Retour sur les événements de janvier 2015 à Paris

Échanges à partir du texte de M.Vincent retour sur « janvier 2015 » présent sur son site L’herbe entre les pavés.
Ce texte qui prolonge notre supplément L’être humain est la véritable communauté des hommes. Quelques dits sur l’événement de janvier 2015 à Paris, représente une appréhension de l’événement à partir d’un autre point de vue mais qui n’en est pas moins intéressant. Intéressant en lui-même d’abord puisqu’elle rompt avec le discours ambiant de l’extrême gauche par rapport à la religion en général et à l’islamisme radical en particulier, même si nous pouvons juger cette analyse sommaire (JG) ou inadéquate parce que rationaliste (BP)  ; intéressante ensuite parce qu’elle nous amène à nous questionner sur les différentes formes d’imaginaire social (BP- Georges, JG) et la tension individu/communauté (JW).


Le 6 juin 2015

Objet : Re: Retour sur « Janvier 2015 » – L’herbe entre les pavés SUITE

Bonjour,

Cette mise en perspective critique sur les attentats islamistes de janvier dernier et sur les commentaires gauchistes qui les ont suivis ne manque pas d’intérêt. Malgré un ou deux tics situationnistes, notamment celui, très daté* de la dernière phrase («  Enfin, pour le dire crûment, l’humanité franchira un pas décisif vers ce qu’on peut attendre d’elle de meilleur, de plus libre, de plus fraternel, le jour où le dernier curé sera pendu avec les tripes du dernier imam, et les boyaux du dernier rabbin !  ») l’ensemble présente une analyse perspicace du credo islamo-gauchiste et islamo-anarchiste et de ses poncifs. Poncifs du type « l’islam religion des pauvres » ou mieux encore les Charlie ont gravement offensé la religion et la culture des musulmans et donc ajouté une « discrimination » aux déjà trop nombreuses « islamophobies » dont ils sont les victimes en tant que « dominés »,  en tant que réprimés par « l’ État colonial français », en tant « qu’indigènes », etc. Nous commençons à connaître cette sinistre criaillerie.

Mais c’est la substantielle critique de l’article d’Alain Brossat « Les aventures de la liberté d’expression » publié sur le site « Le silence qui parle » qui montre avec précision toute la collusion de cet ancien trotskiste avec les groupes et les courants « racialistes », « indigénistes », et « anti-blancs » ; une collusion qui finalement en vient à dire avec le contre-coup actuel aux manifestations universalistes d’après le 7 janvier : « il l’ont bien cherché » … et somme toute « la punition est bien méritée ». Toutefois, à ce sujet, Max Vincent reste trop sommaire sur la critique des arguties avancées par les islamo-gauchistes pour affirmer que les rapports de domination, aujourd’hui racialisés, ne sont que des rapports de classe en devenir ! et que demain dans « l’insurrection qui vient » ou dans « la communisation immédiate », un dépassement va être produit (ah! le « dépassement produit » ce zombie théorique concocté par Roland Simon il y a une douzaine d’années!) et qu’alors races et classes et sexes seront abolis… Je vais rédiger quelques développements à ce propos dans mon texte sur Hegel et le capital, notamment sur la critique du « dépassement produit ». J’ai lu récemment sur un site dit « décolonialité » que les printemps arabes avaient « produit le dépassement » des rapports sociaux dominés par l’État et la religion, mais que… l’Occident avait instrumentalisé ces « mouvements émancipateurs » en installant à son profit des régimes potiches…

A suivre
Jacques Guigou (JG)

* « très daté » car il répète machinalement les formules chocs des avant-gardismes de la première moitié du siècle dernier, d’où une forme privée de son contenu historique.


Le 07 juin 2015

Bonjour à tous,

Quelques remarques à chaud. Ce qui me dérange dans ce type d’analyse – celle de Vincent aussi bien que celle de Quadruppani –, c’est qu’elle suppose un nette division idéologique entre les religions d’une part (pays ou communautés religieuses, en premier lieu islamiques), et « notre » culture, concept qui demeure largement indéfini.
Ne pas considérer le mythe rationaliste issu des Lumières et des révolutions industrielles comme un courant religieux plus puissant que n’importe quelle religion monothéiste conduit à une position dogmatique qui reprend la vieille dichotomie orient-occident de l’école saint-simonienne : chez eux la religion, chez nous la raison.

Je crois pour ma part :
– que notre mythe progressiste a envahi toutes les cultures, y compris celles les pays musulmans ;
– que toute culture (« imaginaire collectif ») est cependant,  à l’heure actuelle, un mélange (à des degrés divers) de mythes rationalistes et de mythes religieux au sens traditionnel ;
– que « nos » croyances progressistes ne sont pas moins « fondamentalistes » que « leur » foi religieuse. (« Rien ne discrédite aujourd’hui plus promptement un homme que d’être soupçonné de critiquer les machines », écrivait Günther Anders dans les années 50, son expression étant encore largement euphémistique) ;
– que la pauvreté de l’imaginaire rationaliste dominant à l’échelle mondiale explique en grande partie le succès grandissant de l’idéologie patriarcale/monothéiste dans les pays du Moyen Orient et sur le continent africain, et alimente aussi le communautarisme dans nos pays.

Il serait erroné de penser que tout cela se réduit à des idéologies pures – comme le font aussi bien les citoyennistes démocratistes que les islamogauchistes, les racistes lepénistes, etc. Vincent essentialise le terme « religion », alors que des conflits (et aussi des harmonies) existent dans chaque camp entre le mythe rationaliste-connexionniste et le sentiment religieux, à l’instar de celui qui fonde notre laïcité chrétienne (avec ses variantes « anticléricales » ou même « athées »). Les différences proviennent de la gradualité, c’est-à-dire de la puissance relative des divers courants mythiques, de leurs niveaux d’antagonisme ou d’harmonisation, ainsi que de la force plus ou moins grande du représentationalisme politique dans ces diverses sociétés. Quoi qu’il en soit, Daech ne ramènera pas le Moyen Orient à l’âge du bronze, âge d’or du patriarcat, ni au pastoralisme comme activité dominante. Et les sociétés occidentales empreintes d’un rationalisme aveugle et quantificateur n’élimineront pas la foi irraisonnée en des puissances occultes, mais tentent simplement de la canaliser vers l’adoration toujours plus intense du « miracle technique ».

L’unanimisme du 11 janvier illustre, entre autre chose, la puissance du mythe rationaliste/connexionniste dans nos sociétés christiano-laïques, et la répulsion générale qu’inspire le régime militaro-patriarcal archaïque que le capital a (presque) complètement dissous en occident, mais qui demeure malgré tout une référence, principalement dans les pays arabes. Rien n’exclut, cependant, la possible résurgence massive de mythes et de modèles sociaux archaïques au sein des sociétés de la raison quantificatrice, alors qu’elle échoue à juguler les dangers les plus élémentaires créés par cette dernière. Les dithyrambes antireligieux primaires de rationalistes comme Max Vincent, des adeptes du mythe progressiste ou des différents courants néo-marxistes, ne changeront rien à l’affaire. L’exemple nazi prouve que le rationalisme, surtout à son stade scientiste, n’immunise contre aucune forme de fanatisme destructeur.

Bernard


Le 13 juin 2015

Bonjour,

Une pièce et quelques r