Avis de parution : n°18 de la revue et livre

Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution du numéro 18 de la revue Temps Critiques (sommaire et 4ème de couverture plus bas) et d’un livre : Dépassement ou englobement des contradictions ? La dialectique revisitée. Ce dernier est l’oeuvre J.Guigou et J.Wajnsztejn avec pour quatrième de couverture :

« Ce fut un merveilleux lever de soleil » avait dit Hegel de la Révolution française. L’expression fut également utilisée pour qualifier Mai 68 et le dernier assaut prolétarien des années 1960-70 qui tendait à abolir le capitalisme. Sur ses limites s’enclenche une nouvelle dynamique qui permet d’englober la contradiction capital-travail mais fait resurgir des contradictions ancestrales précapitalistes (rapports entre les sexes, rapport à la nature) jusque là recouvertes par la contradiction dominante entre les classes. Féminisme, lutte contre la norme sexuelle, écologisme, autonomie, autant de mouvements, alors dits « de libération », qui semblent un temps pouvoir dépasser le capitalisme. Il n’en fut rien : ces mouvements, souvent devenus lobbies, contribuent plutôt à faire sauter des verrous. Et aujourd’hui que quasiment toutes les activités humaines sont capitalisées, c’est une contradiction encore plus ancienne et plus générale qui se manifeste à nouveau, celle entre individu singulier et communauté humaine, mais sous les formes particularisées des religions et des identités.

Ni traité philosophique, ni leçon politique pour l’action immédiate, ce livre cherche à tester la validité théorique de certains concepts hégéliens et marxiens au regard des bouleversements de ce que l’on peut désormais nommer « la révolution du capital » ; il cherche aussi à dégager des possibles pour un devenir autre.


Sommaire du numéro 18 de Temps Critiques :

  • État-réseau et souveraineté – Jacques Wajnsztejn
  • Technologisation et transformations du travail, l’exemple des bibliothèques – Gzavier
  • Projet de loi-travail et convergence des luttes : un malentendu ? – Temps critiques
  • Le projet El Khomri : un retour au XIXème siècle ? – Temps critiques
  • État islamique ou communauté despotique ? – J.Guigou
  • Au fil de quelques lectures : islamisme, fascisme, choc des civilisations, religions… – J.Wajnsztejn
  • La communauté humaine : une société sans argent ? – B.Signorelli
  • Quelques remarques autour de la question d’un monde sans argent – J.Wajnsztejn

cover_n18Quatrième de couverture :

Le capital, dans ses nouvelles tendances (capitalisation plutôt qu’accumulation, reproduction « rétrécie »), s’appuie sur une organisation dans laquelle les flux de production et d’information, de finance et de personnes, ne dépendent pas seulement de la logique du profit, mais aussi des jeux de puissance au sein de réseaux inter-connectés mais malgré tout hiérarchisés. Aujourd’hui, l’État a perdu l’autonomie relative qui était la sienne dans la société de classes à l’époque des États-nations. Il ne peut plus être perçu comme la superstructure politique d’une infrastructure capitaliste comme le concevait le marxisme orthodoxe. Son passage progressif à une forme réseau à travers laquelle il est présent, actif et englobant, tend à une symbiose entre État et capital. L’État n’est plus en surplomb de la société, puisqu’il a recours aux outils connexionnistes pour résorber ses propres institutions dans diverses formes d’intermédiation. Il en résulte que la forme de domination qu’il exerce n’est plus extérieure aux individus, mais basée sur l’internisation/subjectivisation des normes et des modèles dominants. Parmi ces modèles, celui de la technique joue bien sûr un rôle central dans la transformation des forces productives et des rapports sociaux Ce modèle technique induit par le développement capitaliste est aujourd’hui indissociable de choix politiques qui se présentent comme incontournables. Et il finit par s’imposer comme une seconde nature. Nous critiquons toutefois, l’hypothèse d’un « système » technique autonome ou « macro-système », même si ce dernier terme peut avoir une valeur heuristique à condition de ne pas lui accorder des qualités d’autonomie, d’automaticité selon la conception du « capital automate » ou au contraire de finalisme qu’il ne possède pas.

Il en est de même de la notion de « système » capitaliste : le capital ne tend vers l’unité qu’à travers des processus de division et de fragmentation qui restent porteurs de contradictions et réservent des possibilités de crises et de luttes futures. C’est bien pour cela qu’il y a encore « société » et que nous parlons de « société capitalisée ». Le capital n’a pas engendré une domestication totale car il se fait milieu, valeurs, culture provoquant ainsi une adhésion contradictoire d’individus qui participent ainsi à une « ambiance », celle de la société capitalisée.

L’hypothèse d’une « crise finale » du capitalisme qui posséderait une forte dynamique le poussant à « creuser sa propre tombe » a été démentie par les faits, même si sa dynamique actuelle repose sur le risque et donc suppose la possibilité et l’existence de crises. En effet, le capital n’a pas de forme consacrée, commerciale et financière à l’origine, industrielle ensuite. Si cette dernière forme a pu constituer un facteur de stabilisation pendant une période historique, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les jeux de puissance, associés à l’esprit de commerce ou d’entreprise et à la soif de profit des uns, le désir d’un travail bien fait, l’intérêt pour la recherche et la création de savoirs chez d’autres, poussent sans cesse vers l’innovation.

Nous assistons à ce mouvement au cours duquel la société capitalisée s’émancipe de ses contraintes sans que nous-mêmes ayons révolutionné ce monde. Quelle alternative alors nous permettrait de maintenir une perspective révolutionnaire ?


La revue est à 10 euros et le livre à 12 euros en commande directe.
Pour cela écrire à l’adresse suivante :
Temps Critiques 11 rue Chavanne 69001 Lyon
Libeller le chèque à l’ordre de Jacques Wajnsztejn


Rencontre/Débat à la librairie La Gryffe – 6 décembre 2014 15h

Sur le livre Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme (Ed. Acratie, 2014).

Librairie La Gryffe, 5 rue Sébastien Gryphe, Lyon 7e.

Ce livre tente une analyse politique des idéologies du genre, au delà des controverses entre une conception conservatrice, normative et mythique de la nature humaine et une autre, néo-moderniste, ne la percevant que sous sa forme sociale construite qui a perdu tout rapport avec l’idée première de genre humain. Appuyée sur des références historiques, philosophiques et anthropologiques, cette analyse se réclame d’une « théorie critique » (développée par ailleurs dans la revue Temps critiques) de la « société capitalisée ». Dans cette perspective, le rapport social capitaliste a puisé dans les mouvements particularistes de libération qui ont suivi l’assaut révolutionnaire des années soixante du vingtième siècle une nouvelle dynamique, révolutionnant l’ordre ancien, qui conduit aujourd’hui à l’émergence d’un individu egogéré dont les pratiques et les valeurs ne semblent plus relever que de questions de choix.

Comment est-on passé d’analyses en termes d’universalité et de générécité (« l’Internationale sera le genre humain ») à celles en termes de genres masculin et féminin ?

C’est ce à quoi essaie de répondre le livre de J. Wajnsztejn.

Débat à Paris – Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme

Débat à la librairie Publico

(145 rue Amelot, Paris XIe)

Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme

avec J.Wajnsztejn

Mercredi 29 octobre 2014 à 19H

Comment est-on passé de mouvements généraux d’émancipation (des prolétaires, des femmes) à des individus et groupes non dénués d’influence qui revendiquent des droits particuliers ?
Comment est-on passé du macro-désir de révolution aux micro-révolutions du désir ?
Comment est-on passé d’analyses en termes de générécité (« l’Internationale sera le genre humain ») à celles en termes de genres ?
C’est ce à quoi essaie de répondre le livre de J. Wajnsztejn, Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme (voir nos articles s’y référant sur ce blog)

C’est un long processus qui commence avec la crise du sujet bourgeois au cours des vingt premières années du XXe siècle et continue avec la libération des subjectivités dans le mouvement de subversion du monde qui s’étend des années 1960 aux années 1970. Les désirs se libèrent mais le mouvement de désinhibition reste contre-dépendant de l’ancienne répression sexuelle et se fixe sur le sexe en s’autonomisant des autres formes d’affects. Avec la défaite du cycle de lutte précédent et le développement d’une nouvelle dynamique capitaliste qui pénètre tous les aspects de la vie quotidienne se produit une nouvelle autonomisation quand le sexe physique n’est plus perçu que sous sa forme sociale construite du genre et non plus dans ses déterminations à la fois naturelles et sociales. L’individu démocratique égogéré peut prononcer son credo : « c’est mon choix » et jongler avec les genres puisqu’ils ne correspondent qu’à des rôles normés, qu’ils n’ont pas de substance ou que celle-ci est transformable grâce aux nouvelles technologies.
Ce nomadisme des identités multiples et changeantes accompagne un nomadisme plus général, celui du capital et de ses marchandises. La perspective révolutionnaire semble bouchée alors que l’horizon technologique apparaît sans limite !
On comprend mieux désormais pourquoi les théories du genre sont partie prenante de la capitalisation en cours de toutes les activités humaines, pourquoi leur simplification à outrance peut parfois se faire idéologie d’État, pourquoi elles reçoivent l’appui des médias et enfin pourquoi elles cherchent à se présenter comme parole scientifique (et non comme théorie) à travers le doux euphémisme des « études de genre ».