Contre toute politique identitaire

Ici contre une pseudo identité juive révolutionnaire

Cet échange de lettres est à replacer dans le cadre de la parution de nos brochures autour des luttes de libération des années 1969-1970, de la question de la communauté humaine et des particularismes (l’exemple des juifs). Elle fait suite à une réponse de J.Wajnsztejn à l’appel d’un comité de jeunes juifs de gauche aux « juifs révolutionnaires », mais dans une perspective très différente de celle de l’UJFP.


Appel 2024-05-23
Réunion publique : “Qui a peur de la lutte contre l’antisémitisme ? Pour une gauche réellement antiraciste” avec Golem, JJR et RAAR

Face à l’augmentation massive des actes antisémites partout dans le monde depuis le 7 octobre 2023, et alors que les crimes de guerre de l’armée israélienne se multiplient, menaçant l’existence des Palestinien·ne·s de Gaza, nos collectifs ( Golem , JJR , RAAR ) souhaitent engager un débat dans et avec l’ensemble du camp progressiste .

Nous avons besoin de parler et d’échanger afin d’échapper aux pièges qui empoisonnent les débats actuels.

Dans nos espaces politiques, nous constatons une indifférence toujours plus grande face à l’explosion des actes anti-juifs, comme si l’appropriation malhonnête de la lutte contre l’antisémitisme par les forces réactionnaires disqualifiait cette question pourtant bien réelle.

Nous sommes aussi inquiet·e·s de la stigmatisation systématique de groupes juifs exprimant une condamnation des crimes du Hamas, qui se voient dénigrés comme “sionistes”, terme proclamé comme une injure, voire comme “fascistes”.

A cela s’ajoute une montée généralisée du complotisme et du confusionnisme, qui ne restent malheureusement pas cantonnés à la fachosphère et déboussolent aussi le camp progressiste.
Concernant la droite et l’extrême-droite, nous condamnons la manière dont elles utilisent la lutte contre l’antisémitisme à des fins islamophobes ou pour attaquer les mouvements progressistes.
Tout cela a été rendu possible en raison de l’abandon par une partie de la gauche de la lutte contre l’antisémitisme.

Cette situation nécessite des prises de positions claires dans lesquelles on n’oublie rien et ne sacrifie rien de nos exigences progressistes.

Il s’agit d’une véritable “ligne de crête” :

  • ne rien lâcher, ni sur la lutte contre l’antisémitisme, ni sur le combat contre tous les racismes ;
    lutter contre la tendance à nier les exactions du 7 octobre 2023, d’un côté, manifester l’horreur que nous
  • inspire ce que le peuple palestinien endure en ce moment et depuis trop longtemps, de l’autre ;
    garder intacte la mémoire des victimes du Hamas d’un côté, dénoncer la banalisation du carnage
  • quotidien que subissent les Palestinien·ne·s, de l’autre ;
  • réclamer la libération des otages, d’un côté, réclamer un cessez-le feu immédiat et total à Gaza, de l’autre.

Nous appelons tou·te·s les camarades, ami·e·s et organisations progressistes à venir discuter de ces questions avec nous à la Bourse du Travail (Salle Hénaff), le 23 mai 2024, à 19h.

Venez en débattre avec nous !
Rejoignez-nous sur cette ligne de crête !
Ne laissons pas le terrain de la lutte contre l’antisémitisme à la droite et l’extrême-droite !
Venez nombreux·ses !

Organisations :
Collectif Golem (Golem)
Juives et Juifs Révolutionnaires (JJR)
Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR)


Remarques sur l’appel
Pour moi cet appel est politiquement inacceptable.

1) Le titre déjà. Alors même que le contenu de l’appel en appelle à des prises de positions claires, l’antisémitisme est assimilé à un simple racisme, or on sait bien que c’est uniquement cette confusion qui permet aux confusionnistes de gauche de faire un appel commun parce que l’antiracisme y cohabite très bien avec l’antisémitisme parce que le second n’est pas soluble dans le premier. L’antisémitisme de Proudhon ou des anarchistes ou syndicalistes révolutionnaires fin de siècle ou même de Marx n’a pas grand-chose à voir avec un racisme et est plus lié à une vision du capital comme dominée par la finance dont les juifs seraient les porteurs ou représentants (un racisme social en quelque sorte).
Plus actuel, la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance de 2001, au cours de laquelle, certains pays arabes et du « Sud global » comme on dit aujourd’hui, ainsi qu’une partie de la gauche altermondialiste en fournit un autre exemple avec la tentative d’assimiler sionisme et racisme ; enfin, les « indigènes de la république en sont une autre variante, qui assimile les juifs aux « blancs ».

2) Dès la première phrase le décor est planté avec d’un côté les actes antisémites et de l’autre les crimes de guerre … de l’armée israélienne…qui menaceraient l’existence des palestiniens (le mot génocide n’est pas prononcé ouvertement, par prudence mais c’est l’idée). Et dans tout ça, évidemment, pas un mot sur l’attaque du Hamas (une sorte de pogrom même si quelques thaïlandais passaient par là ?).

3) Dès le second paragraphe argumenté il s’agit de bien se démarquer en tant que camp progressiste face aux « forces réactionnaires » qui utilisent de façon malhonnête la lutte contre l’antisémitisme. En conséquence, le problème est reporté à l’extérieur de nos « espaces politiques », alors que ce problème est justement le développement de l’antisémitisme de gauche et d’extrême gauche. Comme dans tout frontisme, cela revient, consciemment ou non, à noyer le poisson dans une unité de façade entre antisionistes, anti-impérialistes, antifascistes ou décoloniaux. fonctionnant comme un certificat de virginité par rapport à un quelconque soupçon d’antisémitisme en leur sein .

4) Les « crimes » du Hamas ne sont mentionnés qu’en fin de première page et encore ils ne sont pas même qualifiés, par égalité de jugement, de « crimes de guerre », mais de simples crimes comme s’ils relevaient de la délinquance de rue et n’avaient rien de politique.

5) Le fait que le problème soit interne et lié au confusionnisme du camp « progressiste » n’apparaît là aussi qu’en fin de première page.

Bref, ce qui est fondamental et pose problème est dilué et on ne me fera pas croire que des personnes qui font autant attention, par exemple, à bien glisser dans leur appel, l’écriture inclusive, qui, à ce que je sache, ne correspond pas vraiment à une pratique frontiste, placeraient, comme par inadvertance, des paragraphes dans le mauvais ordre ou au hasard. Nous n’avons certes pas pour habitude d’avancer des positions politiques sous des angles moraux, mais puisque les « appelistes » parlent de malhonnêteté des forces réactionnaires dans leur lutte contre l’antisémitisme, il s’avère tentant de les affubler du même vocable.

JW, le 19/05/2023


Le 20 mai 2024 – Jacques Wajnsztejn

Je vous joins aussi une dernière remarque d’YC par rapport au fichier précédent. Si on écrit autour de ça (Larry était tenté), il faut tenir compte de tout ça et je compte d’ailleurs intégrer une partie de sa dernière phrase à mes « remarques »…
A plus tard et bonne journée
JW


Message de YC sur l’appel ci-dessus

C’est un des mythes identitaires que partagent à la fois le Collectif Tsedek et l’UJFP d’un côté; Golem, les JJR et d’autres.
Tu retrouves cela aussi chez Michael Loewy.

C’est l’idée que le judaïsme aurait toujours eu des tendances révolutionnaires, que cela aurait influencé de nombreux philosophes juifs, que cela aurait poussé de nombreux juifs vers le mouvement ouvrier, le Bund, la Troisième Internationale, etc.

C’est en quelque sorte l’autre face du mythe antisémite du Juif perturbateur, incapable de s’intégrer nulle part, qui organise le chaos jusqu’à organiser l’immigration pour saper les sociétés occidentales.
Ces différentes tendances retournent le mythe antisémite et en font un autre mythe fondé sur la notion d’un judaïsme ayant un très fort potentiel révolutionnaire et libérateur pluriséculaire.

Pour moi, cela ressemble aux écrits des théologiens de la libération que je lisais quand j’étais un catho influencé par les franciscains marxistes de la revue Terres du monde ou Terres des hommes (je crois) : le Nouveau Testament comme Evangile révolutionnaire.

Simplement, aujourd’hui (enfin depuis les années 60 car un rabbin américain théologien de la libération et antisioniste a écrit un bouquin sur ce sujet dès les années 60) pour ces juifs sionistes de gauche/antisionistes d’extrême gauche/asionistes de gauche et d’extrême gauche, etc., cela tombe bien parce qu’ils peuvent espérer nager dans le courant identitaire qui prend les couleurs du féminisme, ou de l’anticolonialisme, ou du mouvement LGBTQI, etc

Y.Coleman


Le 20 mai 2024 – Larry Cohen

Bonsoir,
Si je peux adhérer à plusieurs des remarques d’Yves sur les mythes identitaires (du genre, « Nous, les juifs, on a une longue et glorieuse histoire d’avoir été du bon côté »), j’avoue ne pas bien comprendre ce qu’il recherche dans son texte et la suite. Dénoncer l’inculture des universitaires ? C’est salutaire, mais pas très pertinent. En plus, plaider que les idées reçues sur la forte présence des juifs dans la gauche/extrême gauche ne reposent que sur des éléments anecdotiques, c’est esquiver une évidence, un peu comme l’argument commode selon lequel tout est toujours plus complexe qu’on ne le croit.

La thèse de Löwy, Traverso et d’autres sur le messianisme juif comme source d’un radicalisme politique moderne n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais elle n’est pas à écarter d’un revers de main non plus. Pour ma part, je mettrais plus l’accent sur les conditions très particulières des juifs dans l’empire tsariste (ou vivant à proximité), qui, elles, ont incontestablement débouché sur une forte politisation à gauche qui a eu des échos, via l’immigration, dans des pays comme l’Angleterre, les Etats-Unis, l’Argentine et j’en passe. Et même si une majorité des juifs russes s’orientaient plutôt vers les « Cadets » en 1917, la population juive aura été, selon Lénine, parmi les soutiens les plus fiables de la révolution. C’était en somme l’aspiration à faire entièrement partie de leur société, à pouvoir enfin dépasser le statut d’éternelle minorité, souvent persécutée.


De même, à quoi ça sert de mettre l’accent sur ceux qui essaient par la suite de justifier d’avoir retourné leur veste ? Cela n’apporte aucune réponse à la question sur les origines de l’engagement à gauche de certains juifs, encore moins sur l’anti-sionisme qu’ils ont pu manifester. Et auquel d’ailleurs j’ai moi-même adhéré, mais par internationalisme et rejet de tous les nationalismes…

Par ailleurs, Yves se débarrasse un peu vite du problème du tiers-mondisme. Il suffit d’avoir fréquenté, comme je l’ai fait il y a longtemps, les milieux de gauche en Allemagne pour se rendre compte de l’omniprésence de ce thème à l’époque.

Maintenant, sur l’appel de Golem et compagnie à une réunion politique, j’aurais sans doute été moins catégorique que Jacques W. Je ne connais pas ces groupes-là, mais ce que je devine, c’est la crainte de se faire plus ou moins exclure de la famille de la gauche où ils se sentaient auparavant chez eux et en sécurité. SI on ne veut pas se focaliser sur l’actualité de ce conflit (voir les propos de Jacques G.) et qu’on préfère approfondir le sujet, il faudrait à mon avis se pencher sur la notion du progressisme (qu’on retrouve jusque dans le titre de l’organisation sœur de l’UJFP, l’Union des progressistes juifs de Belgique), qui me semble à bout de souffle aujourd’hui.

Dans le prolongement de cette idée, il faudrait repenser l’anti-fascisme, pas pour réchauffer les formules choc de la gauche italienne, mais comme une grande source justement de l’identité de gauche actuellement, signe que tout le reste a foutu le camp et qu’il ne reste plus que ça. Comme je l’ai dit à la rencontre fin mars, on pourrait en dire autant du fort engagement en faveur des Palestiniens : c’est un conflit qui présente l’avantage rassurant de nous rappeler les luttes des peuples colonisés d’autrefois contre l’impérialisme occidental. Or, une bonne partie des hécatombes de ces dernières années ont été le fait de régimes non occidentaux (avec ou sans soutien logistique ou politique occidental, peu importe), mais n’ont pas mobilisé grand monde. Bref, on s’accroche coûte que coûte à une identité simple et sans nuances. Et enfin surtout, quel rapport avec des gens comme nous qui avons autre chose en tête ?

Larry


Le 22 mai 2024 – J.Guigou

Bonsoir,
Je partage les remarques de Larry sur le texte d’YC. L’accent mis par YC sur les dimensions de classe et de luttes ouvrières des groupes d’extrême gauche des années 60/70 n’est pas inutile, mais à condition de ne pas oublier les tensions et les contestations qui s’exprimaient dans ses groupes et surtout à l’extérieur d’eux : critiques de l’autoritarisme et du clanisme des dirigeants ; critiques des organisations politiques elles-mêmes en tant qu’elles voulaient agir « comme si la révolution était déjà réalisée » ; abandons de la conduite militante et de tout activisme, exaltation du « drop out » et de la contre-culture, etc.

Contrairement à ce que l’historiographie de gauche, d’extrême gauche ou anarchiste présente comme des périodes différentes : la montée communiste du mouvement puis son échec « individualiste » ou « petites bourgeoises » ou « réactionnaire », ces pratiques étaient contemporaines. Et bien sûr, elles n’étaient pas corrélées à des appartenances et des identités religieuses ou culturelles particulières. Nous étions dans le rapport individu/communauté humaine.

La référence au « messianisme juif » comme ferment de l’adhésion au prophétisme de la révolution communiste est ancienne.

J’ai connu des socialistes et des communistes d’origine juive chez qui cette dimension n’était pas absente.
Je pense à Serge Jonas, fils d’un socialiste révolutionnaire russe, chassé de Russie en 1920 par les bolcheviks, ayant séjourné en Israël pendant la Seconde Guerre mondiale, puis installé en France et qui, après un parcours professionnel fructueux, il a fondé en 1965, les éditions Anthropos. Il a publié nombre de théoriciens et d’activistes anarchistes ou communistes du XIXe et du XXe s. Quelques temps après la publication de mon premier livre (1972) où je fais une critique prolétarienne de la formation continue, Serge est devenu un ami. J’ai discuté avec lui des jours entiers ; il dressait de vastes fresques sur les mouvements de l’histoire sociale depuis la Révolution française. Il prônait la fondation de petites communautés rurales autosuffisantes qui seraient porteuses d’un devenir plus humain de l’humanité.
Cette dimension messianique n’était pas absente chez lui. Il était d’autant plus attaché à Israël qu’une sœur de sa mère était la veuve d’Eliezer Ben Yehouda, le fondateur de l’hébreu moderne. Après sa mort, j’ai écrit avec sa fille, une chronique sur sa vie et son œuvre, ici.

Les propos qui sont dits là sur les Juifs pourraient également être tenus sur les protestants, notamment dans la version calviniste de la Réforme. Et là, je sais que quoi je parle !

On y trouve les mêmes composantes politiques et prophétiques ; le même caractère de groupe de minoritaires et de persécutés. Et l’on trouve parmi les protestants de nombreuses figures révolutionnaires. À commencer par le pasteur nîmois Jean-Paul Rabaud Saint-Etienne, député du Tiers-État, président de l’Assemblée Constituante et rédacteur un des principaux rédacteurs de la Constitution de 1791. Mais aussi Barnave, Boissy d’Anglas, Marat, etc,

De même, les étudiants protestants furent nombreux dans les Comités d’action de mai 68. Fin 68, après un numéro pro-situationniste, leur revue « Le Semeur », s’est autodissoute pour se fondre dans le mouvement…

On peut citer aussi les groupes « Jeunes femmes » protestantes qui, au début des années 60, ont fondé le Planning familial.

Depuis la révolution française, c’est un fait que les minoritaires protestants furent des innovateurs (cf. Les banques ), des réformateurs (Ferdinand Buisson), des révolutionnaires anarchistes (Ferdinand Buisson, Sébatien Faure).

Tout cela est donc à relativiser…

Autre point.
Je partage la remarque de Larry sur l’antifascisme (de ces groupes antisionistes d’extrême gauche), comme ultime recours politique alors que leurs anciennes certitudes prolétariennes/communistes se sont effondrées.

Mais ce recours n’est guère plus qu’incantatoire, puisque l’antifascisme, après avoir puissamment opéré dans les prémices puis dans la réalisation de la société capitalisée, n’est plus aujourd’hui qu’un mantra agité électoralement ou médiatiquement.

En va-t-il de même du progressisme ? Oui et Non.

Oui, parce que le progrès étant partout, il ne peut plus caractériser un camp contre un autre.

Non, parce que le mythe (la religion) du progrès s’inscrit dans le temps long : celui qui, annoncé par les

Lumières, devient opérant, politiquement actif avec la révolution française. Les deux camps se forment et s’opposent : les révolutionnaires, tous progressistes et les contre-révolutionnaires (conservateurs puis..réactionnaires au XIXe).

Ces juifs antisionistes de gauche, en se rattachant au camp des progressistes, cherchent à se mettre en continuité avec les mouvements révolutionnaires historiques dans la modernité. C’est pour eux un marqueur dans le rapport ami/ennemi.

J’ai sommeil, je poursuivrai plus tard…
JG


Le 22 mai 2024 – J.Wajnsztejn

Bonsoir,

Pas d’accord avec le dernier paragraphe : le progressisme de l’appel n’est pas du tout en réf avec le mouvement prolétarien mais avec les théories postmodernes de l’émancipation et comme le dit YC d’une émancipation des identités à vocations intersectionniste. C’est patent aussi bien chez le fils de Sophie que je connais perso et qui milite à Golem que chez le mouvement des juifs pour la paix de Stamboul, Hazan et a fortiori chez les juives lesbiennes du RAAR. S’ils englobent quelques vieux cadres trotskistes, c’est parce que ceux-ci, dans le cadre du passage de la LCR au NPA ont abandonné toute référence à ce même prolétariat comme le montre le discours de Besancenot. Quant à l’antifascisme des autonomes ou libertaires et compte tenu qu’il y a au moins 4 tendances différentes antifa en France, leurs slogans ne comportent que très peu de réf au « fil rouge » et ils ne chantent jamais l’Internationale dans les manifs contrairement aux groupes traditionnels comme Lutte ouvrière.

Bon tout ça c’est un peu des détails, mais même si on ne fait rien paraître directement là-dessus il faudrait peut être, Gzav que tu archives tous ces courriers et ma lettre dans un doc « correspondance ».
En général j’essaie de tout archiver sur ma clé, mais là il me manque des choses.
A plus tard,
JW


Le 22 mai 2024 – J.Guigou

Bonjour,
Je n’ai pas du tout écrit que le progressisme de l’appel était en référence avec le mouvement prolétarien.
J’ai dit que le progressisme historique (républicain comme socialiste) est la seule référence historique à laquelle ils peuvent avoir recours, dès l’instant où ils se veulent de gauche et appellent d’autres groupes de gauche si ne n’est à les rejoindre, au moins à ne pas les rejeter.

Comme le progressisme est depuis longtemps, un fourre-tout idéologique (analogue et complémentaire au républicanisme), ces groupes antisionistes de gauche peuvent facilement le tordre du côté des « émancipations identitaires » et de l’intersectionnisme.

C’est pour cela qu’ils se définissent dans « le camp progressiste » et qu’ils ressentent le besoin de se dire « progressistes ». Bien sût qu’il n’y a plus de références au prolétariat ; cela depuis longtemps…
Il y aurait d’ailleurs matière à approfondir cette réactivation du couple (antagonique mais codépendant) progressistes/réactionnaires. On l’avait bien vu affirmé lors de l’attaque contre Tesson au Printemps des poètes.

J’ai des notes là-dessus…
JG

Hasardeuse prédiction

Remarques sur l’article de Serge Quadruppani « Vers le 10 septembre ou la puissance de l’indéterminé » publié dans Lundi matin du 2 septembre 2025.


Serge Quadruppani dresse le tableau d’une veillée d’armes. Il récapitule les forces de la bataille du 10 septembre, pour lui très attendue.

D’un côté, celui du pouvoir, il y a les forces de l’ordre et les moyens de répression d’un État qui cependant n’est pas mentionné. Vient ensuite toute la puissance médiatico-politique oligarchique et propagandiste toujours prête, au nom de « l’esprit citoyenniste » à manier « l’éteignoir »… comme celui du « Grand débat national » initié par Macron pour « achever de liquider les Gilets jaunes ».

De l’autre côté, il y a les armes de l’Histoire, celles des insurrections, communes, conseils et révolutions qui, au cours des deux derniers siècles, ont manifesté « l’action autonome des classes populaires ».
Fort de son seul mot d’ordre « bloquons tout », le « mouvement » à venir tire de cette unité « sa plus grande force » et dont la « conscience naît de la pratique ».

L’auteur se réjouit cependant de l’engagement des groupes dits « Soulèvement de la terre ». Sans doute n’en est-il pas de même concernant la CGT et LFI, avec Mélenchon qui appelle à la grève générale (comme indéterminé politique, il y a mieux !), mais de cela nous n’en saurons rien. Seuls les « mouvements » qui se mobilisent sont évoqués. On a donc des mouvements qui s’engagent à créer une sorte de métamouvement. Pour l’instant, on baigne dans le mouvementisme.

On comprend que S. Quadruppani forge de vifs espoirs pour la réussite de cette initiative. Mais n’est-il pas prématuré de la qualifier de « mouvement ? Surtout lorsque les forces dont on attend la réalisation sont… indéterminées. À cela, on peut certes répondre que ces forces se détermineront elles-mêmes dans l’action, mais dès lors, il est vain d’appeler à une veillée d’armes puisque l’un des deux camps est indéterminé.

Car placer d’emblée l’enjeu de la bataille à un tel niveau de totalité suppose le surgissement d’un profond bouleversement politique. Au regard de la situation, il pourrait certes advenir. Les potentialités sont nombreuses aussi bien quantitatives que qualitatives. Mais, nous le savons, elles ne suffisent pas. Et puisque l’auteur fait appel à l’expérience des mouvements révolutionnaires, ne l’écartons pas : elle dit qu’un mouvement peut certes se préparer, mais seul son accomplissement historique permettra de le qualifier comme tel.
Tel fut le cas de L’évènement Gilets jaunes.
Un évènement qu’avec raison S. Quadruppani exalte, mais à propos duquel nous ne partageons pas les mêmes interprétations.

Tout d’abord sur la manière dont il désigne le début du mouvement :

« On a eu beau vérifier l’inanité du purisme dans le moment Gilets jaunes, où les fachos étaient très présents au début, mais ont été marginalisés grâce à l’arrivée de camarades conscients de la portée du mouvement ». Autrement dit, un mouvement formé de nombreux fascistes a vu sa dynamique purifiée par l’arrivée de militants nécessairement d’extrême gauche, libertaires et autres individus conscientisés qui, eux, savent ce qu’est un mouvement historique.

Dans leur surgissement puissant et rapide, les groupes Gilets jaunes étaient composés d’individus socialement très divers, parmi lesquels pouvaient s’en trouver certains de tendance souverainiste. Mais c’est dans la communauté de lutte qui s’est forgée d’abord dans les occupations des ronds-points, puis dans les Actes des samedis de novembre 2018 au printemps 2019, que s’est constituée une conscience collective. C’est elle qui a unifié l’esprit de solidarité et de communauté de destin qui a fait de l’évènement Gilets jaunes un mouvement historique.

Les « camarades conscients du mouvement » chers à S. Quadruppani sont restés attentistes, sceptiques et pour certains suivistes pendant toute la période ascendante du mouvement. Ils n’ont en rien « marginalisé les fachos » comme l’imagine S. Quadruppani puisque la dualité centralité/marginalité était absente de la pratique politique des Gilets jaunes.

Le mot d’ordre « Tous Gilets jaunes » manifestait clairement cette unité des individus dans la lutte. C’est seulement lorsque le mouvement a commencé à trouver ses limites, et que la pratique de l’assemblée générale s’est davantage développée, que ces militants ont été plus actifs. Car dans les AG, ils se retrouvaient sur un terrain qu’ils connaissent bien et qu’ils savent labourer pour leur cause. Mais c’était déjà la phase descendante du mouvement et ils ne sont pas rares ceux qui, à l’époque, s’opposaient à tout entrisme.

Une dernière remarque sur « la puissance de l’indéterminé ».

Face à une formulation à première vue insolite à propos d’une journée d’action, arrivé au terme de l’article, le lecteur peut comprendre que l’auteur vise d’abord la composition sociale du mouvement qu’il appelle de ses vœux. Et plus précisément ce qu’au temps de la lutte des classes on nommait la composition de classe d’une lutte ; la pureté prolétarienne plus ou moins grande des insurgés ou des grévistes. Une époque, nous le savons, définitivement révolue.

S. Quadruppani met en garde contre tout a priori puriste dans la composition de classe des acteurs du 10 septembre. Cette indétermination fera la force du mouvement. S’il y a mouvement, sans doute. Mais elle peut aussi faire sa faiblesse.

Car l’indéterminé en histoire comme en philosophie et dans les sciences, l’indéterminé, c’est le vague, le flou, l’imprécis, l’inconnu ; toutes choses antinomiques (je n’écris pas contradictoires) avec le mot d’ordre : « Bloquons tout ».

Un mot d’ordre, quant à lui, bien déterminé, bien décidé.
Le cours des prochaines journées de septembre tranchera ou subira cette antinomie.

Jacques Guigou
6 septembre 2025

À l’heure du bilan

Cet échange intervient après plusieurs mois de lutte à laquelle les deux intervenants ont participé activement. Ils se sont d’ailleurs souvent côtoyés dans les mêmes actions et aux AG, dans un certain respect mutuel. Si des divergences d’analyse et de perspective existaient dès le début du mouvement, elles n’ont pas cessées, mais là, elles se concentrent sur le devenir de celui-ci. Pedro et Jacques ont participé, chacun de leur côté à une sorte de bilan et l’échange se fait en connaissance de cause puisque tous les deux ont lu leur production écrite réciproque avant d’entamer la discussion.
 



 

Merci Jacques pour ce document1.

Hélas, il est très loin de ce que je pense bien que je puisse être d’accord avec beaucoup des constats que tu fais.

Je vois une explosion sociale limitée par l’action conjuguée des partis de gauche et d’extrême-gauche. C’est le principal.

La répression, il fallait y compter. Il n’y pas eu une seule attaque d’envergure contre la classe capitaliste sans répression et les différences de pays et les cultures ne changent que la forme à cette loi.

Le bas niveau politique des masses en révolte, il fallait y compter aussi. Cela fait des décennies que la pensée socialiste (marxiste-léniniste) a été remplacée par une bouillie postmoderne, libérale qui est un des problèmes du mouvement.

Il fallait combattre tout cela avec l’expérience théorique et pratique du mouvement ouvrier et pour cela il fallait des cadres politiques qui retenus par leurs partis, ont fait défaut. Et peut-être, vu leur conception des choses, ils auraient foutu une merde pas possible aussi. Mais bon, en apprenant avec le temps, et le temps on en a eu, ils auraient pu organiser et orienter un peu mieux le mouvement.

Les partis de gauche et d’extrême-gauche s’adressent encore aux 30% des travailleurs qui « jouissent » encore du débordement de la marmite capitaliste, de l’exploitation des pays pauvres et de la reprise économique de post guerre. Les 70% autres qui composent, par leurs besoins et revendications, le mouvement, n’ont pas d’expression politique propre et l’extrême droite a montré qu’elle est incapable non seulement d’orienter ce mouvement mais encore de le pénétrer.

Alors, qu’est ce qui reste? « Le début d’un début », un esprit de lutte, une autre manière de combattre qui a pénétré profondément la conscience actuelle des travailleurs comme cela se perçoit dans certaines luttes, dans des témoignages.

Mais cela peut retomber très rapidement et faire de ce mouvement magnifique, un feu de paille sans suite.

La seule possibilité était d’essayer de le connecter avec les travailleurs que luttent pour amplifier la méthodologie GJ et avancer dans les pas de la longue lutte des travailleurs.

Mais il se peut aussi que la défaite, la non jonction avec les autres travailleurs provoque une démoralisation encore plus profonde et que de ce « début d’un début » de retournement de l’esprit des travailleurs résulte qu’ils se disent « A quoi bon ? Les GJs après 7 mois d’une lutte forte n’ont rien obtenu ou presque (rien par rapport aux besoins et objectifs), comment pourrions nous obtenir quoi que ce soit sous la férule syndicale et la méthode des manifestations/promenades une fois par mois?

Alors, il se peut bien qu’on soit parti pour 30 ans de « libéralisme », de nouvelles crises et/ou guerres.

On ne sort pas de la vieille recette que ce mouvement a encore une fois démontré par défaut : « Sans parti communiste les travailleurs n’auront rien ». Hélas, un tel parti n’existe pas en France ni ailleurs.

On est au fond du puits et pour cela ce mouvement ne pouvait être, dans le meilleur de cas, que « le début d’un début ».
Tous se sont appliqués à le plomber, sauf de très rares, honnêtes mais, hélas, homéopathiques exceptions qui n’y pouvaient rien changer.

Vae Victis! Les défaites historiques doivent être subies jusqu’à la lie.

Il faut recommencer presque de zéro, mais s’illusionner qu’on pourra faire autrement que ce parcours à partir d’autre chose que Marx et Lénine c’est retarder encore une sortie qui n’est nécessaire que pour les travailleurs pauvres. Les autres peuvent se contenter de la sociologie et du postmodernisme ou des « théories » du genre et de la race, très à la mode chez les petits bourgeois de gauche.

En fait le mouvement des GJs, prolétaire par ses besoins mais surtout parce que sans sortir du capitalisme il ne peut rien obtenir, s’est battu contre un front qui va de la grande bourgeoisie à des secteurs de travailleurs qui espèrent encore (mais pas trop) dans le capitalisme.

Essayons quand même que sa mort soit la moins dure possible pour ne pas finir de décourager à ceux, rares, qui voudraient se battre encore.

Tu excuseras les fautes de français.

Pedro, le 16 juin 2019
 



 
Pedro,

D’abord merci pour cette contribution critique à notre dernier supplément d’autant que tes remarques ne sont pas fortuites, mais proviennent de la même urgence, de la part de nous qui sommes actifs dans le mouvement depuis ses débuts, de savoir ce qui peut en rester étant entendu que, contrairement à d’autres protagonistes, nous faisons un même diagnostic sur son avenir proche et nos tâches immédiates. J’y reviendrai.

Nos divergences sont de forme comme de fond même si ponctuellement nous avons pu intervenir ensemble et en accord.

Sur le fond tu demeures dans ce que la position traditionnelle de l’extrême gauche par rapport à tous les mouvements et ce à un double niveau. Le premier reprend une position habituelle, par exemple chez les trotskistes, d’une base ouvrière qui serait restée « pure » ou au moins « saine » par rapport aux directions syndicales ; la seconde est celle de la nécessité d’un parti de type marxiste-léniniste.

Le problème, c’est que si on veut rester objectif et bien hormis pour une fraction « de gauche » dont on se demande si elle n’existe pas que pour les congrès (CGT) ou les postes de délégation syndicale et de permanents (FO et SUD, ce dernier extraordinairement absent dans l’ensemble), c’est à se demander si les syndicats ne sont pas déjà trop virulent par rapport à leur base (grosso modo la position que tient Martinez). Quand aux partis politiques et ce que tu nommes « les cadres » tu reconnais toi-même que leur vieille façon de penser aurait peser de façon négative sur le mouvement (comme en 68 pourrions-nous rajouter). Certes, comme tu le dis ils auraient pu se corriger au sein du mouvement, mais il n’en a jamais été question. D’entrée de jeu ils ont refusé de reconnaître les GJ comme une possible avant-garde au sein de laquelle ils auraient pu avoir une action. Au « Tous Gilets jaunes » qui nécessitait de laisser tomber tous les vieux oripeaux qui fractionnent la lutte, ils ont préféré, au mieux, le vieux « Tous ensemble » …chacun cote à cote.

Tu dis que les « cadres » politiques ne s’adresseraient qu’aux 30% des ouvriers qualifiés et techniciens, mais c’est en partie faux comme le montre l’action qu’on a mené ensemble à Carrefour-Confluence, manipulé qu’on l’a été par la fraction de gauche de la CGT qui voulait imposer la révolution sans travail militant au préalable (la lutte contre les licenciements, les caisses automatiques, la création d’une section syndicale) se dévoilant ainsi comme complètement hors sol et encore bien plus éloignés de la base que sa fraction droitière. Ce qu’ils ont été incapables d’insuffler ils ont essayé de le reporter sur nous comme si nous étions de nouvelles Brigades rouges faisant peur au patronat, alors qu’eux-mêmes n’était même pas grévistes sur ce coup là, les actions tournantes permettant de camoufler tout le système des permanents, délégations syndicales, heures de RTT, etc.

Contrairement à ce que tu laisses entendre, les GJ ne sont pas tous des précaires où plus exactement leur précarité n’est pas liée à leur statut devenu instable de salariés, mais à une précarité généralisée des conditions de vie qui touchent aussi bien des artisans-commerçants, paysans, étudiants que des salariés précaires ou des retraités. Ce qui relie ces différentes fractions c’est une révolte contre des conditions de vie tout à coup jugées insupportables qu’elles que soient les conditions concrètes du rapport au travail.

C’est cette situation nouvelle qui ne peut être comprise par des « cadres » politiques ou syndicaux tous produits dans le même moule qu’il soit d’origine stalinienne, trotskiste ou libertaire. Il en était déjà de même en 68.

Même les salariés combatifs qui ont soutenu le mouvement des GJ, comme par exemple certains cheminots à Lyon, ont eu du mal à saisir cet aspect quand ils se présentaient à la tribune de l’AG des GJ Lyon le lundi soir « en tant que cheminot » et avec la fierté qui va avec. Non seulement ils n’ont pas compris l’évolution de leur métier qui fait qu’aujourd’hui il y a de moins en moins de « roulants » (l’aristocratie du rail » par rapport au reste du personnel) et que de fait ils entretenaient une histoire illusoire dans la mesure où eux-mêmes ne sont pas des « roulants », mais en plus ils ne comprenaient pas qu’au mieux personne parmi les GJ n’en avait rien à foutre de leur référence et qu’au pire ils étaient exaspérés par leur refus de troquer le gilet rouge contre le gilet jaune.

Pedro reconnaît d’ailleurs ce caractère « inclassable » du mouvement, dans tous les sens du terme. Ce qui ne profite pas à l’extrême gauche du fait de sa vue basse, ne profite pas plus à l’extrême droite qui bénéficie certes d’une implantation électorale en son sein mais s’avère incapable, contrairement aux Ligues fascistes des années 1930, d’orienter la révolte populaire (le 1er décembre 2018 n’a rien de comparable au 6 février 1934 même si éléments d’extrême droit et gauche se sont mêlés dans les deux cas).

Ces deux impossibilités des « extrêmes » à mordre sur le mouvement2 disent justement ce qui le caractérise. Le fait de ne pouvoir être récupéré en l’état parce qu’il a échappé en grande partie à tous les codes politiques et au politiquement correct qui domine dans ce que nous avons appelé « la société capitalisée »

Comme tu le dis « une méthodologie » particulière alliant aussi bien un esprit de lutte qu’une manière de combattre. Mais cette « méthode » ne s’est pas imposée. Elle est trop étrangère au mouvement ouvrier organisé qui a oublié les luttes du tournant des XIX et XXe siècle, le temps des émeutes ruiné par la première guerre mondiale et l’intégration des classes ouvrières dans l’ordre capitaliste à partir des défaites de 1919 et 23 en Allemagne, de 1926 en Angleterre, de 1936-37 en Espagne.

Ce « magnifique mouvement des GJ » comme tu l’appelles ne se situe donc pas, contrairement à ce que tu développes, dans la continuité de la « longue lutte des travailleurs » (ce que nous appelons le fil rouge historique des luttes de classes ») parce qu’il est justement en rupture avec celle-ci et qu’il ne s’y origine pas ; qu’il s’en est même distingué d’entrée de jeu par le fait de mettre en avant les conditions générales de vie plus que les conditions de travail. De façon implicite il a porté la contradiction capital/travail du niveau de la production des marchandises, du profit et de l’exploitation, au niveau de la reproduction des rapports sociaux et de la domination en général (la puissance du capital : dynamique, ce que tu appelles trop faiblement le « débordement » et « révolution du capital »).

Je ne crois pas à la démoralisation au sens où tu l’entends. Du côté GJ, il y a le fait que quoi qu’il arrive, ils ont « décourbé le dos » comme nous l’affirmons dans un texte inédit du livre et si nous sommes loin du compte du point de vue du contenu insurrectionnel qu’a parfois pris le mouvement, les simples résultats quantitatifs ne sont pas négligeables3. Si on compare aux résultats des dernières luttes syndicales cela prouve bien qu’il y a encore des marges de manoeuvre ou du « grain à moudre » par rapport au patronat (cf. aussi la prime de décembre versé par des grandes entreprises) et à L’État.

Pour terminer pour aujourd’hui, nous sommes tous les deux d’accord pour dire que la retombée brutale du mouvement ne doit pas nous amener à quitter le navire pour ne pas couler avec. Il s’agit de l’accompagner en sachant que tous les mouvements reposant sur un évènement, au sens fort du terme, sont nés pour mourir et qu’ils ne peuvent être sauvés par de quelconques mesures d’institutionnalisation, via l’Assemblée des assemblées, le RIC ou même sa substitution modéré en RIP comme il nous a été proposé en AG lundi dernier.

JW, le 1er juillet 2019

  1. Il s’agit du supplément n°7 à Temps critiques, : « Ce qu’il peut rester du mouvement des Gilets jaunes. []
  2. Je ne tiens pas compte ici du rôle des réseaux sociaux qui ont développé parfois des approches complotistes qui ont eu leur influence sur une frange des GJ. []
  3. Pour ma part, si j’ai des revenus de retraite insuffisants pour être imposable je viens de me voir reverser 133 euros de trop payé par rapport à mon changement de taxation CSG sur 4 mois, sans parler du fait que ma pension est peu ou prou réaligné sur l’indexation des salaires. D’ailleurs le gouvernement fait actuellement grand tapage sur ces dépenses non budgétisées et induites par le mouvement. []

Pourquoi l’esprit critique est-il si peu répandu à gauche et dans les milieux libertaires ?

Soumis pour avis à plusieurs camarades, un texte initial s’est ensuite transformé en un débat suite aux nombreuses réflexions et critiques reçues par mail. Chacun a relu sa contribution et celle des autres et un peu réécrit ses courriels. Nous avons donc tous un peu débordé par rapport au thème originel dont l’objectif était de mieux cerner les particularités et difficultés de la situation actuelle, notamment par rapport aux années 60, pour ce qui concerne à la fois l’esprit critique « à gauche » et dans les milieux « radicaux » et les capacités de débattre entre militants….

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Le retour de la question juive ?

Suite à notre brochure Dans l’angle mort du 13 novembre (décembre 2015), nous vous faisons part de cet échange qui aborde la question du rapport à « la question juive » et à l’État d’Israël. Le rapport aux attentats du 13 novembre et à nos propres développements pourrait apparaître ténu, mais il n’en est rien. Notre analyse de la révolution du capital est en effet amené à se confronter aux courants qui continuent à faire de l’anti-impérialisme américain et du sionisme israélien, mais aussi de la critique de la finance les principaux axes de leur critique du capitalisme, au risque d’un antisémitisme d’extrême gauche plus ou moins sous-jacent. Que la « question juive » se repose aujourd’hui n’est pas indépendante de la façon dont elle a pu être traitée par Marx à son époque. Le dernier échange aborde ce point qui sera développé plus tard dans un texte ou un ouvrage spécifique sur la question plus générale de la pérennité des formes religieuses. Keep reading →

Les boîtes noires de l’extrême gauche

Cet échange est né d’une réaction à nos interventions autour des attentats de 2015 à Paris mais quittant le domaine proprement événementiel il s’efforce de poser et discuter les questions du rapport des « révolutionnaires » à la religion, de leur incapacité, qu’ils soient plutôt marxistes ou libertaires n’y changent rien, à comprendre le fait que la religion n’a pas été dépassée par le progrès, le rationalisme, la révolution, mais perdure et nous saute encore à la figure avec l’islamisme militant. C’est que cette question n’a que très rarement été reliée à celle de la communauté humaine. Soit elle était vue du point de vue de l’individu rationnel opposé à toute communauté donc a fortiori religieuse soit du point de vue de classe ne reconnaissant que la communauté ouvrière. Keep reading →

Rectification sur les interprétations au texte, l’islamisme radical n’est pas un nouveau fascisme

L’objectif de mon texte précédant était de s’opposer au racialisme, aujourd’hui utilisé par des courants favorables à l’Islam radical comme le PIR et les théoriciens post-coloniaux. Si le titre qui fut choisi finalement pour le blog après discussion avec l’équipe de Temps Critiques fut :« L’islamisme radical n’est pas un nouveau fascisme » constituait certes un signifiant général, de mon point de vue interne au texte, il faisait nécessairement parti de l’ensemble du développement qui était néanmoins plus centré sur cette question du racialisme. Keep reading →