colorées socialement pour ne pas dire « socialistement » et que le mouvement a fait reculer le gouvernement au moins sur deux points, il semble se diluer dans un citoyennisme constitutionnel et législatif qui est exactement contre dépendant de celui que lui propose Macron avec son grand débat(lage). Même si on est contre ou critique par rapport au RIC, le mouvement restait encore, avec cette revendication, dans une sorte de pédagogie de l’action revendicative sans se prendre pour le Pouvoir politique au risque d’abandonner ou de secondariser cette coloration sociale qu’il avait tant eu de mal à se donner.

Mais je reviens à la commission organisation.
Je ne vais pas m’étendre sur ce qui en est ressorti puisque Jos en a fait un très bon CR qui a été intégré par un administrateur de liste à un CR déjà existant pour être lu à la prochaine AG du 21 janvier.

Je vais plutôt essayer de décrire les discussions qui s’y sont déroulées. Quand je dis discussions c’est un bien grand mot car au moins la moitié des présents ne les conçoivent que dans le carcan des ordres et temps de paroles ce qui est déjà le cas pour les AG, mais qui ne devrait pas l’être pour les commissions surtout quand elles ont la taille d’un groupe de travail. En effet, ne pouvant nous répondre directement, la plupart du temps nous sautons du coq à l’âne, le 5ème répondant au premier intervenant dont le 3ème et le 4ème ont oublié le pourquoi du comment, etc. Toujours l’influence des pratiques mise en place pour Nuit debout … qui était sûrement lui aussi un OVNI comme les GJ, mais pas un mouvement agissant.

Si on veut faire une synthèse : plusieurs idées au sens fort ressortent sur lesquels d’ailleurs il n’y a pas forcément accord et même parfois opposition :

Crainte que la commission organisation, de par son nom devienne une organisation et dicte sa volonté de par sa fonction centrale (peur de la prise de pouvoir donc) auquel un délégué interrégional présent sur le RP de Feyzin à l’origine répond que jusqu’à maintenant, le mouvement a écarté « naturellement » tous ceux qui étaient en recherche de pouvoir ou qu’ils se sont lassés eux-mêmes devant les caractéristiques anti-hiérarchiques de celui-ci. Autre idée : ne pas confondre investissement personnel important qui peut amener une mise en avant et prise de pouvoir qui ne correspondent pas mécaniquement.

L’AG est-elle le lieu et le moyen idéal d’expression du mouvement ? Est-elle ouverte ou fermée parce que qu’est-ce qui peut déterminer sa légitimité si elle est composée d’individus abstraits alors que l’organisation par RP reposait sur la rencontre entre individus concrets et singuliers se coordonnant entre eux ? C’est un point important déjà avancé par un occupant de TEO la semaine dernière. Mais la fin de l’occupation de TEO depuis quelques jours remet cette perspective en question puisque c’était le dernier point de fixation de la région lyonnaise, alors qu’autour des petites villes et villages, ces RP sont plus ou moins tolérés à condition qu’ils ne soient pas permanents.

L’AG doit-elle souveraine ? Est-ce que le vote est le seul moyen d’arriver à une décision et doit-elle mandater des délégués (révocables ou non) ou des représentants (par exemple pour des tâches précises) ? Pour Jos qui participait à la commission organisation : Si en début d’AG, et à l’issue des discussions qui suivront chaque restitution des groupes de travail, les personnes présentes actent certaines propositions ou au contraire rendent nécessaire de les rediscuter en commission, peut-on parler d’AG décisionnaire ?

La commission Action

Elle a commencé à définir quelques axes pour le week-end qui arrivait (celui du 19/01/2019) et ce dans l’amphithéâtre de la place Guichard :

  • Une manif le matin à 10h et celle de 14h place Bellecour qui est désormais bien comprise comme un rendez-vous incontournable.
  • Lieu privilégié des manifestations : la presqu’île.
  • Une présence voulue sur la rue de la République comme axe commercial majeur et plein de grandes enseignes.
  • Des idées de points de rassemblements intermédiaires pour éviter toute dispersion.
  • Action de remplir les caddies (de produit non périssable) et les laisser aux caisses… Une caissière fait alors remarquer que les personnes que cela emmerde le plus, ce sont justement les caissières, mais la tendance « plus radical que moi, tu meurs » n’en a cure. L’impression qui se dégage (entre les appels à la création de SO pour attaquer les flics et le pillage de Carrefour city) est que pour certains, un nouveau terrain de jeu vient d’être ouvert, pour eux, sans considérations tactiques, stratégiques ni prise en compte de la dynamique et l’histoire du mouvement.

Mais encore une fois la question pratique de comment arriver à ces quelques buts énoncés est absente pour passer à des discussions autour d’actions diverses. Le côté « Nuit Debout » des actions prend le dessus et il est difficile, au final, de savoir ce qui a vraiment été décidé dans cette commission. Ceci d’autant plus que les locaux de la Bourse du travail ont fermé au moment des votes (G).

Des actions ont aussi pu être proposées mais non débattues :
– Présence rond point La Feyssine
– Blocage plateforme centrale achats (certains ont fait référence à ces actions dans d’autres villes)
– Reprise des ronds points…
– Rejoindre la grande réunion manif de valence le 2 février.
– Faire des opérations « Cheval de Troie » au niveaux de la rue de la République pour y manifester, gêner le tourisme et nous donner de la visibilité sachant qu’elle est bien bloquée depuis le début des soldes…
– Bloquer l’entrepôt de la société Amazon pour paralyser le chiffre d’affaire pour les impacter car il ne paye presque rien en France.
Etc (Livia)

Voici ce qui est arrivé dans la boîte mail des inscrits à la liste GJ de l’AG le 16.01 :

1.Actions à venir

1.1 Actions du week-end

– Rdv, 10h, devant le Crédit Mutuel, 12 rue de la République, 69002 Lyon :

https://www.facebook.com/events/247561616180124/?active_tab=discussion

– Rdv, 14h, place Bellecour :

https://www.facebook.com/events/221464242135328/

1.2 Actions à suivre (non encore discutées en AG, mais annoncées à titre informatif car s’inscrivant dans un cadre national et régional)

– 27/01, 10h-12h, événement national, plusieurs chaînes humaines traversant la France sur plusieurs axes. Note : Il s’agit de la marche pour le climat, qui refait régulièrement surface dans l’AG.
L’événement national est ici : https://www.facebook.com/events/278212029511557/ ;
L’événement pour la chaîne humaine n°2, celle partant de Marseille jusqu’à Montargis, passant donc par Lyon, est là : https://www.facebook.com/events/230796061193361/
Celui pour Lyon : https://www.facebook.com/events/368444267068117/

– 02/02, Rassemblement régional à Valence, 14h. Là cela concerne le mvt GJ.

https://www.facebook.com/events/380156999414431/

https://www.facebook.com/events/2499743453431383/

G., J-P

À propos des procès qui avaient lieux au même moment à deux pas

  • Contrairement à l’AG les personnes présentes devant le tribunal étaient majoritairement Gilets jaunes. Certains ont réussi à rentrer dans la salle mais vu l’affluence, on nous a interdit l’entrée de la salle, prétextant qu’elle était pleine. Et nous avons eu droit à un déploiement de CRS.
  • En attendant, l’ambiance a été festive !
  • Les verdicts ont été lourds (6, 8, 3 mois avec sursis ou aménagement de peine ; retrait du permis de conduire ; interdiction de manif ; amendes), les charges retenues, la plupart du temps disproportionnées et les réquisitoires abjects : le procureur a demandé de la ferme pour tous. Voir CR sur Rebellyon : https://rebellyon.info/Compte-rendu-des-comparutions-immediates-20081.
  • Les inculpés ne sont pas lyonnais : Taluyers, Vienne, Givors…
  • Rendu très, très dur. Heureusement une jeune et excellente avocate a tenu tête politiquement à la proc et à l’avocate générale.
  • À la sortie des inculpés, acclamations, émotions, discussions.
    Pour finir : Le rond-point de Feyzin se remet en place à partir du 15 et était prêt à tenir son lieu d’origine ou ailleurs si présence policière trop entreprenante.

Jos

 

 



 

Le 17/01/2019

Lundi, les Gilets jaunes de Cahors ont « fait la jonction » avec les
salariés des Impôts qui manifestaient contre les dégraissages prévus. On
est certes loin d’un mouvement ouvrier classique, mais on perçoit bien
une forme de solidarité de classe, moins le discours traditionnel.

Larry

 



Compte-rendu de la manifestation lyonnaise du 12 janvier (non exhaustif)

Rassemblement de Fourvière à 10 h.

Cette action avait été décidée en AG du lundi 7 janvier par le groupe de préparation de la journée du samedi 12 cf compte-rendu précédent : pas de rendez-vous à 10 h à Gerland). Le lien FB renvoie alors à cette action et aux autres.

La veille, à 12 h 32, sur la liste du Front social une personne liste les actions prévues dont le rassemblement à Fourvière. À 18 h 40, le même annonce : « Pour des raisons de sécurité, le point de départ de la manif » demain matin à 10 h à Fourvière est modifié. Nous partons de Part-Dieu place Béraudier devant la gare pour rejoindre Gerland et la marche en hommage aux Gilets jaunes victimes de la répression. Il est signé « Solidairement, GJ Lyon Centre »

La page FB des GJ Lyon Centre est alors modifiée en ce sens.

Après quelques échanges un peu vifs, il apparaît que c’est parce que les fafs auraient prévus de parasiter l’action : « mais si tu souhaites manifester aux côtés du GUD/Bastion, des identitaires, etc., libre à toi (elles sont là les raisons de sécurité, pour ne parler que de cet aspect). » Merde, me voilà en odeur de nazification.

La presse locale qui avait eu ses infos par les mêmes réseaux sociaux annonce le rassemblement de Fourvière (Progrès de samedi). Sur place, un dizaine de GJ informés par la presse venus du centre-ville et d’hors de Lyon (Meyzieu). Sur place encore, une visite guidée du site de Fourvière par des ensoutannés et surprise, pas l’ombre de la queue du moindre faf ! La journaliste du Progrès présente apprend alors que la rassemblement a été annulé. Elle fait quelques photos cf. article.

https://www.leprogres.fr/actualite/2019/01/13/l-intelligence-connective-qui-se-federe

Nous descendons pour rejoindre Bellecour pour le RDV matinal organisé depuis le début par les GJ Bellecour.

Après avoir discuté avec les présents sur place, une petite manif (50/60 personnes) s’élance rue de la République. Arrivés aux Terreaux (après une pause pour attendre qu’une personne contrôlée par les gardes mobiles soit relâchée), retour à Bellecour par les quais de Saône. Et là encore pas le moindre faf.

Pour finir, cette citation de 1793 sur la démocratie dite « représentative » : « J’avoue que je n’ai jamais pu réfléchir sur ce système de représentation sans m’étonner de la crédulité, je dirais presque la stupidité avec laquelle l’esprit humain avale les absurdités les plus palpables. Si un homme proposait sérieusement que la nation pissât par procuration, on le traiterait de fou ; et cependant penser par procuration est une proposition que l’on entend, non seulement sans s’étonner, mais qu’on reçoit avec enthousiasme. » John Oswald, révolutionnaire écossais, rallié dès 1789 à la Grande Révolution, mort au combat en 1793 en Vendée.

J-P

Rassemblement à la Part-Dieu à 9 h 30/10h

Reprenons le fil de cette journée, un rendez-vous dans le centre commercial de la Part-Dieu dès 9 h 30 nous avait échappé mais a-t-il eu lieu ? A posteriori pas trace de celle-ci.

Il n’a pas eu lieu et une des personnes qui avait prévu de l’organiser, s’est aperçue (d’après ce qu’elle m’a dit) que leur proposition d’action avait été squeezée, sans qu’ils le sachent) Cela a donné lieu à la Part-Dieu à une explication entre la quinzaine de participants à cette action et les GO (Gentils Organisateurs).

Autre rendez-vous à 10 h devant la gare, place Charles Béraudier, point de rendez-vous signalé donc moins de 24 h avant qu’il ait lieu. On se rend compte rapidement que l’on se trouve avec la bis repetita de la semaine précédente (aux Brotteaux) même heure pour ce cortège et même composition de Gilets jaunes assez réactif aux réseaux sociaux. Speech avant départ afin de rassurer une manifestation « qui doit bien se passer ». Nous apprenons que le préfet n’a pas émis d’objection à ce point de départ malgré tout non déposé (mais la limite est mince en l’occurrence, là). Il y a des forces de l’ordre qui stationnent mais qui ne font ni contrôle, ni arrestations. Démarrage du cortège presque 1 heure après le rdv soit vers 11 h pour faire, classiquement, le plein mais la vérité c’est que nous n’étions pas plus de 120.

Direction Gerland par la rue des Cuirassiers, avec passage devant l’entrée du centre commercial de la Part-Dieu mais sans slogan qui résonnerait avec ce parcours. À propos des slogans cela s’est un peu renouvelé par rapport à la semaine précédente avec un « On est là, même si vous ne voulez pas, nous on est là » adapté pour l’occasion qui donne, quand même, une vie à ces manifs au rythme très lent et avec même des points d’arrêts… Nous remontons la rue Paul-Bert, passage par la Guillotière, rue de Marseille, rue de l’Université jusqu’à Jean Jaurès et remontée par cette avenue et une fois passé Jean-Macé son no man’s land pour enfin arriver devant le palais des sports de Gerland vide de monde.

A noter cette grosse différence avec les manifestations Gilets jaunes des trois premières semaines où les manifestations avançaient au contraire très vite ne facilitant pas les regroupements. Bien sûr on peut dire que c’est le fruit de l’expérience, mais comment ne pas remarquer que ces manifestations qui avancent de plus en plus lentement sont aussi celles qui sont déclarées et quasiment autorisées, alors que celles de l’après-midi qui ne le sont pas se caractérisent par leur mobilité ?

G.

Gerland 14 h

Gerland à 14 h manifestation en hommage aux victimes du mouvement, marche silencieuse déposée en préfecture. Il était attendu des cars avec des personnes des départements voisins pour ce cortège « coordonné » même si l’on se demande à quel point cela a porté ses fruits. Départ à a peine 14 h à 300 tout juste avec SO tenu fermement. Un SO ne portant pas de gilets jaunes pour une manif de GJ cela laisse songeur. Le trajet est annoncé et il ne dérogera pas : Jean-Jaurès jusqu’à Saxe-Gambetta avec un petit grossissement des rangs à partir de Jean-Macé. Passage par la Guillotière et son pont avec bifurcation juste après pour les quais du Rhône avec évitement de Bellecour. « Évitement » bien maitrisé par la préfecture pour cette manif qui va passer ensuite par Cordeliers, rue de la République jusqu’aux Terreaux. Il était envisagé sur la presqu’île d’être rejoints par le cortège principal, rien qu’au niveau de la rue de la Barre, rien ne se passe et certains à plusieurs moment vont déroger aux injonctions du SO qui montre la marche à suivre même si cela ne changera rien au final. Le script de la manif prévoyait une mise en scène avec un faux cercueil porté à l’avant rue de la République, lâché de ballons jaunes sur les Terreaux, chants de la Marseillaise et dispersion.

G.

Bellecour 14 h

La manifestation de la place Bellecour démarre à 14 h 10 de la place direction les quais du Rhône. Comme d’habitude on a l’impression qu’il n’y a pas la foule (environ 500) et on prend à gauche en direction des Terreaux mais par les quais. Assez rapidement la foule gonfle ; une grosse majorité de manifestants en gilets jaunes, mais difficile de savoir si c’est parce que de plus en plus de manifestants enfilent le gilet jaune ou si c’est parce qu’il y a plus de « Gilets jaunes » d’origine contrôlée présents.

Dès la passerelle et à hauteur du lycée Ampère, les premiers gazages ont lieu, suite à une attitude un peu offensive d’une petite partie de la manifestation qui essaie de forcer le passage sur la presqu’île. Après une halte et des hésitations nous continuons. La tension descend d’un cran et nous filons en direction des Terreaux en coupant la circulation sur l’axe Nord-Sud. Sur l’esplanade de la place Louis Pradel un accrochage a lieu avec les fascistes qui sont éjectés de la manif. On arrive aux Terreaux. La manifestation a enflé autour de 2000. On repart direction quai de Saône par la rue Constantine et là les flics nous attendent par la rue d’Algérie. Nouveaux gazages. Nous continuons sur le quai St-Antoine et nouvelle agression de la police à hauteur de la rue de l’Ancienne-préfecture avec forces charges. Le gros de la manif rejoint la place des Jacobins pour se diriger vers Bellecour. Mais pour des raisons diverses un gros groupe de manifestants restent à hauteur du pont Bonaparte, peut-être pour échapper au gaz et une quinzaine d’entre eux descendent sur le bas-port où ils se trouvent tout à coup pris pour cibles par une trentaine de flics de la Bac qui descendent et les frappent gratuitement.

À Bellecour, on ne s’en rend pas compte sur le moment et l’agitation est à son maximum. Comment ressortir de Bellecour ? Un groupe d’une cinquantaine de Gilets décident de forcer le passage par la rue Victor-Hugo et ils chargent efficacement en descendant les barrières de travaux au passage puis se dispersent, mais tout à coup les flics sortent de partout et grenadent la place comme, peut-être, ils ne l’ont encore jamais fait depuis 9 semaines. Re-tentative de passage rue Victor-Hugo pour rejoindre ceux qui sont passés et là regazage après engouffrement dans la rue. Certains refluent vers la rue de la République où ils continuent leurs grenadages que les consommateurs venus nombreux pour les soldes dégustent comme nous-mêmes.

Après une accalmie d’une demi-heure, regroupement sur la place Bellecour car le principe de base du Gilet jaune c’est de n’être jamais dispersé et de toujours revenir. Et la mobilité avant tout. Au passage autant dire qu’il y a une difficulté à bien rendre compte de certains moment de l’après midi car la force de débordement de ce mouvement est incomparable et crée des situations non linéaires.

La manifestation redémarre en direction des quais du Rhône direction blocage de l’axe Nord-Sud mais en direction cette fois du sud de Lyon et au milieu des voitures. Mais, alors que nous savons qu’ils nous attendent un peu plus loin, nous faisons demi-tour et reprenons en sens inverse pour aller vers Bellecour où la plus grande confusion règne. Mais les GJ n’aiment pas trop faire du surplace et nouveau départ pour bloquer à nouveau l’axe Nord-Sud en direction du sud.

Après le Sofitel des cars de CRS, semble-t-il vides, cherchent à passer mais nous les bloquons pendant une quinzaine de minutes avant que les bacqueux nous dégagent à coup de gaz. On riposte avec des pierres, ils chargent, matraquent à tout va mais comme ils n’ont aucune logistique cellulaire, ils ne peuvent arrêter personne et relâchent une personne coincée entre les véhicules garés du centre, après l’avoir tabassée à 5-6 pour se défouler un bon coup. Nous sommes très nombreux. Peut être 3000. Au milieu des voitures nous avançons sous un concert de klaxons approbateurs pour un blocage en règle de l’A7. Petite remontée du pont mais redéploiement au niveau du Luna Park de Confluence et nouveaux gazages précédant des charges. Nous nous dispersons un moment pour nous regrouper 100 mètres plus loin direction nord cette fois direction Perrache puis retour à Bellecour vers 18 h 30. Quelques tentatives hésitantes de s’avancer vont suivre mais la journée est globalement finie vue les 200 personnes restantes.

Selon la presse : 22 arrestations, 10 blessés dont 6 policiers.

On peut légitimement s’inquiéter du rôle médiatico-politique négatif joué par les organisateurs de la manif de Gerland. En effet, le compte-rendu du Progrès oppose clairement, les « gentils » (ceux qui ont déposé un parcours et organisé un SO) aux « méchants » (sans SO ni parcours déposé) qui ont foutu le bordel dans Lyon. La Préfecture a elle aussi joué les « bons » contre les « méchants » !

J. et alii
Voir les CR du Progrès qui suivent.

https://www.leprogres.fr/rhone-69-edition-lyon-metropole/2019/01/13/retour-sur-l-acte-ix-des-gilets-jaunes-un-mouvement-a-deux-visages

https://www.leprogres.fr/rhone-69/2019/01/12/en-direct-mobilisation-rassemblement-manifestation-gilets-jaunes-acte-9-acte-ix-lyon-venissieux-genay-villefranche-sur-saone-saint-romain-de-popey-givors-confluence

 



 

Compte rendu de l’AG Gilets jaunes de Lyon le 7 janvier à 19 h (Bourse du travail)

Nous sommes très nombreux et la jauge de 300 personnes de la salle s’avère vite trop petite.

Environ 150 personnes ne peuvent pas entrer. Celles-ci insistent lourdement pour que l’AG se déroule sur la place.

Les organisateurs de la coordination proposent de descendre sur la sorte d’agora que forme la place Guichard, agora ayant déjà servi de point fixe dans le mouvement des places pendant Nuit debout. Malheureusement ce nombre élevé sera la seule vraie bonne nouvelle de la soirée. En effet, très rapidement des apprentis bureaucrates vont imposer leurs méthodes : tout d’abord un comptage digne de maîtres d’école à l’ancienne, tout cela sûrement pour faire pièce à l’idée transmise par le gouvernement et les médias que le mouvement est en recul et donc qu’il nous faut nos propres chiffres comme contre-information (pourtant Le Progrès annonce ce matin plus de 500 personnes, donc cela correspond à notre propre comptage et ça nous aurait fait gagner du temps) ; ensuite nous répartir (diviser ?) en 6 commissions du fait qu’on ne peut discuter en si grand nombre (à noter que c’est aussi ce qu’imposent comme mode d’AG les chefs d’établissement scolaire quand ils veulent faire avaler la soupe de la énième réforme aux enseignants).

Ces groupes sont invités à discuter de choix qui semblent avoir été décidés/proposés par celles et ceux qui ont préparé l’AG avant que celle-ci ne commence. Ainsi sur la partie « actions » les GO proposent d’aller en délégation à la Préfecture, le vendredi, et pour le samedi 12 de manifester le matin en « hommage aux morts » à Gerland. Pour les organisateurs, les choses sont calées et les participants sont invités par ex, pour la Préfecture à agir en allant soutenir la délégation ! On retrouve d’une part encore et toujours les sempiternelles tartinades de représentation citoyenne et de pleurnichage contre les violences policières et d’autre part l’autoritarisme citoyen qui décide et transforme les manifestants et l’AG en matériel humain chargé de faire masse pour leurs activités politiciennes.

On peut donc se poser la question de la nature technique ou politique de la méthode. Mais passons, à 19 h 30 on a encore un peu de bonne volonté.

Quoi qu’il en soit, la méthode ne brille pas par sa fluidité puisqu’il faut que chaque groupe rejoigne un « administrateur » de la coordination qui animera la discussion ou distribuera les temps de paroles « maîtres du temps » disent-ils, ce qui montre incidemment leur recrutement social et ce qu’ils regardent sur leurs écrans. Comme c’était prévisible aussi, les groupes sont de taille disproportionnée, les groupes actions et revendications totalisant quasiment les deux tiers des participants.

Nous prendrons les exemples des groupes où nous étions :

  • Dans le groupe « organisation » nous sommes une vingtaine et la discussion est assez fructueuse, même si les positions varient entre ceux qui sont contre toute délégation et plutôt pour rester en réseaux de connaissance sur les ronds-points ou/et Face book et ceux qui pensent qu’il faut faire masse, dans les manifestations et des assemblées, une coordination nationale, des délégués mandatés et révocables. La position la plus proche des débuts du mouvement semble celle d’un protagoniste du blocage du péage de TEO qui est le seul et dernier point de fixation, type rond-point sur la région. Il pense que tout doit partir de ces lieux fixes, mais sa position est fragilisée par le fait que ces points de fixation sont en net recul. Si on veut résumer les deux tendances principales qui se font jour, on trouve une opposition entre celle qui pense que la dissémination est un atout parce qu’on est partout et celle qui pense qu’il faut maintenant coordonner centralement parce qu’autrement on est nulle part. Le problème, c’est que derrière ce qui apparaît comme une opposition de stratégie se cache aussi une différence de situation objective, la première position étant tenue par les gens de la périphérie, la seconde par les habitants de la grande ville.

 La confusion courante entre les termes de « représentants » et « délégués » ne semblent pas poser problème. En tout cas nous n’avons pas le temps ou l’opportunité de l’aborder et pourtant elle a de l’importance puisque par exemple un porte-parole est un représentant et donc plus qu’un délégué. Il est donc a priori plus difficile de révoquer le premier que le second. Ceux qui se sont exprimés sont des personnes investies dans le mouvement depuis le début et qui semblent partir de leur vécu concret du mouvement. Mais nous sommes assez rapidement renvoyés à d’autres problématiques provenant, à notre sens d’un autre type de personnes : celle tout d’abord d’un alignement sur la coordination de Marseille ou sur celle de Toulouse, alors même qu’un participant fait remarquer qu’on a encore rien coordonné sur Lyon, alors penser au niveau national serait prématuré. Celle ensuite, complètement saugrenue de la constitution d’une liste Gilets-jaunes aux européennes qui fait réagir une participante qui dit que elle, son problème, c’est le 15 du mois pas les élections. Et enfin, une intervenante venant demander que ce soit une femme tirée au sort qui devienne représentante, le tout avec le plus grand sourire de celle qui est venue là en touriste genrée.

  • Groupe Actions pour le 12 janvier : il est composite : des gilets jaunes ou assimilés, des étudiants, peu de militants professionnels. Il y a un refus quasiment unanime de déclarer un parcours et d’aller s’enterrer le matin à Gerland (pas un chat et dangereux). Il est proposé : une manifestation matinale avec un rdv à 10 h sur l’esplanade de Fourvière, passer rue St Jean s’arrêter au Palais de justice, puis rejoindre la place Bellecour pour une manif (heure peu claire : 13 h-14 h) non déclarée. La question d’un service d’ordre est abordée.
  • Le groupe Actions pour le 19 janvier était assez réduit ce qui a facilité l’échange mais toujours pressé par le temps.

Une ligne de différenciation est apparue rapidement entre une position privilégiant le « faire masse » et son cortège unique avec la nécessité du dépôt du parcours en préfecture (option syndicale classique) et ceux qui tiraient le bilan des manifs actuelles pour en conserver la dimension spontanée, d’une « foule » qui, même si cela n’a pas été dit ainsi : déborde et impose sa manière d’aller de l’avant. Cette différence d’appréciation conduit à un moment à attribuer tout le problème des gazages aux « casseurs » dans une ville ou rien, ou presque, n’a été cassé depuis le début du mouvement, et donc à vouloir un contrôle de la manifestation, mais déterminer concrètement de quelle manière ? On en arrive à la formation d’un « groupe sérénité », novlangue de SO, mais en n’envisageant pas le problème immédiat qui se poserait à lui : comment organiser le cortège pour qu’il aille où l’on voudrait sur la presqu’île, par exemple, tout en faisant tampon face aux attaques des forces de l’ordre puisque ce sont elles qui attaquent.

C’est vrai les acquis en terme de manifestation du mouvement sont bien là et ont permis à cette commission d’avancer, mais il ne tient à pas grand-chose que se produise une reprise en main en forme de pacification des manifestations au nom d’un phantasme d’extension de la mobilisation (« il faut rassurer les familles ») qui n’a pourtant jamais vraiment rassemblé les familles.

Après vient le temps des rapporteurs à l’AG, mais on s’aperçoit tout à coup qu’on est nettement moins nombreux et qu’on est passé des Gilets jaunes qui soit se sont lassés ou simplement travaillent le lendemain, à une sorte de réplique des Nuits debout, ce qui va d’ailleurs se confirmer plus tard. Tout d’abord, le rapporteur de la commission organisation (on nous dira plus tard qu’il provient d’un obscur groupe stalino-maoïste et aussi qu’il avait déjà sévi pendant Nuit debout) se met à sur-interpréter volontairement ou à mésinterpréter (qui sait ?) ce que nous avons dit ce qui suscite notre indignation parce qu’en plus c’est la première commission qui propose un vote alors que les avis exprimés par les membres du groupe ont été transformés en des positions figées qui ne tiennent aucun compte de l’interaction dans la discussion et de la synthèse qui aurait pu en être faite. Elles sont toutes présentées comme ayant égale valeur (l’idéologie des Nuit debout et d’ailleurs du vote) et donc à la sortie, ce qui en ressort c’est évidemment qu’aucune n’a de valeur particulière, ce que finalement l’AG les avalise toutes, fatigue et froid aidant, en levant vaguement quelques doigts pour ou contre sans que la majorité, devenue d’ailleurs une minorité ne se prononce, parce que finalement on a glissé vers ce que le mouvement des Gilets jaunes a toujours évité jusque-là : la parlotte.

La caricature de tout cela apparaît dans le CR de la commission revendication qui, trop nombreuse s’est divisée en sous commissions qui ont établi un florilège de revendications au moins aussi abondant que celui des 42 propositions de départ des Gilets-jaunes, en prenant soin de gommer les quelques points trop droitiers pour les remplacer par leur idéologie de gauche. L’un des rapporteurs, dans sa juvénile naïveté gauchiste ira même jusqu’à crier publiquement « qu’on a réussi à faite passer nos valeurs de gauche », montrant par là qu’il ne comprend rien au mouvement et pas plus à sa propre manipulation considérée comme naturelle puisque tout est combat idéologique pour ce genre de militant. Et puis là, sur la fin, c’est la France Insoumise qui entre en action, une action facilitée par le fait que l’administrateur principal de la coordination en fait partie. Un catalogue de mesures, parfois contradictoires entre elles et toutes mises sur le même plan, de la plus petite à la plus grande ou globale (la VIéme République) est déversée sur une assemblée devenue amorphe. La pratique est courante et habituelle : la multiplication des revendications permet d’autant plus facilement de les faire passer toutes, par acclamation sans réflexion. Là encore la procédure est celle de Nuit debout et d’ailleurs les trentenaires qui squattent maintenant, ce qu’on ne peut pas appeler une tribune, mais au moins le micro, ont vraisemblablement fait leurs premières armes de magouille politicarde à cette occasion.

Quant aux rapports des commissions action, ils proposent quelques actions acceptables par tous pour les quinze jours à venir, mais montrent involontairement à quel point ce type d’AG est inutile.

Ainsi, la commission « actions pour le 12 janvier » a décidé pour le matin de ne pas partir de Gerland (voir les raisons données plus haut). Apparemment cela n’a pas plu à une des organisatrices auto-proclamée de l’AG qui intervient à la fin de celle-ci pour annoncer que cette action est maintenue car elle a déjà été préparée, que d’autres coordos d’autres départements ont prévu de venir et tutti quanti…

Bref, les « animateurs » ont prévu en amont des choses pour le mouvement et on est prié de s’y conformer, si cela ne marche pas on tente de passer en force.

Résultat des courses : la manif sera maintenue à côté des deux autres actions décidées pendant l’AG elle-même !

Une militante d’Alternatiba invita, aussi, les Gilets jaunes à rejoindre la prochaine manif pour le climat presque à contrecœur… Tant sa voix était peu enthousiaste à l’idée d’associer les Gilets jaunes à son mouvement, qu’on devinait, plus acceptable. D’ailleurs après avoir rappelé les règles et le déroulement de ladite manif sous une forme assez stricte, comme si le mouvement des GJ étaient inévitablement initiateur de violence et de désordre, elle termina en invitant ceux que cela intéresserait à consulter le site (sic) sans en dire plus. Comme si le combat des GJ était radicalement différent de celui d’Alternatiba alors qu’il est fort possible que l’un soit l’accélérateur de l’autre…

Parmi les actions à mener, l’inflexion est typiquement gauchiste avec l’insistance à lutter contre la pub et les lieux de consommation pendant que débutent les soldes. C’est symptomatique du retournement ; alors que le mouvement des Gilets jaunes, de par son action concrète de blocage des hypermarchés ou des voies d’accès, ou encore par ses manifestations qui faisaient fermer les magasins le samedi, avait engendré une baisse de la consommation et l’idée rendue matérielle qu’il y a mieux à faire que consommer quand on est plongé dans la lutte et la solidarité, voilà que nos gauchistes transforment tout ça en idéologie anti-consumériste d’avant-garde !

Dans le même ordre d’idée, de ce qui ne sera pas du tout discuté et malgré une lettre que nous avions déjà adressée à la coordination il y a une dizaine de jours1 (mais restée sans réponse) à propos de l’action contre l’agence de la banque Rothschild, une nouvelle action est programmée contre cette banque. Vu l’ambiance dégradée nous ne pouvons intervenir au micro, mais dans le coin de l’agora où nous sommes nous avons le plus grand mal à poser la question : pourquoi cette banque plutôt qu’une autre ? Et à faire comprendre que cette banque n’est pas le symbole du capitalisme en France et que, surtout, au diable les symboles, ce sont bel et bien le Crédit Agricole et la Société Générale les plus grandes spéculatrices de ces dernières années en France et qui plus est, contrairement aux banques d’affaires, jouent avec les sous de tout le monde (par les comptes courants) et se font renflouer par l’État via les impôts quand elles sont en semi-faillite (Too big to fail). Mais rien n’y fait ; à la limite le seul argument qui porte c’est que cela ouvre la voie à une dénonciation du mouvement pour antisémitisme. Ouf provisoire mais probablement sans lendemain puisqu’il ne s’engage pas véritablement de débat de fond sur la question.

G, J et J-P

 



 

Échanges à propos du CR de l’AG Gilets Jaunes du 7 janvier place Guichard

La critique générale faites sur la méthode et les aspirations du groupe Gilets jaune Lyon centre (apparenté à nuit debout, très proche du mouvement des places citoyenniste et rappelant les techniques des éducateurs sociaux-culturels) fort éloignées de celles des gilets jaunes tel qu’on les retrouvent sur la périphérie avec des moyens d’actions spontanés, toujours dans la réaction type matérialiste ressemble un peu à un règlement de compte et manque, je trouve, d’aspects constructifs. Je m’explique, les branches organisatrices dans les villes ont pris fait et cause pour le mouvement des ronds point mais cependant n’entendaient pas se fondre pour autant en adoptant leurs démarches. Elles apportent leur méthodos expérimenté pendant les expériences passés (nuit debout, militance de tout poil) en s’appropriant le mouvement et travaillant sa structure selon leurs critères. Je ne dis pas que c’est bien ou mal, je constate.  Effectivement cela crée une multitude de façons de procéder et chaque développement dans le pays se retrouve en décalage et parfois en contradictions de valeurs. En cela la différenciation avec les premiers temps de la révolution française est nette. Mais franchement pas surprenant dans une société où chacun pense avoir les outils les plus pertinents et les agitent comme modèle vers les autres. Je pense que les acteurs des villes ne pouvaient échapper à cette variation des formes et nous même en tant que groupe citadin, sommes pas les plus justes pour descendre des personnes dont le sérail est malgré tout proche du notre si on le compare à nos amis de Feyzin ou d’ailleurs. Il n’y a tout simplement pas de modèle type Gilets jaunes mais attention effectivement à ne pas d’essentialiser le caractère hors norme du mouvement.

M.

 

Rats des villes, rats des champs

Il est normal qu’il y ai des différences entre GJ par territoires, certes, mais comme tu le dis nous avons une expérience et elle est marqué par l’unité d’un mouvement. L’expérience, celle de l’assemblée de Givors par exemple, montre que l’on peut faire une assemblée correcte, avec plus ou moins de frictions, sans que cela soit une prise en main comme nous l’avons vécu. Doit-on se satisfaire du biais qui correspondrait à un « GJ citadin » ? Je ne crois pas car tout le monde ne l’était pas comme dans mon groupe par exemple. Dans ces conditions que viennent faire ces GJ idéologisés avec leur recette « d’organisation » qui se constitue avec tous les travers des expériences passée justement. N’en ont-ils pas fait un bilan ?  J’en ai des doutes contrairement à d’autres comme toi ou moi. Dès lors il est clair qu’il faut dénoncer la teneur bureaucratique et idéologique indubitable et qui tuerai tout mouvement réel. Ce qui en ressort ? Toute la dynamique d’expression et de refus de la représentation comme de l’organisation correspondante n’est pas dépassé, elle risque tout bonnement d’être phagocyté au profit du statu quo. Ce n’est pas un procès fait à l’ensemble des personnes présente et pleine de bonne foi, non, c’est bien parce que nous connaissons les travers que je viens d’énoncer qu’il faut les exposer et ce sans se cacher.

Gzavier

 

D’abord  il faut tenir compte du contexte. Le compte rendu est à chaud même si on a mis 24h à le mettre en place puisqu’on a été trois à le faire. Donc, malgré ce que nous pensons être l’objectivité des faits il y a peut être un peu de dépit amoureux par rapport à ce qu’on attendait.

D’accord avec toi pour dire que tout n’est pas négatif dans ce forçage de gauche des GJ dans les assemblées de ville, surtout si on pense que la majorité des « de gauche » est contre le mouvement, effrayé par ce qui serait son inculture et son illégalisme antirépublicain. Mais ce que nous soulevions, ce n’est pas que des individus d’extrême gauche participent au mouvement (nous sommes au moins une vingtaine à le faire depuis ses débuts), mais justement en tant qu’individus et sur cette base étroite et limitée, il nous revient effectivement de maintenir des principes, d’appeler à une réflexion sur les propositions ou actions spontanées comme nous l’avons fait pour celles visant la banque Rothschild, une action encore perpétrée ce mercredi 9 janvier à une trentaine. Non, ce qui est grave, c’est que ces individus interviennent en tant que militants de groupes politiques (LFI ou gauchistes), le drapeau dans la poche certes, mais en faisant passer insidieusement ou même en plaquant carrément leur propre programme sur les revendications GJ d’origine. De la même façon, sur la toile, on voit tout un tas de mini groupes soutenir les GJ à l’aide tracts ou textes en écriture inclusive comme si c’était l’écriture officielle alors même qu’une des caractéristiques du mouvement GJ est d’avoir balayé le discours politiquement correct imposé par les médias et l’Etat. C’est à la fois ne rien comprendre au mouvement, se poser à l’extérieur et en même temps vouloir lui imposer des « problèmes de société », alors que le mouvement exprime les problèmes de la société, c’est-à-dire celui de la perpétuation de ce rapport social et non pas quelque lubies à la mode des milieux branchés dont la caractéristique est justement de n’avoir aucun langage commun avec les GJ, mais de ne pas s’en rendre compte puisqu’ils vivent et ronronnent entre eux, entre semblables. A ce niveau, la position des « de gauche » contre le mouvement, est beaucoup plus cohérente : ils ont choisi Macron contre Le Pen, même si c’est à contre cœur et ils le confirment car le mouvement des GJ leur fait encore plus peur que Le Pen qui a été normalisée dans le Rassemblement national.

J.

 

Ok merci pour cette réponse double. C’est une critique qui se poursuit avec le mouvement mais qui existe depuis très longtemps. C’est vrai que la flopée de revendications met un peu sur le même plan la question sociale et l’évolution des mœurs. Ce dernier thème étant garni de mesures souvent creuses qui prennent régulièrement le dessus sur le combat originel contre le mode de vie capitaliste. Ils cherchent à faire vivre leur fond de commerce tout en ralliant les idées des gilets jaunes à partir de leur base historique. Effectivement, il faut être vigilant sur une possible dévitalisation du mouvement par les groupes actifs en ville par ce biais. Après il faut aussi signaler tout de même la création d’actions d’aide et de soutien à Téo ou Feyzin. Les gilets jaunes périphérique sont une bouffée de respiration et un retour au source mais leur façon de s’organiser est selon certain soit terriblement chaotique (par manque d’expérience ou excès d’horizontalité) soit trop confiante envers les rouages institutionnels, bref très partagé et donc fragile. Le relais citadin en agrégeant la périphérie peut faire perdurer le mouvement social voir le solidifier vers une possible « convergence des luttes ».  Il propose un modèle d’AG constitutive et reprennent des recettes  très discutables, ok. Le manque d’expérience d’une partie des gilets jaunes en matière de lutte permet ce passage en force mais c’est aux aguerris de la critique de dénoncer certaines pratiques. L’expérience « Athénienne » de Givors et « citoyenniste » de la place Guichard montre aussi que le déroulement et le fonctionnement d’une AG à 90 ou 600 personnes prends un tournure forcément différente. Quoi qu’il en soit, je n’oppose pas les Gilet des villes et gilets des champs même si ces deniers ont, c’est certain, une plus grande légitimité comme base de départ. Je comprends les craintes bureaucratique mais je méfie autant des valeurs en sous main des uns ou des autres.

M.

 

Pour préciser : la forme organisée qu’a prise l’intervention des « de gauche » dans l’AG annonce, à mon avis, une possibilité de sortie autoritaire à gauche à travers un populisme rouge-vert et souverainiste qui pourrait être le pendant du populisme de droite, type Cinq étoiles. Face à cette offensive, il  me semble que notre rôle est de maintenir le refus des GJ de toute centralisation et hiérarchisation qui court-circuitent aussi bien populisme de gauche que populisme de droite et en conséquence de refuser autant que faire se peut des revendications de type large, démocratique et politique faisant comme si le mouvement des GJ pouvait se constituer en parti politique à même de tout diriger ou tout orienter. Donc et au risque de paraître restrictif et « poujadiste », revenir à des revendications « négociables », sans pour cela qu’on essaient de les négocier, mais en les imposant par le rapport de force parce qu’elles sont à portée de main et peuvent entretenir la dynamique : ISF, CSG, revenu minimum garanti et démocratie directe puisque se serait un déni que d’ignorer cet aspect du mouvement.

J.

 



 

Compte-rendu des manifestations du 5 janvier à Lyon (non exhaustif)

Le matin, un rassemblement était prévu à 10H devant l’ancienne gare des Brotteaux par la Coordination des Gilets jaunes de Lyon. Il est placé sous le signe des « attentes pour une véritable démocratie, pour une justice sociale, fiscale et pour une transition écologique ». L’objectif de cette manifestation est « de faire de bruit », et les participants sont invités à amener sifflets et instruments. Nous ne sommes pas enthousiasmés par la perspective (pas de précision sur le type même d’action au cours de ce rassemblement), mais ce n’est pas une raison pour lâcher l’affaire. On décide donc de s’y rendre.

A noter que l’action n’a rien de « secrète » contrairement à celle du samedi matin précédent et qu’elle est même annoncée dans la version numérique du journal Lyon capitale.

200 à 300 personnes au départ, mais on se rend vite compte que cette action n’a pas de but défini, qu’il n’y a pas de blocage prévu alors que nous sommes assez nombreux pour en tenter un. Malgré l’habituel laïus des porte-voix de la Coordination sur les consignes en cas d’arrestation, on comprend bien vite qu’un parcours a dû être déposé puisque c’est une simple manifestation promenade dans le quartier résidentiel du 6ème arrondissement qui nous est proposée.

 

Une autre différence avec la semaine précédente, la police est discrète, n’interpelle personne et nous laisse partir. Au lieu du maximum de bruit attendu, c’est une manif atone du type syndicale à peine troublée par quelques Marseillaises, des « Tous ensemble » des « deux pas en avant trois pas en arrière ». Malgré la présence de quelques militants libertaires ou Lutte ouvrière, mais sans leurs badges, on peut dire que le cortège est plutôt de tendance « nationale » (type Frexit), « apolitique » plus que « social » et fortement différent des cortèges des samedis après-midi qui se caractérisent par un débordement systématique par rapport aux « apprentis organisateurs ». Ici ce qui l’emporte c’est le « Gilets jaunes-pas casseurs » scandés vers l’Hôtel de ville après un bref arrêt coupant l’axe Nord-Sud au niveau du Pont Morand où la majorité des Gilets jaunes vont se mettre en position « lycéens de Mantes la jolie ». Ce point est intéressant parce qu’il montre comment fonctionne le mouvement ou du moins une partie de celui-ci. En s’agenouillant (ce que nous »les militants » nous refusons de faire car ce serait adopter une position victimaire), les Gilets jaunes indiquent qu’on les traite comme des moutons à l’abattoir, mais en même temps ils gueulent « résistance », alors que nous nous aurions tendance à penser, surtout à Lyon, en canuts : « Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux ».

C’est un peu comme si les manifestations du matin, décidées et organisées à partir des réseaux sociaux et surtout de Facebook regroupaient et façonnaient une sorte de militant type des Gilets-jaunes : un peu refermé sur ses propres sources parallèles d’information, ses vidéos qui tournent en boucle, son gilet jaune, occupé à fabriquer ses propres références qui ne sont pas trop celles du passé, au risque de tendre vers une sorte d’entre soi. Quoi qu’il en soit, cette manifestation comprenait une énorme proportion de porteurs de Gilets jaunes par rapport au reste des manifestants, alors que les après-midi, c’est-du 50/50 et encore à grand-peine. C’est une dimension que la presse, nationale comme régionale ne semble pas prendre en compte alors qu’elle nous semble importante non seulement pour rendre compte fidèlement des faits, mais aussi des devenirs possibles du mouvement, c’est-à-dire de savoir si, comme le pensent la plupart des Gilets jaunes tout le monde doit devenir Gilets jaunes ou si le mouvement va grossir de telle façon que le Gilet jaune ne sera plus le signe de reconnaissance ou qu’un signe parmi d’autres.

Par exemple, les personnes qui viennent sur Bellecour, y viennent assez indépendamment des réseaux sociaux parce qu’elles savent que c’est le point de fixation de 14H tous les samedis quoiqu’il advienne, que s’y opère un vaste brassage et que le nombre de présents augmente vite, que c’est là que le mouvement fait masse et montre sa force. C’est encore ce qui s’est produit aujourd’hui avec une manifestation partie très vite (à peine 14H), comme si ça pressait, comme s’il fallait prendre un chemin bien précis, celui que nous laissaient les forces de l’ordre (que cela ait été négocié à l’avance ou pas).

Nous empruntons donc la rue de la République jusqu’aux Terreaux puis la manifestation essaie de franchir le pont la Feuillée en direction de St Paul, mais pour des raisons que nous ne connaissons pas un mini affrontement a lieu avec la police ; quelques coups sont échangés. Malgré cette situation conflictuelle la manif prend le quai rive gauche de la Saône. Arrivée au pont Bonaparte, nouvelle tentative, minoritaire de passer sur St-Jean, mais le gros de la manif avançant assez vite tout le monde se regroupe et passe sur le côté de Bellecour. Après la grande Poste le cortège vire à droite en direction de l’axe Nord-Sud qui n’est que partiellement bloqué. Nous sommes environ 2000. Les forces de l’ordre contrôlent la situation, mais de loin.

Comme le week-end précédent, les automobilistes manifestent toujours autant leur empathie pour le mouvement malgré le tracas occasionné lors de cette remontée de l’A7. A l’arrière et tout à coup, à hauteur de l’ancienne prison St-Paul, la police bloque complètement la circulation aussi bien sur les deux voix que par les deux côtés. A l’avant elle nous expose au choix entre grenadages à découvert ou prendre le pont Pasteur en direction de Gerland, parce qu’elle nous coupe complètement un retour vers Perrache puis la presqu’île via le cours Charlemagne. Malgré cela le centre commercial Confluence à fermé en prévision car quelques groupes de manifestants semblent avoir atteint ses parages.

Nous nous retrouvons donc à Gerland, mais là changement de décor, après la visibilité aux yeux de tous les automobilistes, c’est le no man’s land qui nous attend … avec les grenades qui vont avec. Sur ce terrain défavorable fait de grandes avenues, nous essuyons, sans aucune sommation de la part de la police, toute une série de grenadages par exemple sur le boulevard Yves Farge et les petites rues alentours accompagnée de charges de police auxquelles répondent quelques tentatives inutiles de petites barricades faites de poubelles et barrières.

Passant à grandes enjambées Jean-Macé les flics nous suivent de près et balancent des lacrymos plusieurs fois depuis l’arrière dans cette traversé du 7éme arrondissement. Nous rejoignons malgré tout les quais, mais les ponts de la Guillotière et Wilson sont fermés aux piétons par des cordons de CRS ; certains d’entre nous passent alors par le pont de l’Université d’autres par le pont Lafayette car les flics ne peuvent apparemment pas tous les tenir et nous revoilà à Bellecour. De fait la rage et la ténacité des GJ est incroyable. Il est impossible de les disperser. Sans cesse ils se regroupent et là encore vers 17H3O tentent de quitter en manif la place Bellecour en direction du Vieux Lyon. Nouveaux grenadages. Les gens s’insurgent, insultent les flics, les bacqueux chargent à nouveau et bastonnent quelques manifestants sans toutefois les arrêter. Un flic se permet même de répondre aux insultes des manifestants en disant : « moi je suis républicain ». On ose penser au bourrage de crâne qu’ils doivent subir contre l’image des extrêmes qui leur est proposée par leurs supérieurs ! Mais en même temps leurs ordres ne sont pas clairs car ils n’ont pas arrêté ceux sur lesquels ils ont tapé. Ils les ont laissé repartir ; il faut dire que c’était sous les huées de dizaines de témoins qui les insultaient à leur tour. Tout cela a duré un moment où sur la place des jets de pierres ou autres répondaient à des grenades avec les paumés de la BAC qui, dans la nuit tombante, cherchaient à tout prix à mettre la main sur un « casseur ».

Après un énième copieux grenadage nous nous sommes dispersés pour nous retrouver devant le ciné Pathé rue de la République. Moins de Gilets jaunes visibles et ce pour éviter de ce voir refoulé mais une réelle détermination à être présent là ou il y a du monde. Nouveau grenadage puis ensuite aux Célestins et ainsi de suite jusqu’à la rue Mercière puis à hauteur du lycée Ampère. Ce qui est remarquable c’est la peur qui habitait les policiers dans les petites rues qu’ils ne connaissent absolument pas vu que la plupart ne sont pas de Lyon. Par petites cohortes de 10-12, ils étaient là à chercher s’il en manquait un, pauvres chiens sans collier. Un « spectacle » à la fois lamentable et dérisoire laissé par le pouvoir.

A 19H tout était terminé.

7 interpellations selon la presse locale à qui aucun décompte officiel du nombre de manifestants n’aurait été donné, mais Le Progrès annonce 1300 … en faisant remarquer que cela aurait constitué le double de la semaine dernière, alors que nos estimations tournent autour des mêmes chiffres pour ces deux samedis à 2 ou 300 près !!!

G et J


Dernière minute. 6 janvier.

Un groupe de femmes Gilets jaunes d’environ 250 à 300 personnes sur Lyon (avec deux ou trois hommes au sein du cortège) se sont rassemblées entre 12 et 13 h devant l’ancien palais de Justice et sur les escaliers sur les motifs de :

  • visibiliser les femmes du mouvement Gilets jaunes
  • dénoncer les violences policières contre les manifestants
  • impact médiatique que peut avoir l’image de groupes de femmes face à la répression

Après y avoir entonné la Marseillaise, elles ont pris la passerelle en direction de la place des Jacobins puis de la place Bellecour. Pas l’ombre de « féministe ».

A noter que cet appel a été fait pour toute la France et que la presse numérique en fait déjà mention.

J.

 



 

Salut,

Un petit témoignage de ce qui a pu se vivre ce samedi 29 décembre à Montauban.

À quelques uns nous sommes arrivés vers 14h du fin fond de notre cambrousse tarn-et-garonnaise.

Le rassemblement se met juste en marche. Cette fois-ci nous allons non pas directement vers le rond-point d’Aussonne, mais vers les rues piétonnes et commerçantes du centre. Nous sommes moins nombreux que les samedi précédents. Mais tout le monde s’accorde à dire que nombreux sont les absents qui ont promis de revenir début janvier aux rassemblements du samedi et sur le rond-point.

Premières halte à la préfecture avec quelques prises de paroles inaudibles au mini-méga-phone.

Quelques drapeaux rouge-blanc-bleu et la marseillaise qui se chante aussi deci delà.

Il y a aussi une minute, non pas de silence, mais d’applaudissements en la mémoire des gilets jaunes morts au cours de ces dernières semaines.

On reprend la marche et on s’arrête devant le commissariat, la porte y est ouverte et certains y hurlent la marseillaise le point levé dans le couloir d’entrée pendant que d’autres seraient allés porter plainte contre Macron et d’autres encore réclamer la libération de gilets jaunes qui ont été arrêtés les jours précédents sur Montauban. Nous sommes plus loin, ça discute à bâtons rompus…

Ensuite, on redémarre vers la place des fontaines d’où nous étions partis plus tôt.

Là, on laisse les personnes qui ne peuvent rejoindre à pied le rond-point d’Aussonne et nous continuons la marche au travers de la ville puis nous nous engageons dans la zone industrielle et commerciale. La circulation est bloquée, nous marchons lentement, les gendarmes à motos ouvrant et fermant le pas. Trois quart d’heure plus tard nous arrivons au rond point d’Aussonne que longe l’autoroute A20. Là nous retrouvons beaucoup de monde, l’ambiance est joyeuse, ça grouille de partout, plein de vie, de discussions, de sourires, de feux de palettes, de traces de gommes brûlées, le rond-point est investi, les voitures sont pour ainsi dire presque à l’arrêt tout autour.

L’autoroute est rapidement bloquée. Pneus et autres objets sont placés en travers des deux voies. Ce qui fait plaisir aujourd’hui c’est que ce sont les camions qui sont directement visés. « Faut bloquer la marchandise ! » Voilà ce que j’ai pu entendre à plusieurs reprises et c’est nouveau… Les camions sont donc bloqués pendant plus de trois heures. Ils sont moins nombreux qu’il y a deux semaines où il y avait plusieurs kilomètres de camions bloqués. Après plus de deux heures, l’autoroute a du être fermée car il n’y a plus ni nouveaux camions ni voitures qui arrivent, ni du sud de Montauban ni de Caussade…

Au centre du rond-point ça discute malgré le froid. On nous offre un bol d’une très bonne soupe aux légumes, bien venue, suivi de raviolis « faits maison », succulents, on se jette un canon et ça discute encore…

De très belles rencontres, de longs coups de gueule, des témoignages poignants, des vies qui se racontent en toute simplicité, le bonheur de les partager, palettes en feu, saucisses grillées, le groupe électrogène qui gueule lui aussi, tables et canapés sous les étoiles – Les flics ont brûlé les cabanes « Élysée I » et « Élysée II » – et toujours ces sourires…

Nous repartons dans la soirée vers la campagne.

Chargés de nouvelles et belles énergie, nous avons vécus ici en quelques heures de vrais et beaux moments…



 

Le 02.01.2018

Nous nous permettons de publier un message envoyé en commentaire sous l’article présent sur Rebellyon ici : https://rebellyon.info/Acte-VII-compte-rendu-de-la-manifestation-20011 … message qui a été refusé par le site :

Loin de moi l’idée de minimiser l’action des identitaires de droite (ont a les yeux ouverts dans les cortèges !) mais, quoi qu’il arrive , ce mouvement et ces manifestations ne vous conviennent pas : pas assez ceci, trop cela et ce depuis le début. Ne venez pas en manifestation pour en faire un compte rendu pareil. Vous invalidez la présence de centaines de présences à l’aune de votre lecture groupusculaire. Vous êtes incapable de penser une intervention politique saine et vous reprochez votre propre impuissance à tous. Comme cela été dit dans un texte sur la rupture en cours : l’extrême gauche est la « triste voiture-balai » de ce mouvement, elle se bouche le nez dès qu’elle doit se confronter à une altérité radicalement différente : différente de ses lubies, différente de sa composition sociale, de ses perspectives soi-disant « révolutionnaires », de son train-train.

Soyons plus précis, il y a eu de multiples cortèges et nous avons été et avons fait ce que jamais les manifs de gauche vont ou font et ce depuis des décennies : rue de la République, A7, Confluence, Vieux Lyon, etc. Vous n’êtes même pas capables de voir la différence entre les manifs mouroirs habituelles (et celle de l’inter-coordo en était une la semaine précédente) et ce qui se passe. Pour exemple le Vieux Lyon n’appartient à personne et c’est bien votre lecture idéologique qui vous fait le « laisser » à d’autres. Mais la vérité c’est que le moment du vieux Lyon, au milieu de touristes, avec une batucada courageuse à été un moment magique ! Mais votre interprétation plaquée sur la réalité vous fait passer à côté de celle-ci. Dans ces conditions vous serez toujours en dehors du mouvement à moins que votre simple « réussite » à le rallier à votre façon de voir n’en signale sa mort.

Gzavier

 



 

CR de la journée de manifestation sur Lyon du 29/12/2018 (non exhaustif)

Un rendez-vous a été fixé via Facebook sur le groupe « Article 35  – insurrection» en référence à la constitution de 1793 et à son article sur le droit de se révolter contre un pouvoir jugé illégitime même s’il a été élu. Le RV est à 9H45 au parking des Cuirassiers à la Part-Dieu, mais la police nous y attend et amorce des fouilles systématiques des personnes portant des gilets jaunes.

Certains alors les rangent précipitamment, d’autres, comme nous n’en avons pas. Après une valse hésitation un nouveau RV qui constituait en fait le but de l’opération nous conduit devant l’immeuble de France 3 où nous attendent des journalistes des médias régionaux + CNews et même TF1. La police encadre, la BAC fait quelques contrôles mais n’interrompt pas les discussions entre journalistes et la petite centaine de personnes qui a réussi à échapper aux différents barrages. Les journalistes « font le job » malgré une forte incompréhension des GJ qui parlent de désinformation volontaire de journalistes aux ordres du pouvoir. Nous apprendrons par la suite que l’initiative d’aller rencontrer les médias « chez elles » en quelque sorte est une initiative qui va se reproduire dans plusieurs villes ce matin.

Pendant ce temps environ 150 à 200 personnes se retrouvent à 11H vers l’Hôtel de ville pour une manifestation pour les victimes des manifestations et les brutalités policières. Les organisateurs ont apparemment averti la préfecture sans pour cela avoir reçu une autorisation ferme mais la manifestation se déroule sans incident, après un passage au commissariat du 1er arrondissement pour exiger la libération de la dizaine d’interpellés de la Part-Dieu. RV est pris pour tout le monde place Bellecour à 14H. A cette heure là, nous ne sommes pas très nombreux, moins de 500. Nous nous dirigeons vers la seule sortie que nous laisse la police et très rapidement le flot des manifestants grossi jusqu’à environ 1500-2000 personnes. Il est très dur de rendre compte des chiffres (même pour la police et les médias) car il y a vraiment beaucoup de personnes (au moins une moitié) qui n’a pas de GJ et dans l’autre moitié on peut dire qu’il y en a à peu près autant qui n’arrête pas d’enlever et de remettre le gilet en fonction des barrages ou contrôles.

Nous suivons un temps l’axe Nord-Sud en direction du Sud quand à hauteur de la gare de Perrache, quelques gentils animateurs GJ essaient de négocier avec les motards de la gendarmerie qui ouvrent la route, un trajet possible. Mais la foule renâcle et nous nous orientons vers l’échangeur de Perrache pendant qu’un autre groupe continue sur l’axe avec le même but : gagner le centre commercial Confluence.

A partir de ce point 2 cortèges vont coexister :

  • L’un coté Perrache avec une manif ultra mobile, avec des jeunes qui montent à toute vitesse dans la gare par l’escalier suivi par des forces de police, pendant que nous passons sous les voûtes vers le cours Charlemagne en hurlant de toutes nos forces « Lyon debout, soulève-toi ! Avec une bonne caisse de résonnance due aux voûtes. De quelque côté qu’on arrive sur Confluence on est accueilli par des tirs nourris de grenades lacrymogènes et quelques charges qui les suivent. Nous refluons sur les quais de Saône où nous essayons de nous protéger de la police en laissant passer à toute petite vitesse les voitures à contre-sens tout en étant au milieu d’elles. La police ne voulant pas grenader les automobilistes, elle nous charge et nous nous dispersons dans les petites rues du quartier d’Ainay, très pratiques à cet effet. Regroupement Bellecour.

 

  • L’autre avec une remontée de l’A7 jusqu’à la sortie Confluence justement.

Puis retour par le cours Charlemagne avec barrage de fourgons de GM et gazage qui va rediviser la manif en 2, l’un coté Saône, l’autre coté A7/Rhône. Il y a alors, au total, 3 cortèges dont 2 qui se dirigent selon des chemins plus ou moins directs vers Bellecour !

Il est 16H. Valse hésitation pour ceux déjà présents à Bellecour. Nous sommes presque encerclés mais un groupe décide de forcer le passage sur une rue qui semble libre (Emile Zola, la plus petite). Par manque d’esprit de décision (dur quand il n’y a pas de « chefs »), la nasse se referme. En conséquence de quoi, l’idée circule de se rendre individuellement à l’Hôtel de ville, côté place des Terreaux.

L’état actuel de la place en travaux avec les grands cafés aux terrasses fermées ne présente aucun intérêt pour nous car il y a très peu de personnes qui la traversent à part celles qui viennent du musée, sauf à vouloir « prendre » la mairie, mais le rapport de force paraît peu favorable, c’est le moins qu’on puisse dire. Nous remontons peu à peu mais en perdant du monde vers les Cordeliers et tout à coup nous tournons rue Mercière, direction St-Jean où nous retrouvons une sorte de batucada de GJ ardéchois qui créent une ambiance terrible. Le ridicule ne tuant pas nous faisons toute la rue St-Jean avec les flics casqués et visière fermée derrière l’orchestre avec tous les touristes qui font des photos.

On prend le pont la Feuillée et on reprend les quais direction Cordeliers en nous mêlant aux automobilistes, mais les flics coupent la circulation et tout à coup gazent et chargent. Nous nous égayons dans les petites rues Chavanne et autres et la police occupe la place St-Nizier. Pour certains d’entre nous, ça été juste, mais on a quand même l’impression, quand on a un peu de bouteille, que les flics n’ont pas l’ordre de faire mal en rentrant en contact physique. A mon avis, ils ne sont pas assez nombreux car disséminés dans toute la ville et les techniques répressives ont évolué. Toute proportion gardée, comme avec les drones, il s’agit de combattre l’ennemi à distance en profitant de sa supériorité technologique. A remarquer aussi que les manifestants le permettent puisque le mouvement est finalement assez pacifique et que les « armes » utilisées en mai 68 comme les lance-pierres avec billes d’acier qui permettaient d’attaquer à distance ne sont pas du tout employées alors pourtant qu’ici, elles seraient particulièrement adaptées à cet affrontement à distance. En conséquence de quoi quel que soit notre nombre nous sommes en position défensive et désarmés.

Bref, nous repartons vers les Jacobins et prenons la riche rue Emile Zola où les gens terminent leur course en sens inverse de nous. Contre toute attente la police nous bombarde à nouveau de lacrymo, direct dans la gueule des consommateurs et de quelques poussettes.

On arrive finalement sur Bellecour. Nous ne sommes plus très nombreux et assez dispersés, mais les flics aussi et on peut se demander quels sont leurs ordres. Il n’y a pas que les GJ qui sont désorganisés.

  • 18 interpellations, une blessée légère d’après la presse.

A noter que ce sont surtout les très jeunes manifestants qui ont été ciblés toute l’après-midi par les forces de police et ont subi des contrôles et palpations du fait de cette seule caractéristique.

J et G

 


Le 28.12.2018

Parution du supplément #3 au numéro 19 Une tenue jaune qui fait communauté.


 

Le 24.12.2018

Bonjour,

La photo du GJ avec le mot rien écrit au dos  (voir ci-dessous ndlr) est intéressante à plus d’un titre par son ambiguïté. Rien; comme un constat amer après six semaines de mobilisation .En effet rien d’obtenu si ce n’est des miettes et peut -être l’aveu d’un constat d’impuissance malgré ce début d’humeur insurrectionnelle. Ces « soviets » des ronds points vont-t-ils tenir ?

Il n’y pas d’horizons critiques qui soudent ces groupes hétérogènes si ce n’est une forme de dégagisme une fois les 45 propositions couchés sur le papier.
Jugement hâtif et impérieux je ne pense pas au regard de la dernière période insurrectionnelle : mai 68 mais je vous laisse juge en la matière sur ce point.

Ici aucune présence d’un désir d’utopie réaliste, d’un changement de mode vie radicale la plupart des gj veulent accéder à une consommation « normale ». Quant à la vidéo du motard, bien évidemment les médias ont soigneusement mise en scène cette pseudo « agression » en pratiquant un montage/censure éhonté : plus de trace de l’action initial du flic qui vient délibérément balancer une grenade sur une foule calme.

Je l’ai impression que le mouvement cale faute de carburant « idéologique ». Hormis le RIC véritable épouvantail qui semble monopoliser l’attention d’une part non négligeable des GJ, lorsque que l’on aborde le sujet avec eux un grand nombre se refuse à dessiller les yeux sur l’impasse qu’est ce bibelot pour constitutionnalistes et autres chieurs d’encre, soucieux de coucher sur papier la teinte de la domination en cours.

C’est on jamais ce jeu de chat et la souris avec un exécutif à la ramasse débordé et Macron engagé dans une fuite perpétuelle , courant de sommets internationaux en réveillon auprès de bidasses englués dans une lutte contre le « terrorisme  » pour mieux sécuriser l’approvisionnement de matières premières peut nous réserver bien des rebondissements .

a+
David

 



 

Lyon, le samedi 22/12/2018

Plusieurs rassemblements devaient converger à hauteur des Cordeliers cet après-midi en direction de la place Guichard. Il s’avère que, pour la première fois, le trajet avait été négocié avec la Préfecture par des porte-paroles dont personne ne connaît bien la légitimité, même si dans les rares assemblées qui se tiennent (il y en a une hier à Vénissieux, à laquelle participaient environ trois cent personnes, il est souvent question d’élire des délégués). Bizarrement, ils s’adressent à nous en nous donnant plein de consignes de sécurité en cas de répression policière, alors que pour la première fois, en principe, il n’y a pas de danger puisque ce n’est pas une manifestation « sauvage ».

Nous sommes environ 200-250 en haut de la montée de la Grande côte à la Croix Rousse pour le départ d’un premier cortège, de tonalité très anticapitaliste au niveau des slogans, malgré la présence de deux drapeaux français. Mais il nous a été recommandé de marcher lentement pour s’adapter à l’aptitude physique de chaque manifestant, ce qui transforme la manifestation en procession alors que ces devancières avaient été dynamiques et mobiles.

Arrivés près des Terreaux nous prenons la rue Paul Chenavard en direction des Cordeliers. Sur le trajet un autre groupe de Gilets jaunes nous rejoint par l’arrière et gonfle notre nombre autour de 5-600 manifestants. Nous traversons le Rhône par le Pont Lafayette et le longeons ainsi que la Préfecture protégée par ses cordons de CRS, mais là aussi, pour la première fois, par une sorte de service d’ordre des GJ qui fait la chaîne alors que l’ambiance est tranquille et, pour tout dire, aussi morne que le temps.

Arrivée place Guichard, la réalité de l’entourloupe apparaît à de nombreux manifestants car évidemment la Bourse du travail est fermée et d’ailleurs il n’a apparemment jamais été prévu que s’y tienne une assemblée générale. Il y a comme un bug, mais finalement la majorité des manifestants repart vers le cours de la Liberté alors que des membres supposés du service d’ordre des GJ se mettent à courir de tous les côtés. On voit nettement qu’il leur manque l’expérience syndicale de l’encadrement des cortèges, surtout qu’ils ont affaire à une sorte de multitude aux réactions assez imprévisibles, la police en sait d’ailleurs quelque chose depuis quatre semaines que cela dure.

A Saxe-Gambetta, nouvel arrêt et la confusion est à son comble. La plus grande partie des manifestants prend la direction Gambetta, mais sans dire clairement qu’elle se dirige vers la Part-Dieu. Devant ce manque de lisibilité des objectifs, une partie voudrait partir sur Bellecour mais finalement rejoint le gros de la manif qui part en direction de la Manufacture des Tabacs. Arrivé rue Garibaldi la manif remonte jusqu’à la Par-Dieu.

Autour de la Part-Dieu les forces policières sont nombreuses et les premiers gazages se produisent, les bus sont à l’arrêt, la porte de l’esplanade qui donne sur le côté de la bibliothèque est fermée et la police filtre les entrées de la porte centrale Vivier Merle. La dispersion est rapide et par petits groupes. La situation de confusion donne lieu à des scènes ubuesques : alors que des familles de Gilets jaunes discutent tranquillement avec des CRS, deux femmes en provenance de Dôle se font légèrement molestées et insultées (retournez d’où vous venez salopes !) alors qu’elles quittent leur voiture et enfilent leur gilets jaunes.

Reformation d’un cortège sur l’Av. Maréchal de Saxe qui va se diriger sur Jean-Macé et déboucher rue de l’Université. A ce moment les manifestants tentent de repasser sur la rive droite par le pont de l’Université, mais ils en sont empêchés par les tirs de lacrymogènes. Par petits groupes certains manifestants rejoignent la place Bellecour où ont lieu quelques discussions à bâton rompu sur l’état du rapport de forces.

La journée n’est pas finie car des regroupements ont lieux rue Victor Hugo où quelques dégâts sont commis contre les magasins Naturalia, Micromania, le Mac Do et la Caisse d’épargne. Une tentative de blocage de la Fnac amène sa fermeture à 18H45 ainsi que celle de magasins de la rue de la République. De même plus tôt dans la journée des Gilets jaunes se sont rendu cours Charlemagne et Confluences à fermé son centre commercial (entre 15 et 17H) par pure panique, sans que les Gilets jaunes fassent un quelconque forcing.

Bilan officiel : deux policiers blessés, un manifestant renversé par une automobile, 6 interpellations.

 

 



 

Le 20.12.2018

Bonjour,

De retour de la réunion publique GJ de Givors du 19/12 au soir. Beaucoup de monde dans la salle Malik Oussekine prêtée par la mairie, soit environ 200 personnes de tous horizons. La réunion a largement été filmée et photographiée, présence d’une journaliste et d’un représentant du député de la région parti rapidement.

Les personnes à la « tribune » posent la nécessité de dialoguer pour réaliser un cahier de doléances. Le déroulé de la soirée est expliqué clairement avec un ordre du jour en 8 points et incitation à signer une pétition pour le RIC (non débattu). Chacun se présente par son prénom, pas besoin de plus.

-Retour sur les débuts du mouvement. Moment choisi par les « coordinateurs » pour présenter leur arrivée, très tôt, dans le mouvement qui semble leur donner toute légitimité à être à la tribune.

– S’ensuit un rappel des actions, notamment avec l’action à l’Hôtel de région et les gardes à vue qui s’en sont suivi. Le comportement des forces de l’ordre est dénoncé. Échauffement sur le fait que si la force devait être employée (exemple de la provocation des CRS qui se sont équipés au niveau d’un rond-point) contre des GJ et leur famille la réponse sera immédiate, ferme et déterminé.

– 1h30 prévu pour les doléances du cahier que certains ont fini par appeler le « cahier des exigences ». Temps de parole annoncé pour ces doléances à 2 minutes mais finalement pas vraiment respecté.

http://tempscritiques.free.fr/spip.php?article386 – 1er§ – supplément au numéro 19 Sur le mouvement des Gilets jaunes

Il n’est pas irrai­sonné de faire une ana­lo­gie entre les Fédérés et les Gilets jaunes puis­que les uns comme les autres ne contes­tent pas les fon­de­ments républi­cains de l’État, mais deman­dent une reconnais­sance de leur citoyen­neté pro­vin­ciale et la fin de leur condi­tion de sous-citoyens. De la même façon, cer­tai­nes doléances des mani­fes­tants rap­pel­lent les fameux « Cahiers de doléances » des années 1788-89, ainsi que les oppo­si­tions actuel­les aux taxes rap­pel­lent les actions menées contre les fer­miers généraux à l’époque.

 

Présenter toutes les interventions serait long et inutile, mais quelques aspects sont retenus :

Première intervention par un jeune qui propose un mode d’organisation pour faire émerger des décisions.
Des retraités demandent l’indexation de la retraite sur le coût de la vie.
Le secteur des soins notamment aux personnes âgés était aussi bien présent car en rapport direct avec la souffrance des retraités.
La dénonciation de la finance est revenue plusieurs fois sous l’angle d’une nécessaire prise sur des bénéfices qui dépassent l’entendement.
Demande de faire exister la « maison du peuple » (assemblée nationale) en dehors des lobbys joint à une demande de dignité retrouvée notamment pour les personnes qui travaillent.
Défiance envers le terrain privilégié des politiques, celui de la négociation, cette dernière sur lequel les coordinateurs veulent s’aventurer. Réponse de coordinateurs : tout le monde est largement assez intelligent pour comprendre les pièges qui se présentent à ce mouvement, personne n’est dupe. On entend rapidement un « gouverner c’est trahir le peuple ».
Quelques lyonnais assurément militants pour parler de grève, grève générale ou actions qui prennent en compte le monde du travail comme levier indispensable.
La Maire de Givors présente dans le public depuis le début de la réunion, sans intervenir, se dit aussi Gilets jaunes ce qui provoque de vives réactions. Elle se défend d’être sur les ronds-points pour ne pas être dans la récupération. Le prêt de la salle n’apparaît pas aux yeux de l’assemblée comme devant pacifier les relations présentes et futures face à des élus régionaux élus comme la Maire.
Deux interventions revenant sur la nécessité d’aboutir à une proportionnelle et aussi au RIC.
Dans tout cela la question de l’écologie est abordée mais de façon concrète, par exemple, sous l’angle de la pollution des transports comme les portes conteneurs.

– Futur du mouvement. Une personne relève que la force du mouvement est d’être en dehors du monde du travail et donc qu’une action au long terme est possible. Remerciement à une personne qui soutient le rond-point occupé tous les jours.

-Actions ? Les cibles sont les institutions et les grosses chaînes de commerce. Décision d’un départ samedi de la Croix-rousse pour éviter le piège de la place Bellecour, quadrillée le samedi précédent, mais aussi d’un rendez-vous Place Carnot et ce pour épargner aux familles d’éventuels gaz lacrymogènes comme cela a eu lieu lors des week-ends précédents.

– Mise en place d’une coordination entre différents acteurs du mouvement surtout pour des actions communes et la remontée des doléances. Rôle de coordination notamment par le biais des groupes Facebook.

Fin. La salle un peu vidée par une longue assemblée, s’entament des discussions à bâton rompu entre personnes qui ne se connaissent pas forcément avec partage de bonne humeur et d’idées. Chaleur humaine et écoute étaient la base des discussions, tous le monde à pu s’exprimer s’il avait quelque chose à dire et c’est ce qui a fait la qualité de cette assemblée.

G.

 



 

Le 19.12.2018

Vu à un rond-point sortie nord d’Alès samedi 8 décembre, ce panneau en bois bombé à la va-vite : « l’existence précède l’essence ».
Entendu ce jour, mercredi, sur France Culture la correspondante Radio bleue Gard-Lozère affirmer qu’Alès était bloqué depuis 1 moins : c’est faux !
Beaucoup de ronds-points étaient occupés : à ma connaissance 6 (mais 9 le 8 décembre pour bloquer les grandes surfaces) avec une régulation circonstanciée : les uns seulement filtrant, d’autres bloquants : par exemple celui du rond-point de la route qui vient de la vallée du Rhône (Bagnols-sur-Cèze) par lequel transitent beaucoup de camions : ceux-ci étaient retenus par tranche de 24 heures : le 11, il y avait bien une soixantaine de semi-remorques et aussi pas mal de  3,5 t polonais ou roumains, (hors législation « poids lourds, donc, pas de limitation d’heures de conduite ni de repos) de plus en plus affrêtés par exemple par Peugeot (je le tiens d’un chauffeur français de Belfort).
A plus tard,
Venant


 

Lyon, le 18.12.2018

Salut,

L’AG d’hier (17 décembre) a été un vrai désordre !

Chacun est allé de son témoignage (lycéen, avocat, handicap, travailleurs sociaux, femmes avec les GJ, etc..), on aurai dit Nuit debout!

Une petite poignée Gilets jaunes, beaucoup de gens à tendance marxiste. Une volonté de structurer (ou plutôt récupérer) le mouvement par des militants plus ou moins expérimentés (les 2/3 de la salle qui comptait 300 personnes au début).

Le fameux appelle au référendum RIC battait son plein malgré quelques critiques. On a même eu droit à un ovni qui a rencontré Laurent Wauquiez et qui s’est cru obligé de nous faire part des revendications qu’il lui avait soumis. Hué rapidement son discours a été expédié aux oubliettes. Un cheminot a réaffirmer son engagement et expliqué que l’on allait leur verser des primes exceptionnelles de fin d’année. Au fil du temps, la moitié des gens sont partis faute d’idées ou d’action à monter…

Quelques propositions en toute fin (allez investir les centres commerciaux, bloquer les centres administratifs, bloquer la banque de France à Confluence, empêcher l’accès aux boutiques de luxe dans le centre). Il n’était plus question de vote dans un tel désordre et le coordinateur a fait un récapitulatif de idées proposées après qu’un étudiant de Lyon 3 ai proposé de pérenniser les AG chaque jeudi à 18h.

J.

 



 

Lyon, le 15 décembre 2018

Tout d’abord un premier rassemblement à Bron-Parilly à 9H30 avec une quinzaine de motards pour une opération escargot jusqu’au Palais de justice où devait se tenir un autre rassemblement pour la justice fiscale et la justice en général, rassemblement qui ne va pas rassembler grand monde. La vingtaine de personnes à pied qui se trouvait à Parilly renonce en fait à l’action prévue de leur côté à cause de leur faible nombre et décident de rejoindre le centre-ville pour le RV de Bellecour à 14H.

Bellecour 14H. La plus grande confusion règne devant l’imposant dispositif policier organisé en nasse pas très serrée, alors que nous ne sommes qu’un gros millier. Mais à force de tergiversations, notre nombre augmente rapidement. Un auto-proclamé délégué des gilets jaunes, il est vrai très présent depuis le 17 novembre, prend la parole au porte voix, pour dire que les Gilets jaunes étant pacifistes avant tout il n’est pas possible de faire démarrer la manifestation car forcément les manifestants vont se faire casser la gueule et qu’il y a des enfants, des personnes âgées, des handicapés. Il est copieusement hué, mais l’ambiance n’y est pas. Gros flottement. Et puis tout à coup un groupe entraîne toute la manifestation en direction de la seule trouée laissée dans la nasse et le moral revient aux cris de « on a le droit de manifester », « la rue est à nous », etc.

Nous somme de plus en plus nombreux (3000 personnes environ) et on est étonné de la présence d’une vingtaine d’italiens des Comités de base d’action syndicale (COBAS) avec des pancartes sur lesquelles est marqué « Votre combat est le notre ». Premier gazage au pont de la Guillotière où les forces de l’ordre cherchent à barrer la presqu’île parce que quand même il faut bien que commerce se passe. Quelques gnons sont échangés avec des identitaires d’extrême droite qui se ridiculisent sans qu’on les forces. Même pas le temps de se battre avec eux tellement ils apparaissent comme des cons.

A remarquer que sur les ponts et sur l’axe Nord-Sud beaucoup d’automobilistes manifestent leur soutien par des coup de klaxon et des gestes de soutien.

La manifestation se divise en deux groupes le long du Rhône et remontent en direction des Terreaux et ceux qui sont rive gauche rejoignent les manifestants de la rive droite par le pont Wilson. Et toute la manifestation emprunte la rue de la République en direction de l’Hôtel de ville où attendent les forces de l’ordre. Nombreux grenadages à hauteur du Starbuck avec début de chasse aux jeunes. Les manifestants se dispersent dans toutes les directions mais sans fuir et se divisent à nouveau en plusieurs groupes, un sur St-Jean, un sur les Cordeliers et un autre le long de la rive gauche de la Saône. Quelques grenades sur St-Jean. Tout le monde se retrouve vers Cordeliers et nouvelle tentative de progresser vers Hôtel de ville. Gazage et dispersion dans les rues traversières. Regroupement sur Edouard Herriot et à hauteur du Mac Do début de barricade avec des poubelles mises en travers. Nouvelles charges, les magasins ont fermé. Nous sommes dans toute les rues. La police aussi qui est plus au contact. Nous retournons sur la place de la république où nous nous regroupons autour de la fanfare. Moment de détente. On parle entre nous, certains dansent.

Puis direction Bellecour à nouveau avec quand même moins de monde et là jusqu’à la nuit, vers 18H des gazages continuels contre quelques jets de pierres ou autres. Personne ne veut quitter la place et c’est un mouvement de va et vient incessant. Finalement, la place est dégagée vers 18H avec forces grenadages qui ont coupé en fait tout le côté Victor Hugo-Perrache de la presqu’île. La nasse se referme, mais toujours comme au début une voie de sortie vers les quais nous est laissée qui permet d’éviter l’affrontement direct ou les arrestations de groupes. Malgré cela prêt de 10 interpellations ont eu lieux et aussi 6 blessés coté police. Le but semble toujours être le même, peu politique, normal vu le gouvernement en place, permettre la réouverture des magasins et vogue le commerce et le chiffre d’affaire.

J.

 



 

Journée du 14 décembre 2018 vécue côté lycéen

Au rendez vous habituel des lycéens de la presqu’île à Ampère-Bourse dès 8H du matin, environ 300 personnes : tension immédiate jet de projectiles divers contre grenades lachrymo en nombre. Atmosphère difficilement respirable d’Hôtel de ville aux Cordeliers. Certains manifestants se réfugient dans des magasins comme le petit Auchan. Un blessé aux côtes par une grenade (de grosses capsules grises au lieu des noires habituelles). Nous reculons par la rue Neuve jusque vers St Nizier. La police nous poursuit. Nous sommes encerclés à la hauteur de la rue des Farges, mais la police laisse un passage pour rejoindre la rue de la République ; la manifestation se disperse alors et une partie passe par le pont Morand avec blocage momentanée du quai Gl Saraï. Deux minutes plus tard, une dizaine de camionnettes des forces de l’ordre traverse aussi le pont et libère ses policiers. Nous ne sommes plus que 150 environ. Certains manifestants descendent sur le bas port pour ne être nassés.

A partir de là la dispersion est plus importante, il ne reste que quelques petits groupes. Les « baqueux » interviennent matraques au vent et coursent tous les lycéens en train de courir, ignorant ceux qui restent de côté. Un groupe est contrôlé, mais parmi ceux qui ont réussi à échappé au contrôle, un lycéen subit une balayette et est arrêté. Il sera libéré le soir.

Un petit groupe franchit alors à nouveau le pont Morand et ce sont les CRS cette fois qui les poursuivent en courant. C’est là qu’un des lycéens, de St Exupéry, apparemment ciblé par la police, est rattrapé et subit une balayette, est projeté au sol avant d’être arrêté. Tout cela se passe entre 9H et 10H. Il doit passer en comparution immédiate demain matin pour caillassage.

Le reste des manifestants se regroupe vers le lycée Edouard Herriot, une grosse centaine de lycéens décide de rejoindre la manifestation de 11H30 à Jean Macé, par petits groupes pour éviter toute nouvelle arrestation.

Au départ, presque personne quand nous arrivons vers 11H. La manifestation va faire ensuite le plein, mais petit à petit. Elle démarre avec trois quart d’heure de retard. Une certaine confusion au départ quand des jeunes (lycéens ou étudiants) empruntent des drapeaux à une CGT apparemment toute contente de son succès. Mais elle déchante rapidement quand elle s’aperçoit que les jeunes enlèvent les drapeaux pour ne garder que les piques. Le service d’ordre de la CGT intervient alors et récupère sans incident apparent les fameuses piques.

La manifestation plan-plan habituelle peut commencer, même si nous nous sommes regroupés plutôt en tête de la manifestation, sans pour cela faire véritablement « cortège de tête ».

Lelio

Ce qui est exaspérant dans ces manifestations syndicales, en plus du contenu des slogans, c’est le fait d’empêcher tout rythme de la manifestation, de casser toute intensité, toute volonté de confrontation, de ralentir alors qu’il faudrait accélérer ; de se complaire dans la mollesse et le contentement de soi. C’est en revanche le point commun des gilets jaunes et des lycéens de vouloir au contraire toujours accélérer y compris sans attendre ceux qui sont en retard (qu’ils se débrouillent, qu’ils mènent des actions ailleurs car il ne s’agit jamais de faire nombre ou masse), alors que les syndicats espèrent toujours que le retard grossira les rangs. Pour GJ et lycéens, c’est en quelque sorte une course de vitesse qui est menée contre les forces de l’ordre, les médias, les habitudes.

J. et L.

 



 

Lyon :

lundi 10 décembre, incidents toute la matinée dans le centre de St Etienne avec les habituels jeux au chat et à la souris avec des manifestants très mobiles. Quelques interpellations.

mardi 11 décembre, rassemblement de lycéens devant le lycée Ampère-Bourse pour un blocus des cours à 8H. Blocage de la porte centrale jusqu’à intervention de la police. La petite centaine de présents se met en position de sit in avant de recevoir l’ordre de dégager par la police. Peu à peu, les lycéens de St-Exupéry et de Diderot descendent de la colline pour rejoindre Ampère qui, depuis deux semaines est devenu le point de départ des manifestations de la presqu’île. Des lycéens d’Ampère-Saxe sont aussi là comme ceux de Colbert. Présence d’un nombre relativement important de lycéens de la JC. On est environ 400 quand la tension monte parce que la police veut dégager la rue qui est bloquée et n’arrête pas de vouloir nous déplacer. Quelques œufs, cailloux et bouteilles commencent à voler ; résultats : gazage plus quelques tirs de flash ball La manifestation reflue où après de nombreux détours et blocages du tramway avenue Berthelot, passage devant Colbert qui semble un lycée mort,  nous arrivons vers 11 H au Rectorat. Face à face avec la police qui nous attend. Tension, mais pas trop. Des manifestants discutent avec des policiers, pendant que certains entonnent « tout le monde déteste la police », enfin domine le « une seule solution, la révolution » scandé de nombreuses fois avant que La Marseillaise ne retentisse !!!

Lelio

Pendant ce temps, au rond point de Feyzin une Pussy riot qui avait troublé la finale de la coupe du monde à Moscou, de passage à Lyon, est venu se rendre compte par elle-même de la nature et de l’ampleur du mouvement. Après des discussions qui se déroulent en anglais (!), elle affirme son soutien au mouvement de résistance

J. (info Le Progrès)

 



 

Tarare/Anse/ Villefranche

Voilà ce que j’ai vu et ressenti samedi:

Tout d’abord j’ai voulu allez sur Tarare pour allez voir à un des ronds points qui est à la sortie du péage gratuit, où celui ci est aménager en petite maison faite en palettes pour rencontrer, parler avec les personnes présentes. Je me suis présenté avec du café à 7h mais personne à mon arrivée en faite le rdv était fixé à 9h . Dans cet endroit les gilets jaunes dorment le samedi matin alors que les jours de semaine ils sont présents vers 6h30. Donc retour à la maison..

Je suis allez sur Villefranche (quartier de Beligny) de 14h00 à 17h30 sur la route à Anse sur un des ronds points , beaucoup d’hommes tout âge présents qui font un léger ralentissement de voitures , on se croirait un peu au “Tour de France” quand les personnes encerclent les cyclistes sauf que là ce sont les voitures. Plusieurs panneaux “ répartition des richesses; Macron démission”
J’arrive sur le quartier de Beligny où les gendarmes mobiles sont bien présents + drone au dessus de nos têtes . Les gendarmes bloquent l’accès à l’Autoroute, paraît t’il depuis ce matin .

La Zone Commerciale de Décathlon et plusieurs grandes enseignes est éteinte , l’ensemble des magasins ont baisser leur rideau. Pas de société de consommation aujourd’hui à 3 semaines de Noël . On est une centaine sur ce rond point (beaucoup de femmes des tranches d’âge très variés, pas beaucoup de jeunes , quelques habitants du quartier sont en bas des bars d’immeubles le long de l’avenue les CRS sont sur le parking. Le blocage des voitures est plus présent il y a plus de ralentissement mais aucune agressivité de la part des gilets jaunes.

Sur les 3 heures où je suis resté , il y a eu une charge des CRS avec gazage nous avons pu nous rapatrier et bloquer l’avenue Edouard avec des barrières de chantier , à ce moment là on était une vingtaine, l’essentiel des autres personnes préférant laisser passé les CRS sur le rond point de blocage . Pas de blessés graves, 2/3 gars ont pris des coups de matraque . Sur ce moment difficile de discuter , beaucoup de petits groupes qui restent ensemble j’y ai retrouvé un pote qui faisait partie du projet de départ de la Ruche .

L’ambiance est tendue liée à la présence des CRS et je ressens un sentiment d’étrangeté que viennent précisément défendre comme -projet de société- les personnes autour de moi .

Autant dans une manif/rassemblement on sait plus ce qui nous lie; là c’est plus compliqué ; mais contrairement aux manifs/rassemblements beaucoup de personnes en voiture klaxonne et soutienne le mouvement . Vers un magasin, une mère de famille me dit avec un sourire que sa fille de 7 ans veut être un gilet jaune..je n’ai pu que lui répondre avec un sourire…

On me dit que les péages sont ouverts notamment par l’Etat qui a négocier cela avec les sociétés qui gère les péages car ces sociétés peuvent ainsi se faire rembourser par l’Etat leur manque à gagner… information à vérifier.
Je n’ai croisé aucun militant (des orgas,collectifs) de Villefranche durant cette après midi..

R.



 

Apport sur le 8 décembre lyonnais

Une vidéo : https://youtu.be/xzGWzhk_Q2k

Et un témoignage :

Arrivé aux alentours de 14h à la Guillotière, la tension était vive entre les forces de l’ordre et les manifestants. Les premiers bloquant l’accès au pont et devant l’impossibilité d’avancer, il fallut rebrousser chemin le long du quai Claude Bernard vers les universités. Puis un groupe commença à traverser le pont de l’université suivi d’autres vagues de GJ. Quelques CRS se trouvait de l’autre côté du pont et nous pensions avoir de nouveau affaire à un barrage mais ces forces de l’ordre ne bloquait pas tout le flux et nous pûmes passer par la droite dans un passage étroit sans heurts ni accrochage. Nous suivîmes la direction de Bellecour et arrivés sur la place, nous fîmes la jonction avec ceux déjà présents dans une ambiance festive. Une fois tous rassemblé, le cortège se mit en marche rue de la République en direction de l’Hôtel de ville. Arrivée sur la place de la comédie, les manifestants en recouvrirent toute la surface. Quelques appels « macron démission ! » retentirent et chacun resta en mode « on occupe la place ». A un moment, les esprits s’échauffèrent. Après un refus du garde de les laisser entrer, des jeunes qui se trouvaient près des grilles de l’Hôtel de ville commencèrent à les secouer violemment. Au bout de quelques minutes, elles cédèrent et la porte s’ouvrit ! Aussitôt, certains rentrèrent en courant. Aucun GJ ne les accompagna dans cette escapade qui se termina aussitôt par une course poursuite en sens inverse avec les gardiens de police. Une fois les protagonistes dehors, les grilles furent refermées.

A partir de là, la réplique fut radicale. Pendant que des GJ s’était agenouillés en scandant : « Mantes la jolies, on n’oublie pas ! », un groupe de CRS arriva par la rue Joseph Serlin et se mit à lancer des bombes lacrymogènes sur toute la place. Le résultat fut que tout le monde détala sur les côtés puis des camions de gendarmerie arrivèrent en force suivis de nouvelles équipes de CRS et en dix minutes, la place était quadrillée et bouclée.

J.M.



 

Paris, 9 décembre 2018

Bonjour,
De retour de Chine, j’ai été aux différents lieus de manifs samedi à Paris. A République, mélanges d’écolos et de gilets jaunes qui oont participé à la même manifestation pour le climat. Beaucoup de ceux qui portaient des gilets jaunes étaient aussi des gens qui ne manifestaient pas pour la première fois (des syndiqués, etc.), il y avait aussi pas mal d’écolos en gilets jaunes. Il y avait énormément de flics qui bloquaient et qui ne permettaient beaucoup de débordements. Assez grosses manifestation quand même.
Je me suis rendu ensuite sur les Champs, Grands-boulevards, etc. Tout était bloqué mais il y a eu pas mal de dégâts du côté de l’Opéra (magasins), pas d’agressions de riches comme on l’entendait parfois. Là aussi les gilets jaunes que j’ai vus ne correspondaient pas à l’image que que l’on donnait d’eux. La plupart des gens avaient déjà participé à des mouvements comme le montrait leur façon de parler, les comparaisons qu’ils faisaient, etc. Les destructions ont été le fait de jeunes de banlieue et de quelques black blocks. Pas vu de gilets jaunes. Pas vu non plus beaucoup de drapeaux français. Très peu même, un peu de Marseillaise quand même.
Mais on est à Paris.
On  a vu comment la stratégie de la peur avait été assez bien organisé. Des tas de bruits sur les 10 à 30 morts qu’il y aurait dans la journée, les riches qui seraient lynchés, etc. Dans les quartiers du sud de Paris c’était la panique, les gens disaient faire leurs courses rapidement pour rester le week-end calfeutré chez eux. Tout cela a été repris par la presse internationale. Des copains chinois et italiens m’ont fortement conseillé de rester chez moi, que c’était le chaos partout.
Au total, je n’ai pas vu plus de destruction que pour n’importe quelle manifestation du printemps dernier. Les lieux ont changé mais le résultats est à peu près le même.

J-L

 



 

Lyon, journée du samedi 8 décembre (compte rendu non exhaustif).

Manifestation pour le climat le matin, très fournie. Des Gilets jaunes puisqu’ils ont été invités, mais pas en très grand nombre car ils mènent conjointement des actions dans la ville. A 12H les forces de l’ordre empêchent le passage sur la presqu’île où doit se tenir la manifestation des Gilets jaunes. Les organisations écologistes et vertes jouent leur rôle en donnant la consigne de se répandre sur le bas port comme pour un pique-nique, d’autant que la manifestation de Bellecour est dite interdite, mais progressivement une part non négligeable des 7-8 mille manifestants pour le climat vont emprunter les autres ponts que celui de la Guillotière qui est bloqué. A 14H, la foule grossit ; il arrive aussi des Gilets jaunes de tous les côtés. La manifestation part rue de la République au milieu des touristes de la fête des lumières.

La foule grossit, peut-être 5000 personnes et se dirige vers l’hôtel de ville par la rue de la République. Elle bifurque et en passant par les Terreaux rejoint les quais de Saône puis les Gilets jaunes poussent à un passage sur l’autre rive du Rhône. Pour certains l’objectif est la préfecture.

Mauvais choix tactique parce que nous nous trouvons en plein après-midi à découvert dans un no-man’s land où il n’y a quasiment personne à part nous. On ne peut passer et ce sont les premiers gazages. Nous repassons sur la presqu’île, Bellecour puis à nouveau l’Hôtel de ville ? Cette fois la tension monte et très rapidement les portes en fer de la mairie cèdent sous les coups et s’ouvrent. La police riposte et referme les portes. Une cinquantaine de Gilets jaunes se mettent alors en position « lycéens de Mantes la jolie », mais riposte immédiate et disproportionnée ils sont gazés.

 Nous reculons et retournons direction Bellecour où un jeu du chat et de la souris commence entre la police et nous. Des unités mobiles sont en place et les gendarmes mobiles se positionnent en haut de la place Louis Pradel. Nous refluons sur Bellecour sous les gaz. Touristes et personnes âgées dégustent et on les aiguille dans les petites rues, mais nous sommes moins nombreux et on remonte sur Bellecour qu’on occupe à nouveau. Nouveaux gazages. Des gilets jaunes jouent avec des installations de la fête des lumières et tout à coup la décision est prise, on ne sait par qui, mais appliquée par la police, d’éteindre toute les lumières de la place et de l’interdire au public.

Chose essayée mais impossible à tenir, nous la réinvestissons ainsi que le coin du métro à côté du Mac Do. De plus en plus de lascars nous ont rejoints. Ils ne pillent rien, mais provoquent un peu comme par jeu. La police riposte maladroitement en repoussant à l’aide de bouclier deux femmes qui manifestaient. La tension monte, les premiers jets de bouteilles ou autres commence et la police lance grenade sur grenade pour dégager l’espace, nous nous replions à grand peine le long de la rue de la République en direction de la place des Jacobins. Toutes les barrières de triage de la fête des lumières sont descendues ou installées en obstacle pour empêcher l’avancée de la police. Mais soudain, il est 18H30 elles attaquent par les unités mobiles. Quelques arrestations. De fait nous nous disloquons.

Mais ce n’est pas un échec, il y a eu un grand nombre de personnes de la manifestation pour le climat qui ont rejoint la manifestation Gilets jaunes, ainsi que pas mal de gens qui jusque-là restaient méfiants par rapport au mouvement. Beaucoup de discussions, mais toujours aussi peu d’organisation. De mémoire de lyonnais, c’est la première fois que la fête des lumières a été troublée de cette façon. Même en décembre 68 quand nous avions décidé de troubler le caractère religieux de la fête et avons cru, dans le sillage de Mai, que la chose serait facile, nous avions lamentablement échoué devant la masse de forces de police déployée et la stupeur des promeneurs de la fête qui nous prenaient pour des zombis alors que là ce n’était pas du tout le cas. Tout le monde était au courant même si tous n’était pas d’accord.
J.

 



 

Lyon, vendredi 7 décembre

Premier rassemblement pour les lycées du centre au lycée Ampère. Une centaine d’élèves des trois lycées de la Croix-Rousse qui avaient décidé de se concentrer tôt le matin sur le lycée Amère, plus facilement blocable, se fait gazer dès 7H20. Heurts physiques entre deux lycéens et deux policiers. Pas d’arrestation, mais premier gazage. Des pentes de la Croix-Rousse les élèves de Diderot haut et Diderot bas ainsi que ceux de ST-Exupéry nous rejoignent. Des élèves des différents lycées villeurbannais et de Décines arrivent vers 9H avec d’autres de St-Just et défilent à environ 2000-2500 sous l’arche du lycée. A 9H30 tout le monde arrive vers Jean Macé, environ 3 à 4000 élèves avec le renfort des élèves du 8ème arrondissement et de la banlieue Est. On se fait à nouveau gazer, avant de se diriger vers Saxe-Gambetta où se produit le plus gros gazage. Dispersion et direction place Guichard, but initial de la manifestation. Il y a eu un peu de perte d’élèves car la manifestation s’est effritée mais nous restons nombreux (2000 ?) sur la place où les CRS barre le passage et finalement tout cela se traduit par un nouveau gazage et l’installation d’une nasse qui laisse toutefois une voie de sortie et un passage pour entrer dans la Bourse du travail où est prévue une AG sous haute surveillance syndicale des adultes qui ont « offert » la salle. Quelques chiens policiers sont aussi sortis des camions, on ne sait trop pour quel usage. Mais il n’y a pas de tabassage, visiblement les flics n’ayant pas reçu les mêmes ordres qu’en banlieue.

L’AG est pleine à craquer, mais alors que ce sont les élèves des lycées périphériques qui sont les plus actifs dans la lutte depuis 8 jours, ce sont ceux qui sont le moins tentés d’entrer dans la Bourse et de participer à l’AG. Cela a une conséquence directe sur la tenue de l’AG où les lycéens deslycées de centre-ville sont les moins enclins à vouloir rejoindre les Gilets jaunes demain faisant valoir leurs valeurs et en avant d’entonner cette bêtise italienne du Siamo tutti antifascisti qui tombe chaque fois comme un cheveu sur la soupe.

L’intervention la plus intéressante est celle d’une jeune fille (voilée) qui tient à peu près ce langage : peu importe la présence chez les Gilets jaunes, de fascistes, racistes, homophobes, croyants de différentes religions, ce qui nous réunit est plus fort que ce qui nous sépare à partir du moment où nous faisons confiance au mouvement, à sa capacité à nous transformer. Chapeau !

Des propositions de blocage général pour la semaine prochaine et surtout à partir de mardi où une grève des enseignants semble se profiler, sont avancés, mais sans qu’une coordination se mettent véritablement en place. En gros, le mouvement lycéen reste dans la même phase que celui des gilets jaunes. La spontanéité avant tout.

A noter que quelques enseignants, surtout de la banlieue, ont accompagné leurs élèves jusqu’au rassemblement de centre-ville. Par contre, dans certains lycées du centre, des enseignants ont plutôt joué le rôle de chien de garde de l’établissement, comme à Ampère, en campant devant les entrées.

Lelio et J.

 



 

A Lyon,

-Jeudi 6 décembre

Blocages de lycées. 33 interpellations surtout regroupés après les affrontements dans le 8ème arrondissements autour de plusieurs lycées généraux, techniques et professionnels. Tous les lycéens interpellés sont inscrits en lycée. Comme chez les Gilets jaunes, le « casseur«  n’est pas un Ovni.

J.

 



 

De Belgique

Bonjour,

C’est un exercice difficile que tu me demandes. Je suis tellement débordé que je n’ai pas encore réussi à lire votre analyse mieux qu’en diagonale. Je crois en partager l’essentiel, je reviens vers toi si j’ai des remarques critiques.

Dimanche passé, 75 000 personnes prenaient la rue pour défendre le climat dans une grande marche citoyenne consensuelle, soutenue par les autorités. Autorités qui se sont empressées de… se montrer timorées à la COP24, ce qui a le don d’en énerver certains2. Mais est-ce que ce sera au point de sauter ce qui semble être un profond fossé sociologique et faire le lien avec les gilets jaunes ?

Vendredi passé, ambiance bien différente, les gilets jaunes appelaient à venir manifester à Bruxelles. C’était un moment assez fort3, d’autant plus qu’on est plutôt habitués aux défilés bien policés par ici. Il y avait relativement peu de personnes, quelques centaines seulement, mais bien plus déterminés que les gens qu’on croise habituellement aux diverses manifestations. Ça a aussi pété à Charleroi, mais je n’ai pas d’info particulière sur le sujet.

Il est difficile d’y voir clair, car les mouvements semblent très spontanés et hésitent entre rejet total de la politique et rencontre avec le Premier Ministre4, listes de revendications (de gauche d’ailleurs)5, ou encore volonté d’aller aux élections fédérales à venir6.

Au niveau des forces politiques organisées, le parti NATION, un groupe de fachos qui balance entre les élections et l’agitation de rue, est très présent dans les rassemblements, mais pas de façon ouverte : ils viennent avec des drapeaux belges et wallons, lancent des slogans, se mettent au premier rang mais ne semblent pas assumer leur appartenance partisane. À voir s’ils seront encore acceptés ce samedi ou s’il sera possible de les dégager.

Les gauchistes étaient eux totalement absents vendredi passé. Bien qu’entre eux, ils se disent qu’ils devraient soutenir, ils ont trop peur de se mouiller, trop peur de sortir de leur zone de confort, trop peur de la récupération d’extrême droite, trop peur des « gueux ». Mais ça bouge ! Le « front social », un regroupement d’associations et syndicats se réunissaient mercredi soir7 et des trotskistes appelaient à une discussion jeudi8. Un premier appel à manifester est sorti sur facebook9 avec des revendications de gauche, et le « front social » appelle à rejoindre les gilets jaunes ce samedi10. Fait exceptionnel, ils demandent « à chacun-e de respecter la volonté d’indépendance des Gilets Jaunes, de venir sans couleur politique et sans intention avant-gardiste. ».

Par ailleurs, il y a quelques initiatives antiautoritaires pour s’impliquer concrètement dans les mouvements, faire des blocages, des actions, aller aux rassemblements et y apporter des éléments de critique anticapitaliste, antiautoritaire, antinationaliste, antisexiste, contre le travail, ou sur les limites de la « non-violence » et des revendications, etc. On verra bien si ça réagit positivement ou non.
à mes yeux, tout ça reflète des évolutions importantes, notamment sur la perte d’emprise des syndicats, pourtant encore très forts en Belgique. Mais il va falloir plus de temps pour analyser ça sérieusement.

Amicalement,
Lukas

 



 

Mardi 4 décembre dans les lycées de Lyon et région.

Dix lycées concernés par les actions. Nombreux heurts avec la police : 19 interpellations et trois blessés chez les policiers, un à Bron devant J-P. Sartre, un dans le 8ème arrdt vers La Martinière-Montplaisir. Des postes de police municipaux attaqués par des lycéens de Faÿs et de Brossolette et blocage momentané du cours Tolstoï.

Caillassage contre la police devant Condorcet (St-Priest) et véhicules incendiés à Vénissieux (Marcel Sembat et J. Brel).

Des incidents à la Croix-Rousse à hauteur de la place Rouville et du lycée Diderot ou une voiture C3 est déplacée en travers de la chaussée pour bloquer les bus. Incidents aussi à Colbert et Lumière (8ème arrdt) avec des feux de poubelle et situation plus tendue à Lacassagne (toujours dans le 8ème) ou une dizaine de policiers ont essayé d’endiguer l’avancée/charge d’une centaine d’élèves. Des tensions aussi à Branly dans le 5ème arrdt.

Instagram et snapchat relaient les échanges des élèves en dehors des organisations, mais les positions sont très variables :

-quant au rapport aux Gilets jaunes

-au respect de la légalité et à la violence

L’UNEF de son côté freine des quatre fers et au moins sur Lyon n’appelle pas à rejoindre le mouvement des Gilets jaunes ni d’ailleurs celui des lycéens car le syndicat est polarisé sur la défense des étudiants étrangers assujettis à une augmentation des droits d’inscription (une campagne nationale initiée avant les événements actuels).

J.

 



 

Lyon, mardi 4 décembre

Après la relation du mouvement lycéen en centre ville de Lyon, quelques nouvelles du 8éme arrondissement et de la banlieue.

Plusieurs rassemblements dans ces établissements qui se sont organisés indépendamment des organisations lycéennes qui ont joué un rôle dans la mobilisation des lycées de centre-ville. Là, la mobilisation semble être passée par snapchat au nom d’une « revanche lycéenne ».

Si le plus gros des rassemblements a eu lieu à jean-Paul Sartre (600 élèves), c’est là aussi que l’administration a réagi le plus vite en fermant tout bonnement l’établissement sous prétexte qu’une camionnette garée devant l’établissement devenait la cible des manifestants (stratégie de « lock out » utilisée massivement à Montpellier et depuis fort longtemps pour couper l’herbe sous le pied aux agitateurs lycéens dès le début du mouvement et empêcher blocages et occupations).

La police est intervenue pour délogés les bloqueurs à Doisneau (Vaulx-en Velin) et Jean-Paul Sartre (Bron), ainsi qu’à La Martinière-Montplaisir, Charlie Chaplin (Décines) et Albert Camus, tous établissements de l’est lyonnais.

Dans tous ces établissements, c’est l’intervention de la police qui a entraîné les caillassages, feux de poubelle. A Bron, les vitres du tram ont été brisées et le trafic momentanément interrompu. 4 blessés légers.  A Sembat échange projectiles-gaz lacrymo et une centaine de jeunes ont bloqué l’avenue. C’est à la Martinière que les incidents ont été les plus importants entre 300 jeunes et la police après que les deux entrées de l’établissement ont été bloquées par barrières et poubelles. Une lycéenne a été blessée au visage et conduite à l’hôpital.

Visiblement le mouvement hésite entre une organisation autonome par les réseaux sociaux (plus en provenance des lycées de banlieue) qui sont pour le reconduction d’une action quotidienne et les organisations qui prévoient des temps forts sur le modèle des syndicats de salariés (FIDEL jeudi, UNL vendredi).

Jacques

 



 

De Lyon, lundi 3 décembre

Mouvement de blocage ce matin dans plusieurs lycées : l’objectif : A 10H rassemblement au rectorat et chaque lycée doit bloquer ou faire passer l’info dès 8H. Les plus mobilisés : lycée Lumière (300) et lycées professionnels du coin (200) (8eme arrdt et Vénissieux) et environ 60 de St-Ex (40)-Ampère (20)-St-Just (20) plus une trentaine de militants étudiants ou autres plus âgés qui étaient restés après que leur premier groupe (100 environ + des lycéens en avance) réuni au Rectorat dès 9H se soit fait chassé après de légers affrontements avec la police. Total vers 10H30 : 700-800 au rectorat. Slogans contre la Réforme et parcours-sup (« Plus de places à la fac pour ne pas finir à la BAC », « Lycées sans options, lycées sans passion »).

Peu dynamique.

« >Puis blocage du tram de Lyon 2 à Guillotière-G. Péri. Pas d’intervention de la police. Beaucoup de bruit puis blocage du carrefour de la place du pont puis avancée par le quai jusqu’au pont Wilson, traversée et blocage de l’axe nord-sud sur 200 m pendant un quart d’heure. Beaucoup d’automobilistes sortaient les gilets jaunes des voitures et klaxon plutôt favorables, encouragement par la parole de la part de personnes âgées. Passage bruyant sous le passage Ampère, on fait le siège se mettent sur les voitures, tapent sur les portes d’entrée d’Ampère. Les militants anars ou autonomes cherchent à encadrer le mouvement en évitant des incidents qui auraient pu faire intervenir la police qui a pris l’habitude d’intervenir depuis la manif pour Théo a Ampère. A 11H des lycéens qui jusque-là étaient en cours (pas de blocage à 8H) rejoignent la manifestation alerté par le bruit d’enfer qui raisonne particulière sous l’arche. Puis direction Terreaux pour attendre les retardataires (les lycéens n’ont pas de rythme et ceux de l’avant décroche ceux de derrière. Puis direction St Ex pour rameuter les élèves comme il avait été fait à Ampère par montée de la grande côte car la police a manœuvré pour imposer cette large voie piétonne alors que nous avions prévu de monter par la ligne du 13 et du 18. A la deuxième rue perpendiculaire à la montée , deux cars de CRS se mettent en position. La manif s’arrête, hésite puis repart. Une vingtaine de CRS sortent alors des cars et sans sommation chargent les manifestants qui reculent ou fuient. Arrestation violente de deux manifestants qui étaient simplement restés sur le côté au lieu de se retirer franchement. Retour vers Hôtel de ville de ceux qui ne se sont pas dispersés complètement (environ 200 personnes, vers 12H). Discussion avec les CRS pour remonter sur St-Ex et par quel trajet autorisé. Quelques accrochages entre « radicaux » (antifa) plus âgés qui veulent s’approprier la parole du mouvement (ou au minimum jouer les frères ainés) et les lycéens dont une large majorité d’élèves de classe de seconde. Pendant la réflexion collective qui suit sur la suite à donner, la police manoeuvre insidieusement de façon à encercler le rassemblement. Devant cela dispersion car au bout d’un quart d’heure de parcage, une seule solution la dispersion puisque la police impose de fait des départs individuels ou par touts petits groupes.

Mais le mouvement n’est pas terminé, une AG était prévue à Lyon 2 dans la journée.

Lelio, classe de seconde au lycée St Exupéry de Lyon Croix-Rousse

 



 

Le 3 décembre 2018

Salut,

Nous avons participé avec un groupe de cheminots aux manifestations sur Paris le 24/11 et le 01/12 et il faut bien avouer si il y a des du drapeau tricolore les significations sont variées . Des groupuscules fascistes étaient présent sur les champs ou rue de rivoli ou nous avons assister à ce qui ressemble fort à une émeute/insurrection aux mots d’ordres divers : macron démission, paris soulève toi, du pognon il y en dans les caisses du patronat. En discutant sur des barrages filtrants sauvages à bastille ce qui m’a le plus frappé est de voir des groupes hétérogènes n’ayant jamais manifesté mais qui effectuent leurs premiers baptême du feu et sont parfaitement conscient de la suite à donner au mouvement : blocage de l’économie pour peser dans le rapport de force .

En 3 semaines ils invalident les positions réformistes de toutes les OS sur le dialogue sociale et le : « tout sauf la chaise vide ». Ils sont déterminés et leurs désir de s’autorganiser en dehors de toute forme de structure de prise de décision verticale afin de « négocier » en direct avec l’exécutif est d’une fraicheur revigorante. L’aile la plus modéré ; il faut regarder en replay sur bfm tv l’émission du 02/12/2018 intitulé : en même temps ou « les trois représentants » détonne par leurs lucidité certes ils ne parlent pas de l’abolition du capitalisme mais leurs déterminations ne faiblit pas.

Pour une minorité fascisante le drapeau tricolore est le symbole identitaire, racialiste mais pour un plus grand nombre nullement politisé cela renvoi à l’imaginaire de la révolution française. Il se passe quelque chose c’est évident et c’est la première fois ou je vois cette armée de l’ombre des travailleurs pauvres toutes origines confondues réunis autour d’un désir commun d’en découdre pour vivre dignement de son salaire

David

 



 

Le 2 décembre 2018

Quelques remarques sur samedi 1er décembre à Lyon

– le rassemblement du matin place Bellecour : une centaine de personnes à 10H tourne en AG où les gilets jaunes « élisent » quelques représentants qui se présentent tour à tour, chômeurs, femmes au RSA, retraités à 800 euros par mois, c’est la tendance. Mais quand on écoute ce qui se dit dans les petits groupes, on voit que la question de la représentation n’est pas réglée et qu’elle se discute entre personnes qui semblent plus au fait des choses, mais qui, pour des raisons X ne se présentent pas là où ça pourrait compter c’est-à-dire au niveau national des porte-paroles.

-à la manif à Lyon (je parle de celle qui a rejoint le rassemblement étudiant pour marcher sur la préfecture entre 13 et 16H et non de celle de la presqu’île qui allait d’Hôtel de ville à Bellecour et qui a fini par qq escarmouches. Aucun drapeau tricolore à part un enroulé autour d’un manifestant donc discret et en plus j’ai discuté avec lui pas patriote du tout, mais c’est vrai qu’il y a un aspect « peuple français » marqué, par exemple sur une banderole du rassemblement quotidien à la raffinerie de Feyzin. Par contre, à Paris, il y a beaucoup de drapeaux tricolores.

Pas beaucoup de monde au grand maximum 1000 personnes se sont réunies dont un tiers d’étudiants, mais les gilets jaunes sont très éclatés et il y en a toujours à plusieurs endroits en même temps ou alors en temps décalé.

Les manifestants se sont mélangés et ont discuté, mais bon. Les étudiants d’un collectif récent : « université jaune »avaient sortis un tract un peu minimaliste, sans genrisation d’orthographe, c’est à signaler, à peu près du niveau gilets jaunes, c-à-d basique et très anti Macron, très anti. A certains moments des « radicaux » pavloviens gueulaient en italien « nous sommes tous des antifascistes », mais c’est resté un peu isolé comme les référence aussi aux travailleurs immigrés. A noter aussi pas de drapeau rouge, un ou deux drapeau noirs mais pas tout le temps. Bref, c’est passé, mais le nombre de gilets jaunes est allé en décroissant au fur et à mesure. D’après ce que j’ai vu et entendu, mais c’est forcément partiel une première anicroche a eu lieu quand les étudiants qui avaient pris la tête de la manifestation ont pris la direction du Rectorat, dans la mesure où ils avaient quelques revendications propres et non celle de la préfecture. Certains gilets jaunes et d’après moi les plus combatifs se sont sentis trahis et se sont séparés de la manifestation pour rejoindre Bellecour. Pour ceux qui restaient il s’est agit de savoir qui prendrait la tête de la manifestation commune ou plus exactement il semble que c’était une exigence des étudiants les plus politisés. Finalement les gilets jaunes et un représentant de la coordination récente « Université jaune », à l’origine du tract ont « imposé » un mélange général qui s’est effectué même si les gilets jaunes traînaient un peu la savate et se plaignaient du train trop soutenu des étudiants (les gilets jaunes sont relativement âgés, ont peu l’habitude de rythmer une marche pour lui donner tonus et combativité et ils attendent toujours des renforts que leur promettent les réseaux sociaux car leurs actions sont éparpillées et là ils espéraient être rejoints par ceux du rassemblement de Feyzin qui sont en fait directement allés sur Bellecour ou d’autres les attendaient et non sur la préfecture !)

– le mot « fédérer » au sens le plus simple revient souvent chez les manifestants. Cela change du « convergence » que la CGT vient encore d’avancer. Je ne pense pas que ce soit parce que comme le dit JG les manifestants remettent toutes les formes précédentes en question, mais peut être parce qu’ils ont du mal à concevoir leur mouvement comme une lutte à côté d’autres luttes. Pour eux finalement leur lutte (celle du « peuple ») engloberait toutes les autres et il suffirait donc de fédérer les initiatives. Mais c’est un peu abstrait comme on a pu le voir hier avec les étudiants.

– à regarder les images à la télévision il est évident que les ordres de la police, une fois décidé l’interdiction des Champs et tous les moyens ont été bons pour le faire, était de simplement refouler les manifestants y compris en allant au contact et en gazant … mais après ils ont complètement laissé le champ libre aux manifestants et à la casse. Sur toutes les images je n’ai pas vu un flic courir et ils n’ont pas employé de moyens motorisés pour se déplacer. Stratégie ou simple tactique de containment ou incompétence/débordé devant des manifestants qui ne respectent pas de parcours précis.

En tout cas, si c’est voulu c’est prendre un risque car un gouvernement ne peut se permettre ces débordements que si il est fort (même Joffrin le rappelle dans Libération de samedi, donc avant même les derniers affrontements, la révolution c’est qand le peuple ne veut plus et que le pouvoir ne peut plus), or celui-ci n’est fort que de l’acceptation démocratique (élections) et syndicale (eux qui acceptent toujours les parcours et d’être parqués par la police). C’est une des raisons de l’échec de la lutte contre la loi travail. Imaginons non pas une « convergence des luttes », mais une conjonction du temps à ce moment là !

– les destructions parisiennes laissent place à toutes les interprétations, mais un phénomène comme la prise de la préfecture du Puy en partie brulée raisonne un peu comme une prise de château ! Dernière nouvelle d’un contact de la région de Bourg. Il y a eu des affrontements qui font la première page du Progrès de l’Ain. Des tracteurs étaient présents. Des blessés et interpellations.

Pour en savoir plus :

https://www.leprogres.fr/ain-01/2018/12/02/gilets-jaunes-revivez-les-affrontements-de-bourg-en-bresse et https://www.leprogres.fr/ain-01/2018/12/01/gilets-jaunes-800-manifestants-a-bourg-dans-un-face-a-face-tendu

Voilà pour le moment

JW

  1. Bonjour,

    Nous sommes deux participants aux actions depuis le 17 novembre (que ce soit aux diverses manifestations des samedis ou au rond point de Feyzin et à la réunion de Givors).

    Nous ferions deux remarques :

    – La première par rapport à ce que vous avez fait circuler. Nous éprouvons en effet un certain étonnement par rapport à la consigne que vous semblez donner, selon laquelle il faudrait dorénavant éviter de se retrouver sur la place Bellecour qui serait soi-disant notre propre Champs Elysées alors que la situation géographique et stratégique des deux lieux n’a aucun rapport et que Bellecour a toujours été un centre de regroupement naturel de manifestants, à l’inverse des Champs. D’autre part la tactique des forces de police étant très différente en province qu’à Paris, les encerclements que nous avons pu y subir n’ont jamais été complets et nous avons su, à chaque fois rompre cet encerclement. Nous n’avons jamais non plus été empêchés d’y arriver. On peut même dire que c’est sur cette place Bellecour que nous avons pu nous regonfler le moral quand nous avons imposé le droit de manifester (contre l’avis de certains portes voix autoproclamés) sans autorisation préalable et déclaration de trajet et rompu l’enfermement par notre seule volonté et sans véritable violence.

    – Par ailleurs, le mouvement ne nous semble pas avoir atteint le niveau de clarté et d’organisation permettant de donner des consignes quand on s’aperçoit qu’il n’y a aucun contrôle des initiatives comme on a pu s’en rendre compte le samedi 29. Nous avons ainsi été étonnés de la dernière action sur et contre la banque Rotschild ce dernier samedi 29 décembre de la part d’un petit groupe Facebook (article 35) qui n’a pas motivé son action et nous avons d’ailleurs refusé d’y participer pour ce motif alors que nous avions participé aux actions de la matinée appelé par eux aux alentours de la Part-Dieu et de FR3. Or, la vidéo disponible qui relate cette action montre une profonde ambiguïté de la personne qui se présente ou est présentée comme une forme de représentant du groupe (c’est en tout cas celle qui parle le plus comme cela avait déjà été le cas avec les journalistes de FR3) et qui, à aucun moment ne va expliquer l’action. Par exemple, à la question de celui qui film « Pourquoi une agence Rotschild ? », la personne ne répond pas « parce que c’est la banque dans laquelle travaillait Macron », ce qui était quand même une réponse attendue, mais se perd, sur le fil du rasoir de l’antisémitisme dans des « Rotschild, si les gens ne savent pas ce que ça représente, ce qu’est la famille Rotschild dans l’histoire, ils n’ont qu’à aller voir sur Wikipédia ». Pourtant les plus gros scandales financiers touchant les banques en France ces dernières années ont concerné la Société Générale et le Crédit Lyonnais et non pas la banque Rotschild dont la puissance de frappe en France est bien inférieure à celle de la BNP l’une des plus puissante banque d’Europe.

    Que pensez de ce genre d’action et que vont en penser les médias tant vilipendés le matin, mais à qui on donne le bâton pour se faire battre en étant incapable de justifier ensuite son action devant les caméras ? Vous ne la justifiez d’ailleurs pas plus dans le texte de référence que vous faîtes circuler dans lequel vous insistez lourdement (deux fois) sur la seule banque Rotschild comme si elle représentait à elle seule toute la finance et particulièrement son aspect malfaisant.

    La spontanéité des initiatives a certes constitué jusqu’à maintenant la force du mouvement, mais le mouvement peut-il se passer de principes sur lesquels on ne transige pas ? []

  2. https://www.lesoir.be/193827/article/2018-12-04/bouli-lanners-tres-enerve-contre-la-ministre-de-lenvironnement-faudra-pas-vous []
  3. https://www.rtl.be/info/regions/bruxelles/direct-gilets-jaunes-a-bruxelles-nous-sommes-a-arts-loi–1081254.aspx []
  4. https://www.sudinfo.be/id89194/article/2018-12-04/la-rencontre-entre-des-gilets-jaunes-et-charles-michel-seme-la-zizanie-au-sein []
  5. https://www.lesoir.be/193749/article/2018-12-04/les-gilets-jaunes-de-liege-reclament-linstauration-du-referendum-dans-la []
  6. https://www.lavenir.net/cnt/dmf20181118_01258357/les-gilets-jaunes-creent-un-mouvement-politique-en-vue-des-prochaines-elections []
  7. https://bxl.demosphere.net/rv/13852 []
  8. https://bxl.demosphere.net/rv/13874 []
  9. https://www.facebook.com/events/549535642124423/ []
  10. https://www.facebook.com/events/271932513524299/ []

2 Commentaires for “Journal de bord autour du mouvement des Gilets jaunes”

dit:

Les gilets jaunes sont, pour moi, la pointe avancée d’une France qui se désintègre ou se désagrège. Ou plutôt que l’on détruit. Ils parlent à un pouvoir qui n’en veut plus alors que eux, y croient encore. Ils croient encore qu’ils peuvent convaincre, attendrir le pouvoir. mais celui-ci n’aurait rien lâché s’il n’avait pas eu peur de perdre des choses auxquelles il tient (à commencer par son poste) .
Après tout, c’est dans les périodes de décomposition, de destruction que l’on peut reconstruire. Le grand challenge pour le peuple, ce serait d’être l’acteur de cette reconstruction. (bien sûr, je suis à fond pour le RIC. entre autres)
Maintenant que la juste rage est un peu retombée, et qu’elle n’a pas été remplacée par la juste haine, il me semble qu’il faudrait s’entendre politiquement pour exister et avancer..

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