Particularisme juif et antisionisme

Nous vous proposons à la lecture le texte Particularisme juif et antisionisme en guise de développement de la note 20 insérée dans l’écrit précédent : Un particularisme juif. La note 20 s’est voulue synthétique, mais en définitive s’est avérée l’être trop, selon des « commentateurs » ou lecteurs, d’où les précisions du présent texte disponible sur notre site : https://www.tempscritiques.net/spip.php?article571.

De l’idéalisme allemand

Il nous paraît intéressant de vous présenter cette critique vis-à-vis d’un des représentants de l’autoproclamée « École critique de la valeur ». Une critique que nous avons initiée avant même que cette « école » ne soit connue en France, dans notre livre L’évanescence de la valeur, une présentation critique du groupe Krisis1. Puis, J.Wajnsztejn a produit une brochure intitulée : Une énième diatribe contre la chrématistique à propos d’un article d’Anselm Jappe dans le journal Le Monde2, à propos de la crise financière de 2008, dans lequel, finalement « l’idéalisme allemand », déjà remarquée et critiquée par Blanchard, apparaît de peu d’aide pour expliquer cette crise et oblige l’école « à ressortir du placard » la vieille théorie marxiste de la valeur-travail en lieu et place de son discours habituel sur la « forme-valeur ».
Pour mémoire D. Blanchard a été un membre important du groupe Socialisme ou Barbarie (1949-1965) sous le pseudo de Canjuers et il a écrit conjointement avec Debord (alors brièvement sympathisant de SoB), un article avec un certain retentissement : « Préliminaires pour une définition de l’unité du programme révolutionnaire » (1960).
Daniel est décédé en mai 2024 alors qu’il continuait à participer à un groupe de discussion (« soubis ») auquel J.Wajnsztejn collabore.


Le 30/11/2009

Chers SOBistes

 Comme tout le monde n’a pas forcément l’envie ou la possibilité d’acquérir l’intéressant et très récent n°34 de la revue du Mauss intitulé :

 « Que faire, que penser de Marx aujourd’hui » (à ne pas confondre avec « Le marxisme hier, aujourd’hui et demain » de feu P.Mattick, éd. Spartacus…),

mais que l’ensemble du groupe SOB a manifesté un intérêt vibrant pour les thèses des « critiques de la valeur », brillamment résumées dans le texte ci-joint extrait de ce numéro (avec en prime une comparaison avec les théories du « don »)

je me permets de proposer une (mauvaise) reproduction de ce texte, au cas où, et sans obligation de compte rendu (en format pdf d’Acrobat reader)

N.B. le numéro comprend également des textes C.Laval, S.Latouche, A. Caillé, P.Jorion, etc.

Claude


Le 03/12/2009

Merci, Claude, de nous avoir envoyé ce texte, où je reconnais la claire intelligence de mon vieux copain Anselm et qui nous sauve du galimatias de Kurz et dissipe ce qui m’est souvent apparu comme des obscurités chez Jacques W. (me gêne, tout de même: la balourdise, l’ineptie des quelques mots qu’il consacre à Castoriadis).

Cet exposé me confirme dans l’idée que cette “critique de la valeur” constitue un avatar de la pensée idéaliste – allemande ? Écartez de votre réflexion l’histoire, les sociétés et les humains concrets qui les habitent et vous pouvez vous construire une théorie limpide et rigoureuse. L’histoire est remplacée par une contagion virale de la valeur qui atteint progressivement presque tous les aspects de la vie sociale; presque, parce qu’il faut bien qu’elle laisse en dehors de son emprise un résidu d’activités et de relations qui assurent la survie du système : c’est à cela que se réduit ce qu’on peut appeler la société; quant aux humains, ce sont des supports passifs et neutres sur lesquels vient se fixer la valeur.

Mais il me semble qu’au principe de cette approche radicalement réductrice se trouve une distorsion d’un aspect du marxisme que ces théoriciens de la valeur jugent eux-mêmes central, la distinction entre travail concret et travail abstrait – distinction que Jappe définit très clairement dans son texte, je n’y reviens pas. Mais où est donc passé le travail concret ? Apparemment, il n’en est plus question. Or c’est dans le travail concret que se noue la relation dialectique entre le travailleur et la matière – fût-elle “immatérielle” -, c’est dans le rapport entre travail concret et travail abstrait que les participants au processus productif entrent en rapports de conflit, de solidarité, d’auto-organisation, etc, c’est dans le processus même d’abstraction du travail – c’est-à-dire de la détermination du contenu abstrait (durée, intensité, prix…) de la force concrète de travail que le capitaliste achète – que s’engendre la lutte de classe. Mais pour ces théoriciens, la lutte de classe n’est qu’un sous-produit “exotérique” du marxisme, qui a donné naissance à cette merde qu’est “le marxisme du mouvement ouvrier”, mouvement ouvrier qui s’est révélé n’être lui-même qu’un mécanisme de régulation interne au capital… Pas question, évidemment, que ce mouvement ouvrier ait créé à certains moments des idées, des formes d’organisation, des valeurs…, en rupture radicale avec le capital, la valeur, la “forme marchandise”, etc. Vous avez dit “création” ? Vous délirez : l’histoire se résume dans le déploiement d’une “forme”…

Jappe ne fait qu’une brève allusion à l’atrophie du rôle du travail humain dans le processus de valorisation de la valeur – thème de tant de nos discussions avec J. W. Mais il est certain que cet aspect de la théorie critique de la valeur trahit une méconnaissance ‘critique’ des processus réels de travail. Quiconque les a observés de près a relevé l’écart séparant ce que S ou B appelait l’organisation formelle de la production de la réalité du travail, écart qu’il incombe à la base de combler. Dejours dans son bouquin “Souffrance en France” place lui aussi ce constat au centre de ses analyses sur la “souffrance” au travail. Autrement dit, automatisation ou pas, il y a toujours un moment du processus productif où l’intervention humaine est cruciale – sinon, ça s’arrête (c’est ce qui se passe dans la “grève du zèle”).

Je souligne ce point parce qu’il est révélateur de la réduction par l’abstraction qui seule permet l’édification de cette théorie. Or cette abstraction est la démarche même par laquelle le capitalisme s’efforce d’imposer sa représentation mécaniste, automatique, donc irresponsable (sans sujets) de la société (le marché auto-régulateur) et des rapports entre ses “agents”. Jappe lui aussi, comme les théoriciens libéraux, et c’est curieux qu’il ne s’en aperçoive pas, écarte, dans une parenthèse, toute responsabilité d’un “méga-sujet” que serait la classe capitaliste. Evidemment, le terme auquel ne peut qu’aboutir cette corruption de toute, ou presque, la réalité par la valeur c’est l’inévitable catastrophe – mais hélas, le marxisme de la lutte de classe n’est même plus là pour la retourner – miraculeusement – en révolution.

Bon appétit,

Daniel

  1. L’Harmattan, 2004. Description : https://www.tempscritiques.net/spip.php?livre5 []
  2. Le Monde daté du 31/10/2011. Disponible en ligne http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/31/l-argent-est-il-devenu-obsolete_1596430_3232.html []

Repenser les luttes dans une situation sans précédent

Notre texte « Sur le 10 septembre » a donné lieu à quelques échanges dont vous avez, ci-dessous, l’un des exemples.


Merci pour ce texte qui allait à contre courant de l’appel à tout bloquer, et qui ne s’est finalement pas trompé sur le peu d’effet qu’il aurait : le 10 septembre était tant attendu, que le silence qui le suit est bien surprenant !

Vu l’importance que cet appel avait pris pour la gauche radicale, il serait intéressant de discuter des idées sur lesquelles il reposait : soutien à la colère d’où qu’elle vienne, appel à leur fusion du moment qu’elles sont dirigées contre « les dirigeants » et qu’elles partent « d’en bas » ; indétermination du mouvement considérée comme sa plus grande force ; abandon systématique de toutes réflexions théoriques nouvelles, celles-ci étant jugées inutiles.

Fonder l’espoir d’une transformation radicale de la société sur des bases aussi pauvres témoigne surtout de la faiblesse des mouvements actuels, de ce qu’ils ont de désespéré.

Le principal argument en faveur de ces idées, tel qu’on le trouve dans l’article de Serge Quadruppani mais aussi dans des échanges avec des amis, est historique : selon eux, lorsque la colère est suffisamment générale, que le mouvement est suffisamment puissant pour déstabiliser le pouvoir, le renverser, il se dépasse, ses objets initiaux font place à des « pensées qui se construisent pendant le mouvement », car « la conscience naît de la pratique ». L ‘histoire des révolutions en serait l’illustration.

Mais pour qu’au cours des révolutions il en fusse ainsi, encore fallait-il que, dans chaque cas particulier, l’époque leur permette de se déployer dans les formes qu’elles adoptèrent. Encore fallait-il que la société porte en son sein la possibilité de ce basculement, soit grosse de ce basculement.

Loin qu’une colère générale suffise pour subvertir l’ordre existant, c’est bien souvent à l’échec de ces soulèvements qu’on a assisté : « dans la réalité observable de l’histoire, de même que le mode de production asiatique a conservé son immobilité en dépit de tous les affrontements de classes, de même les jacqueries de serfs n’ont jamais vaincu les barons, ni les révoltes d’esclaves de l’Antiquité les hommes libres ».

Pour « la seule classe révolutionnaire qui ait jamais vaincu », la bourgeoisie, c’est sa situation dans l’économie qui a été cause et conséquence de sa mainmise sur la société : quel qu’ait été le cheminement des révolutions bourgeoises, elles réalisaient, après une longue maturation économique, politique et culturelle, la libération de la société civile de ce qui pesait sur elle.

Quelques soient les évènements déclencheurs des révolutions sociales des 19e et 20e siècle, elles s’inscrivaient dans des époques de riches réflexions sur l’organisation de la société, liant luttes pour la satisfaction de revendications immédiates et idéal de transformation radicale de la société. Elles poursuivaient toutes la réalisation d’une idée largement partagée : le remplacement de la propriété privé des moyens de production par leur propriété collective.

La Commune inventa « la forme politique sous laquelle l’émancipation économique du travail pouvait être réalisée », mais cela n’a été possible que parce qu’elle était nourrie de cette déjà longue histoire sociale, de ces débats d’idées, de cette croyance en un futur émancipateur.

De même, les conseils ouvriers n’ont pas été inventés par quelques dirigeants, imaginés préalablement à la révolution, mais ils ont été « le produit spontané du mouvement en effervescence », en l’occurence par les ouvriers pétersbourgeois pour diriger leur grève contre l’autocratie en 1905. Mais ces luttes renvoyaient à un idéal social qui imprégnait déjà une partie de la société.

Lors de la révolution anarchiste espagnole, dans un premier temps, les travailleurs ne firent qu’appliquer par eux-mêmes les résolutions votées lors du dernier congrès de la CNT en mai 1936 (abolition de la propriété privée, socialisation de la richesse, administration directe de la production et de la consommation par les organisations de producteurs, …).

Aujourd’hui, dans un monde profondément transformé, quand bien même les forces en faveur d’une « émancipation économique du travail » seraient importantes, les bases immédiates sur lesquelles on pensait construire la société future, le tissu social et productif qu’il s’agissait d’investir, ont disparue. Et dans ce vide, on ne voit pas de quoi « ceux d’en bas » pourraient-ils se saisir pour bâtir une nouvelle société. Il en résulte une grande confusion dans les aspirations politiques et sociales des mouvements actuels.

Ce n’est pas le projet d’abolition du capitalisme qui me semble irréalisable, mais les stratégies de lutte de classes pour y mettre fin. D’autres voies sont à chercher, qui permettraient d’enraciner ce projet dans ce qui existe déjà dans la société civile, d’assurer sa continuité avec ce qu’on y trouve déjà et qui y est adéquat, contre ce qui s’y oppose radicalement. (Je le reconnais, ces idées sont bien vagues ; il est difficile de trouver une brèche dans les puissants bouleversements qui bouchent notre horizon).

Sur les colères, il me semble que là encore il y a un grand malentendu, la gauche radicale en restant aux thèses de Chantal Mouffe sur le populisme de gauche, sur la construction d’un rapport de forces, d’un « nous » opposé à un « eux », alors même que le changement d’époque a rendu plus complexe la réalité que recouvrent ces diverses colères. Il ne suffit pas de dire qu’elles ont leurs sources évidentes dans la dégradation des conditions de vie, dans les régressions sociales, les dégâts écologiques, les conflits internationaux, l’assombrissement général du monde.

Il faut chercher les causes de ces régressions, et ne pas évacuer cette question en en faisant porter la responsabilité sur telles ou telles « élites » (les patrons et leurs valets politiques pour les uns, la bureaucratie, les universitaires, les médias, le monde culturel pour les autres).

L’article que nous avions discuté de Romaric Godin met l’accent sur leurs causes structurelles (la faible croissance économique, sa stagnation), sur l’incapacité des dirigeants politiques et économiques à résoudre ce problème du fait même de son caractère structurel, et sur ses conséquences politiques et géopolitiques. Son analyse me semble particulièrement éclairante, rendre bien compte des bouleversements en cours.

En ignorant ou refusant de nommer les sources profondes des problèmes actuels, ceux qui expriment leurs colères exonèrent le système capitaliste lui-même de leurs malheurs, s’accrochent à ce qu’il a pu ou pourrait leur offrir « si les élites n’étaient pas corrompues ».

Et l’on voit le « nous » et le « eux » se fracturer dangereusement : si l’intérêt bien compris de l’humanité est la fin du capitalisme, l’intérêt prochain des uns et des autres peut se confondre avec les politiques de domination de leur propre pays : la colère prend alors les formes xénophobes et guerrières que l’on voit aujourd’hui. La convergence de toutes les colères, nationalistes et universalistes, paraît alors bien compromise.

Soutenir ces colères sans s’interroger sur le caractère illusoire des cibles désignées s’apparente aux stratégies léninistes de prise du pouvoir, illustrées par le « programme de transition » élaboré en 1938 par Trotsky pour la 4e Internationale : « Si le capitalisme est incapable de satisfaire les revendications qui surgissent infailliblement des maux qu’il a lui-même engendrés, qu’il périsse ! La « possibilité » ou l’ « impossibilité » de réaliser les revendications est, dans le cas présent, une question de rapport des forces, qui ne peut être résolue que par la lutte. Sur la base de cette lutte, quels que soient ses succès pratiques immédiats, les ouvriers comprendront mieux que tout la nécessité de liquider l’esclavage capitaliste ». Reste que même « impossibles » ces revendications s’inscrivent dans un cadre capitaliste, et qu’en mettant leur satisfaction à l‘ordre du jour, l‘ordre social visé ne peut être qu‘une forme de capitalisme d‘Etat. Or, affirmer encore aujourd’hui que celui-ci est la solution pour retrouver la prospérité, ce serait faire peu de cas de l’histoire, comme des contraintes économiques capitalistes qui pèsent tout autant sur le capitalisme d’Etat que sur le capitalisme privé. Et ce serait aboutir à l’inverse de ce qui était souhaité par nombre de ceux qui ont appelé à tout bloquer.

L’actualité ramène à d’autres points importants à propos de ces colères, celui de la vérité (rappelons que « le sujet idéal du règne totalitaire, selon Hannah Arendt, n’est pas le nazi convaincu, […] mais l’homme pour qui la distinction entre faits et fiction, et la distinction entre vrai et faux (c’est à dire les normes de la pensée) n’existe plus »), celui de la dénonciation par Simone Weil des passions collectives, ainsi que sa défense du « bien ».

Quant au besoin de réflexion théorique, loin d’être inutile on voit à chaque pas de cette discussion qu’il se rappelle constamment à nous (quelles sont les causes profondes de ces colères ? quelles forces sociales peuvent se mobiliser pour une reprise du projet révolutionnaire ? Une certaine idée de la liberté ne risque-t-elle pas de sombrer avec l’effacement en cours de l’Europe ? …).

A. Danet

Lettre à Lucas Amilcar, en réponse à son article « la France insoumise, le fascisme et la révolution »

article de départ paru dans le n° 482 du journal numérique Lundi matin, le 1er juillet 2025.

Cette lettre ne cherche pas à évaluer la perspective de l’auteur qui est de replacer la question du mouvement révolutionnaire à une époque où semble prédominer la fausse alternative LFI ou fascisme, mais à donner des précisions sur la notion d’autonomie dans son rapport parfois confus avec ce qui a pu être appelé « le mouvement de l’autonomie ».


Bonjour,

Quelques remarques sur les notions utilisées et leur contexte historique.

 Vous semblez confondre mouvement libertaire (dont l’acception est si ce n’est anhistorique, du moins envisageable sur le temps long) à travers ses différentes variantes et le mouvement autonome qui me paraît historiquement daté et depuis longtemps moribond. Cela ne veut pas dire qu’il ne puisse pas demeurer des tensions vers l’autonomie, comme par exemple dans le mouvement des Gilets jaunes comme vous le signalez, mais alors, il ne s’agit pas du « mouvement autonome » dans son acception historique et idéologique, mais d’un mouvement pratique qui tend vers ou veut préserver son autonomie. De la même façon, il me paraît discutable, si ce n’est abusif, de mettre ce que j’appelle les « insurrectionnistes » dans le mouvement libertaire malgré la sorte de coup de force qu’opère en ce sens Marcello Tari dans Autonomie qui d’ailleurs ne concernerait que l’Italie s’il n’en faisait pas une relecture à travers la vision qu’en a l’IQV.

En France, il n’y a pas eu un très fort mouvement autonome au sens strict et du reste l’appellation « les autonomes » indiquaient plus une volonté d’indépendance par rapport aux divers groupes gauchistes y compris anarchistes ou libertaires qu’une positivation de l’autonomie comme projet collectif. 

Si cette exigence d’autonomie s’étendait aux organisations traditionnelles de la classe ouvrière, elle n’a pas non plus débouché sur un alliage avec une « autonomie ouvrière » déjà pré-existante comme en Italie, à la fois du point de vue théorique (la théorie opéraïste) que du point de vue de la pratique (le mouvement de refus du travail), mais absente en France. Mai-juin 68 en France était certes porteur d’une tension vers l’autonomie, mais encore très dépendante de la théorie du prolétariat classe de la révolution et cela même à l’intérieur du Mouvement du 22 mars, le seul des protagonistes à pouvoir (et encore rétroactivement) se reconnaître comme libertaire  ; d’où notre inhibition devant la réalité de la défaite dès le début des années 70. Un constat que les courants ultragauche et ICO firent dès 1975, mais que les courants libertaires hésitèrent beaucoup plus à faire dans la mesure où ils se projetèrent plus facilement sur les pratiques alternatives.  D’ailleurs le champ de l’intervention avait déjà été délaissé aux maos spontex de la Gauche prolétarienne qui cherchèrent vainement à forcer la tension vers l’autonomie dans leur rapport pourtant avant-gardiste aux « masses ».

De fait, la critique proprement « autonome » ne se développe qu’entre 1977 et 1979 autour de Bob Nadoulek d’une part (Violence au fil d’Ariane : du karaté à l’autonomie politique et L’iceberg des autonomes), de la revue Camarades » (Yann Moulier Boutang le traducteur de Tronti et Négri y défend un opéraïsme à la française) d’autre part et enfin du groupe d’obédience kantienne Marx envers et contre Marx dont la dernière manifestation sera le livre de Marc Saligue Le principe autonome (1983) qui se proclame au-delà du principe communiste ; par la suite, le terme lui-même ne perdurera qu’à la marge et sous l’appellation dégénérescente de « les totos ». 

 On peut dégager trois idées-forces de Nadoulek que je signalais entre 1988 et 1989 au moment des prémisses de la revue Temps critiques, mais qui me semblent encore en grande partie valables aujourd’hui :

— pour se distinguer des positions gauchistes traditionnelles, le risque est grand, pour le « mouvement autonome », de se présenter en tant qu’alternative politique s’appuyant sur les idées d’autogestion, de démocratie directe, d’assembléisme (par exemple en Espagne dans les chantiers navals1). Or l’autogestion et la démocratie directe ne sont que des formes qui en soi ne permettent aucune alternative. « Il ne peut y avoir d’alternative formelle qualitativement différente à ce système, seulement des enclaves de luttes et de vie où le qualitatif est plein de l’ambivalence force/fragilité de l’aléatoire. ». Il s’ensuit une critique de l’idée gauchiste de « libération » et finalement une position assez proche de celle des petits groupes ultra-gauches, à partir de prémisses différentes.

— Nadoulek aborde aussi la question des classes et des luttes de classes dans des termes très différents de ceux de la vulgate marxiste : « (…) on peut définir le conflit social actuel à partir de trois forces : l’establishment (terme rendant mieux compte du statut d’une classe qui n’est ni réellement dominante au sens de ses capacités de maîtrise des processus, ni bourgeoisie au sens d’une terminologie marxiste archaïque), l’opposition contenant tous ceux qui veulent remplacer le système par un autre ou opérer des changements de place, et en dernier lieu les luttes affirmant une identité qui parcourt les structures en débordant tous les systèmes dans son mouvement ».

— enfin, il y a l’amorce d’une appréhension nouvelle du mode de production capitaliste : l’accumulation n’est plus celle, rigide, d’un capital fixe dont la propriété est facteur de conflit. Il y a processus de circulation permanent de flux économiques, culturels, informationnels et les secteurs en développement sont ceux qui permettent la reproduction du consensus.

Cette approche critique restera très marginale au sein d’un mouvement qui ne cherche pas principalement à développer une conscience politique comme préalable d’une rupture, mais qui cherche plutôt à exprimer une « sensibilité de masse » proche de celle qui s’est exprimée dans les événements de Bologne de 1977.

Le « mouvement autonome » a buté sur le problème des formes de luttes et de leur niveau de violence à partir des manifestations anti-nucléaires de Malville. Les « autonomes » français et allemands ont cherché à faire comme s’ils étaient les plus forts militairement, confondant ainsi jeux guerriers traditionnels de fins de manifestations et guerre sociale. Cette incapacité à déterminer le niveau réel de lutte atteint et celui à atteindre a conduit à la désagrégation du mouvement. Les derniers « autonomes » reflueront alors vers un terrain d’action de plus en plus limité à une sorte de gestion de la précarité (squats), à une implantation parmi les « exclus » et à quelques actions contre l’État et ses représentants (occupation du journal Libération au moment de la mort des quatre membres de la RAF à la prison de Stammheim). L’ambiguité de cette fin de comète apparaît bien dans le parcours d’un groupe comme action directe :, l’autonomie, les squats, la lutte armée, le marxisme-léninisme.

Le « mouvement autonome » en France manifeste la crise du travail sous sa double forme de refus du travail (critique prolétaire) et d’inessentialisation de la force de travail (« critique » effectuée par le capital lui-même au sein du procès de production à travers l’automatisation et plus globalement l’introduction massive des nouvelles technologies de l’information), mais sans issue immédiate car cette crise ne fait finalement que s’amorcer. Cette impasse objective va conduire les restes du mouvement vers trois pratiques qui se révéleront elles-mêmes des impasses :

— la lutte armée et ce sera la voie prise par le groupe Action directe.

— la marginalité « politisée » comme tentative de réorganisation de toute la vie sociale alors qu’il s’avère déjà impossible que le travail « productif »  soit à la base de cette réorganisation. Ce mouvement de marginalisation volontaire n’est donc pas à opposer à ce qui serait un véritable mouvement prolétaire de réappropriation de la richesse sociale, il en est la limite et marque son échec : sur la  base de la crise du travail, il n’y a que de la pauvreté à se partager.

— les pratiques « alternatives » qui privilégient les expériences concrètes et les transformations « ici et maintenant ».

Aucune de ces voies n’a pu vraiment se développer en France, alors qu’en Allemagne les deux dernières ont débouché sur la constitution d’un véritable milieu alternatif avec parfois pignon sur rue et banque « alternative » pour faire le bon poids ! Là encore les caractéristiques de l’État français ont amené le pouvoir à faire la chasse à la marge. Le mouvement des squats a été constamment illégalisé et criminalisé, avant même qu’il ne prenne de l’importance. Aucune enclave n’a pu durablement se stabiliser pour ensuite espérer faire tache d’huile.

Mais dans le passage du mouvement autonome au mouvement alternatif on assiste au glissement d’une dialectique des « libérations » vers une affirmation des possibles ici et maintenant.

Dans « l’Autonomie », il y a donc la volonté de poser un nouvel immédiat, nécessité que nous avons aussi reconnue avec la notion de « pratiques critiques », mais dans tous ces mouvements ou pratiques le nouveau ne peut se critiquer essentiellement à partir de l’ancien (le programme de classe, la théorie constituée), mais plutôt à partir du sens du mouvement qui doit être appropriable par le mouvement pratique lui-même.

Cela pose différemment le rapport conscience immédiate/ conscience théorique : la crise des anciennes déterminations (classes, sexes, âges, rôles) entraîne que la théorie ne peut plus correspondre à une vision globale transcendant les individus qui la produisent (c’était le cas aussi bien des théories bourgeoises que de la théorie du prolétariat). Mais tout en ne pouvant plus être « séparée », la théorie ne peut nier que la scission entre conscience et pratique soit une des scissions réelles de l’humanité, dans l’aliénation. Cette scission n’a toujours pas été dépassée, mais elle s’est déplacée, élargie : de scission, principalement entre des individus (« théoriciens », « suivistes », « activistes »), elle est devenue aussi scission à l’intérieur même des individus, ce qui produit en eux un déchirement tel qu’ils ne peuvent que difficilement échapper à un mouvement d’oscillation entre révolte et découragement. Il ne faut pas confondre ce nouvel immédiat avec ce qui ne serait que la manifestation d’un vitalisme d’un nouveau type correspondant à une immersion pure et simple dans les relations sociales du moment : refus du passé, indifférence à l’avenir, apologie du présent comme l’exprime bien l’idéologie « jeune » [et je rajouterais aujourd’hui, ce qu’on appelle vulgairement le présentisme] vocable auquel nous préférons celui d’actualisme.

Si les « autonomies » ont recherché de nouvelles médiations, c’est que non seulement les anciennes étaient en crise, mais que c’était aussi la seule façon, pour les individus, de ne pas être immédiatement leurs rapports sociaux dans le capital, c’est-à-dire de pouvoir résister au procès « d’anthropomorphose du capital » (Camatte) en train de réaliser une partie du programme prolétarien, mais pour son propre compte : rendre l’individu immédiatement social en tant que particule du capital, aux antipodes du projet autonome en quelque sorte ! Ces nouvelles médiations ont surtout pris la forme de médiations politiques (« Autonomie organisée », « partis combattants ») ou de médiations psycho-sociales (nouvelles formes de travail, vie communautaire, action contre-culturelle), car les mouvements ont délaissé la question de l’institutionnalisation des médiations, pourtant fondamentale dans l’optique de la création d’un nouvel imaginaire social et politique qui doit sous-tendre tout projet d’autonomie (Castoriadis : de l’instituant à l’institué).

Ce qui fait l’originalité et l’intérêt des mouvements autonomes ne doit pas nous cacher qu’ils constituent, par bien des côtés, une régression du niveau de lutte atteint dans la phase qui à précédé et été à l’origine de leur naissance. « L’autonomie » consacre bien souvent le passage d’une insatisfaction qui cherche à se supprimer, à une satisfaction aliénée. « L’Autonomie » dégénère alors en éclatant en « autonomies » et « espaces d’autonomies ». On assiste alors à une subjectivisation absolue d’une individualisation sans sujet. C’est ce qu’a très bien exprimé Jacques Guigou avec son concept « d’egogestion2 », même si ce concept est surtout adapté à la situation française, pour des raisons que j’ai déjà mentionnées.

Si le nouvel immédiat cerné par « l’Autonomie » a pu exprimer une certaine universalité car c’est une forme de dépassement des projets de classe et donc d’un élément important de la particularisation des individus dans un rapport social centré sur le travail et la production matérielle, il ne constitue pas un dépassement de la particularisation en général. Son objet a changé dans une période de crise des anciennes médiations et représentations, ce qui explique les ambiguïtés de ces mouvements, à plusieurs niveaux :

— Il n’y a qu’un pas de la collectivité fonctionnelle à la collectivité organique et ce n’est pas un hasard si on assiste à un afflux non négligeable de ruraux et de conservateurs chez les « Verts », surtout en Allemagne, mais aussi aux États-Unis où la Deep ecology semble s’imposer de plus en plus au détriment d’une écologie sociale (Murray Bookchin). La critique de la domination sur la nature n’aurait alors conduit qu’à son contraire, une immersion dans la nature (retour à une prédominance des déterminations naturelles ; la question du rapport à la nature n’est plus posée), sans que soient redéfinis les rapports des individus à la nature extérieure et les rapports des individus à leur propre nature. Pour la Deep ecology, la domination sur la nature est première et marque en cela un renversement de l’ancienne perspective socialiste de la primauté de la domination des hommes sur les hommes. La critique est contre dépendante et peut tourner à la mystique.

— Le « Mouvement » qui se veut « Autonomie » est composé d’individus qui, finalement, se pensent dans l’hétéronomie : le sujet de l’humanisme n’existe plus et l’individu bourgeois est remplacé par l’individu de l’époque de la dissolution des classes. En tant que sujet éclaté, il ne peut que difficilement trouver dans ses rapports aux autres, la confirmation de son existence et donc de son autonomie, alors que l’individu des classes la trouvait dans son existence de classe, par exemple pour l’individu prolétaire.

Le sujet éclaté ne peut alors espérer prouver sa subjectivité que dans l’intersubjectivité (la création de communautés propres à chaque particularisme bien loin de la tension vers la communauté humaine) et dans les « branchements » de toutes sortes (les réseaux). Cette absence d’épaisseur de l’individu de la fin des classes l’amène paradoxalement à ériger en valeur suprême l’authenticité, quel que soit son contenu. Cela conduit à l’apologie des différences et à l’acceptation du procès de fragmentation de l’être qui est pourtant la première étape vers la réalisation complète de la séparation.

A partir de là comment s’étonner que le mouvement libertaire actuellement complètement divisé par ses combats internes qui empêchent toute discussion et débat ouvert et qui a rendu impossible depuis 10 ans l’organisation annuelle du salon libertaire de Paris (et celui de Lyon) puisse comprendre et accueillir un mouvement comme celui des Gilets jaunes ?

J.Wajnsztejn fin juillet 2025

  1. Cf. Le pari de l’autonomie ; récits de lutte dans l’Espagne des années 1970, éditions du soufflet, 2018. []
  2. J. Guigou, La cité des ego (réédition, l’Harmattan, 2008). []

Manifestations américaines contre le gouvernement Trump : appel à une révolution ou pression en vue d’une prochaine échéance électorale ?

Cet échange interne à la revue fait suite à nos récentes interventions sur la situation aux États-Unis.


Le 17.07.2025

Dans mon texte et en général, j’ai mis en garde contre la tendance des Américains à ressasser les valeurs éternelles des pères fondateurs, etc., mais après avoir vu les rassemblements du 14 juin, je me demande s’il n’y a pas malgré tout une sorte de parenté avec ce qu’on a pu constater en France, avec la mémoire de la Révolution française. En effet, partout ou presque, c’est le refus de la tyrannie et de l’arbitraire qui a été mis en avant le 14. Une pancarte qui m’a particulièrement plu : « Eux veulent l’Allemagne de 1939, donnons-leur plutôt la France de 1789 ! »

Larry


Le 20.07.2025

Bonjour,

L’analogie sur la référence à la Révolution française entre les manifestations du No Kings Day aux USA et l’évènement Gilets jaunes n’a pas vraiment de réalité politique.

Pour les  GJ, nous l’avons mis en évidence dans notre texte « L’envie de Révolution française des Gilets jaunes », même dans les moments les plus anti-autoritaires du mouvement, ceux où dans les manifestations de décembre 2018, le mot d’ordre de destitution de Macron s’est exprimé le plus fortement, il n’est pas équivalent au No Kings de certains manifestants du 14 juin aux USA contre le pouvoir fédéral. 

En France, c’était le refus d’un ordre jugé injuste, méprisant (« les gueux ») et insensible aux aspirations du peuple. On se souvient des appels des groupes Constituants à fonder une nouvelle république ou encore à l’instauration du RIC = Référendum d’incitative populaire, pour trancher les grandes questions politiques. C’est un régime politique et économique qui doit être abattu, pas une alternance politique.

Aux USA, c’est davantage des mesures politiques jugées autoritaires et discriminantes qui sont visées. Ainsi, l’expression plusieurs fois entendue, « aujourd’hui on s’est compté, ça fait du bien », c’est-à dire on s’est rassuré sur notre force politique ; sous-entendu à la prochaine élection (les miterm dans un an et demi, puis la présidentielle de 28) nous aurons la majorité démocrate pour supprimer ces mesures politiques et économiques.

Le slogan « Eux veulent l’Allemagne de 1939, donnons-leur la France de 1789 » exprime davantage des imageries historiques qui n’ont pas de prise sur les réalités politiques d’aujourd’hui aux USA.

Elles relèvent d’un antifascisme simpliste et creux pour la référence à l’Allemagne de 39 appliquée à la politique de la nouvelle administration américaine et d’une certaine méconnaissance de la révolution française. Le régime de la Terreur a été despotique et Robespierre a été attaqué puis renversé à l’Assemblée aux cris de « mort au tyran », lui qui s’inspirait tant des héros tyrannicides de l’antiquité.

Car cette opposition de deux périodes historiques qui n’ont quasiment rien en commun, ne peut qu’entraîner des confusions et des méprises pour le devenir même des luttes et les aspirations qui se sont manifestées le 14 juin. Le mouvement MAGA, n’est ni un fascisme et encore moins un nazisme.

L’antiautoritarisme qui semblait représenter un dénominateur commun des manifestants du 14 juin est resté soit dans une opposition simple, sans contenu politique autre que l’action contre, soit dans une sorte d’élan pré-électoral.

Il est ici à remarquer que les dimensions de lutte pour l’indépendance des États américains contre le royaume anglais, des luttes qui sont au centre de la révolution américaine, ne sont pas évoquées.

Il est vrai que la « glorieuse révolution anglaise », plus d’un siècle avant la française, avait décapitée un roi (1649). Mais peut-être aussi est-ce là un des effets de ce que Larry appelle « la tendance des Américains à ressasser les valeurs des père fondateurs »…

Ce sont bien sûr, des hypothèses d’interprétation de phénomènes très fluctuants et intermittents, loin d’être fixés.

JG


Le 24.07.2025

Bonjour,

Je souscris en partie à ton analyse, Jacques, d’autant qu’elle correspond à certaines remarques que j’ai faites dans mon texte sur la situation aux États-Unis. Il n’empêche que, par-delà la pratique rituelle des commémorations, on note un certain regain d’intérêt pour la tradition de soulèvement contre le pouvoir anglais et, plus intéressant encore de mon point de vue, pour la résistance à l’esclavage qui a conduit à la guerre de Sécession. En effet, les États esclavagistes, longtemps dominants au Congrès, ont pu faire voter en 1850 une loi faisant obligation aux États du Nord de concourir à la capture des esclaves fugitifs. Cette loi et la chasse aux fugitifs ont poussé un État du Nord après l’autre à adopter des lois contraires à cette loi fédérale et ont déclenché des affrontements violents. En Pennsylvanie, un esclavagiste venu reprendre ses esclaves a été tué sur place et les 41 inculpés ont été rapidement prononcés non coupables par un jury populaire. 

Surtout dans le Massachusetts, cœur du mouvement abolitionniste, il a fallu envoyer la troupe fédérale en 1854 pour récupérer un seul esclave à Boston. Puis, à Worcester, grand centre industriel, un chasseur d’esclaves a échappé de peu au lynchage par la foule. Or dans cette même ville, l’inspectrice des écoles publiques a envoyé cette année une circulaire rappelant que les écoles ne demandent pas le statut légal des immigrés et qu’elles ne comptent pas se concerter avec l’ICE (police de l’immigration et des douanes). 

Pourquoi citer cet exemple ? Parce qu’une certaine conscience du passé semble se raviver et qu’un aspect essentiel du militantisme au quotidien tourne en ce moment autour de la protection des étrangers, et pas seulement à Los Angeles, ville sur laquelle tous les projecteurs étaient braqués en juin. Cette question a été largement présente dans les rassemblements du 14 juin dans le reste du pays. Certes, nous en sommes encore loin de l’idée du renversement d’un régime, mais si je souligne cet aspect-là, c’est parce que le précédent historique — mouvement abolitionniste-guerre de Sécession-émancipation-Reconstruction — était en fait le temps fort de la révolution bourgeoise aux États-Unis : la guerre d’Indépendance a représenté une rupture importante du point de vue des représentations mentales, mais a laissé intacts les rapports de propriété, alors que la séquence des années 1860 a entraîné une vaste expropriation et la brève constitution de régimes où d’anciens esclaves devenus des citoyens ont pu se faire élire et défendre leurs intérêts en tant que petits agriculteurs, métayers ou ouvriers agricoles. Quant aux grands noms des familles de planteurs, une quarantaine d’années plus tard, plus un seul ne faisait partie du gotha américain. Une classe sociale entière avait disparu…

Pour revenir à la réalité actuelle, si on peut constater la tendance à vouloir se compter en vue des prochaines élections et d’un retour à la normale (= pouvoir des Démocrates), les contestataires ne restent pas pour autant passifs. Des collectes ont été faites au cours de manifestations pour les salariés licenciés par le DOGE, des rassemblements se font devant des centres de détention des immigrés, les agents de l’ICE ont du mal à trouver un hôtel où ils peuvent dormir tranquilles (comme dans la ville de Pasadena, où la direction de l’hôtel a fini par les engager à repartir face aux manifestants dehors). Bref, le refus d’un pouvoir arbitraire prend en tout cas une forme active, même s’il semble pour le moment rester dans le carcan de l’alternance électorale à l’américaine. À suivre donc.

Larry