Compte rendu de la manifestation du 16 janvier 2020, Lyon

11h30 Manufacture des tabacs

Environ 8000 personnes soit la moitié du jeudi précédent. Cortège de tête en baisse dans les mêmes proportions avec environ 2000 personnes composée des Gilets jaunes en assez grand nombre puis les « indépendants » ou manifestants « en liberté » autour des Gilets jaunes. Le bloc en noir ne se mettra en place que progressivement.

Un assez gros groupe plus ou moins étudiant suit derrière une banderole contre la réforme, mais il hésite à rester coller en arrière à la manif CGT ou à se coller avec l’avant ce qui fait que l’avant de la manif n’arrêtera pas de freiner car elle avance à une vitesse Gilets jaunes.

Le camion CGT a appelé en début de manif le ban et l’arrière ban des syndicats pour arriver à trouver deux personnes par syndicat pour faire le SO de la manif syndicale. La CGT est toujours dans l’ouverture et une forme de déconfiture si l’on peut dire puisqu’elle en appelle non seulement à la CNT, ayant fait ce qu’il faut pour « en être », mais aussi la CNT-SO dont à peine dix manifestants doivent savoir qui ils sont !

La manifestation part avec une heure de retard, normal, tactique CGT pour récupérer les intermittents de la manifestation qui sortent du boulot entre 12 et 14H ce qui permet de gonfler les chiffres.

Pas un uniforme aux environs. La police ouvre peut être le bal, mais de très loin et personne sur les trottoirs ni dans les rues perpendiculaires adjacentes.

Tension zéro dans la manifestation. Saxe-Gambetta se passe sans incident, Place du pont de même ainsi que Fosse aux ours les lieux d’accrochage habituels.

Mais une fois passée le pont de la Guille, l’honneur de la police va être sauf. La présence policière est plus rapprochée et défend le côté de l’ancien Hôtel-Dieu.

Quelques jets de peinture sur la façade de la part de BB qui se protège au-delà du passage de la masse des manifestants de la CGT qui arrivent et les CRS se déchaînes en grenades jetées au ras du sol et en grand nombre. Suffocation générale et charge des bacqueux qui ont surgi de derrière l’Hôtel et ont rejoints la rue de la Barre. Ils attaquent les banderoles en priorité à coups de matraque. Des jeunes résistent. Peu de blessés, mais beaucoup de personnes incommodées. La police barre le passage en direction de Bellecour. Ils sont une trentaine et tout à coup la masse de la manif menée par les gazés de la phase précédente déboule sur eux. Ils n’en mènent pas large et reculent sous les cris de « manifestation solidaire, on avance » ; « tout le monde déteste la police » et « barrez-vous » ! Ils reculent en plus ou moins bon ordre et comme il ne peuvent tenir toute la largeur de la rue ils se regroupent sur la droite et se réfugient dans une rue adjacente.

Bellecour, dispersion sans incident.

La foule a démontré que, dans les conditions d’un Etat de droit, les violences policières existent surtout parce que justement la masse des manifestants laisse isolée une partie d’entre eux qui deviennent alors des cibles.

Quelques Gilets jaunes vont se retrouver devant le Printemps pour scander : « 10-20-30 % Macron solde les retraites », tandis que d’autres sont partis dans le quartier de la Part-Dieu.

Comptes rendus des manifestations du 9 et 11 janvier à Lyon

Compte rendu de la manifestation syndicale du 9 janvier 2020

Rendez-vous pour départ prévu à 11h30 de la Manufacture des Tabacs

La CGT bien qu’assez en avant et nombreuse voit petit à petit un cortège de tête gonfler de façon incontrôlée. Le cortège classique lui voit des avocats se joindre de façon ostentatoire tandis que les égoutiers sont venus mettre un temps l’ambiance au-devant. Pas moins de 4000 personnes vont constituer le cortège de tête avec toujours les Gilets jaunes à la pointe suivi du black bloc, étudiants et autres quidams ne souhaitant pas être dans le cortège syndical.

La manif démarre avec plus d’une demie heure de retard sur l’horaire officiel. Les flics se font discrets malgré des contrôles et même les bacqueux, un peu trop entreprenant au niveau de la rue Rachais à Garibaldi, s’éclipsent face à une réaction de la foule. A Saxe, encadré par des GM et CRS sans qu’ait lieu un vrai contact, a lieu un peu de casse sur des banques mais ce n’est qu’après vers la rue Auguste Lacroix que les premières lacrymos sont envoyées sur un cortège qui encaisse bien et redémarre malgré des tirs de LBD.

La place de la Guillotière est sous bonne surveillance latérale et après des tags et une attaque de banque on a le droit à une salve de lacrymo à partir de la rue Mortier, vent dans le dos qui va étouffer tout l’avant du cortège de tête. Les plus en avant justement se voient donc coupés du reste de la manifestation au niveau de la place Raspail par un cordon de CRS et de la BAC. Cela ressemble plus à de l’intimidation qu’autre chose car ce cordon se retire après à peine 5 minutes de présence.

La CGT fait barrage à l’arrière pour essayer de scinder la manifestation, mais avec le retrait de forces de police le cortège se réunit, camion sono de la CGT à l’appui donnant même un instant le micro à une Gilets jaunes historique pour redonner de l’entrain aux présents.

Devant l’Hôtel Dieu, au niveau de la rue de la Barre, jets de peinture noire sur la façade. Des personnes forts aimables dans l’Hôtel Dieu font des gestes d’insultes aux manifestants qui s’échauffent et répliquent avec des projectiles. Dégagement du point d’abcès par des CRS,lacrymo à l’appui.

Tout se monde redémarre, la CGT entonnant du « Police nationale, milice du Capital » pour s’échouer tranquillement quelques mètres plus loin sur la place Bellecour bien encadrée.



Compte rendu de la manifestation du 11 janvier 2020 à Lyon

14 h Place du Maréchal-Lyautey

Manifestation intersyndicale et Gilets jaunes avec une grosse présence de la CGT tandis que les autres syndicats n’ont pas vraiment mobilisé ce samedi. La CGT à un service d’ordre, mais cela n’empêche pas du tout les Gilets jaunes et d’autres de se placer devant la tête officielle des « invités » du jour.

14 h 30 on démarre une manifestation qui comprendra jusqu’à 4000 présents avec un arrêt au beau milieu du pont Morand : par et pour le « bloc » qui se forme. Pendant ce temps les Gilets jaunes sont pour la plupart déjà de l’autre côté du pont (avançant à un tout autre rythme que les syndicats). Cela redémarre pour remonter le quai Jean-Moulin direction Bellecour comme annoncé ce qui fait que beaucoup du cortège de tête se rendent compte que la manif va être de courte durée… Mais on sent vite que du coté Gilets jaunes on a gardé ses propres pratiques avec invectives des policiers et tentative d’aller là ou il y a du monde et non des quais désertés : objectif centre de la Presqu’île ?

Première tentative dans une petite rue (rue de l’Arbre-sec ou du Bât-d’Argent ?) avortée assez rapidement, tentative de nouveau aux Cordeliers avec le premier gazage. Première embrouille aussi avec le service d’ordre de la CGT (SO qui prend sa mission d’Ordre au pied et à la lettre) et des personnes du black bloc durant la remonté du quai Jules Courmont. Nouvel échauffement rue Childebert qui ne dure pas et avec la manifestation syndicale qui continue son bonhomme de chemin comme si de rien n’était. S’enchaînent de la peinture sur l’Hôtel Dieu plus quelques tags. On tourne rue de la Barre après avoir vu que la place Antonin-Poncet était inaccessible directement, tout comme le Pont de la Guillotière barré par des barrières. Fermant l’accès à la rue Bellecordière une petite unité de CRS est là comme à portée de main. Une banderole se met bien devant eux et à son abri commencent quelques jets de projectiles. Gros gazage et on ne l’apprendra que le soir, mais une lacrymo est partie dans un appartement en hauteur face à la rue Bellecordière (une vidéo à fait le tour d’internet).

La CGT, une fois les gaz retombés, reprend son cours normal pour aller sur Bellecour.

À Bellecour une banderole qui a correctement manœuvré tout le long de la manif, avance et on se dit qu’on va tenter de repartir avec elle. Celle-ci se fixe devant la rue Émile Zola où les Gendarmes mobiles vont servir d’exutoire pendant de longues minutes, eux gazant pour se dégager. La banderole et une masse de manifestants en noir reculent vers le centre de la place Bellecour et se font rapidement attaquer par des CRS, gaz à l’appui, qui ne veulent pas les laisser se disperser trop facilement.

On se retourne et là embrouille au motif peu clair entre Gilets jaunes et cégétistes a priori du SO (?) mais assurément dont la jauge d’acceptation de pratiques qui ne sont pas les leurs à atteint, semble-t-il, le maximum aujourd’hui, alors que deux jours auparavant le camion CGT poussait au risque tout ! D’ailleurs l’incompréhension règne, car l’on voit des cégétistes faire le tour pour que tout ce monde se disperse, et ce après 2 h de manifestation grand maximum, ce qui n’est pas ce qu’entendent faire les Gilets jaunes en présence…
Un semblant de cortège hétéroclite se dirige vers la rue de la République, mais la tentative est vite avortée au profit d’une course vers Antonin Poncet. Salve de lacrymos quasi immédiate et reculade de CRS en embuscade sur la place et nouvelle tentative avec gazage derrière. Cela va stagner dans ce coin de la place Bellecour au gré de gazage et autres manœuvres tandis que tout ce monde se disperse très lentement sans avoir réussi à trouver de brèche dans le dispositif policier. Quelques-uns se rendront rue de la République sans le gilet, mais sans succès vu leur petit nombre.

Quelques nouvelles de Paris

Manifestation syndicale du 12 décembre

Après l’allocution du premier ministre le 11 décembre, la CGT a appelé à une manifestation le lendemain, jeudi 12. Sur un relai médiatique parisien (« Démosphère »), le rendez-vous est censé être à 12 h à Nation.
En fait à cette heure il n’y a personne hormis les cars de Gendarmes mobiles.

La manif aurait « été décalée » pour 14 h vue la précipitation avec laquelle elle a été décidée. Vers 13 h arrive le service d’ordre de la CGT. Il est plaisant de constater qu’on peut aujourd’hui discuter avec lui. Il est vrai que parmi celui-ci figurent des enseignants (où sont passés les gros bras staliniens ?). Ils ne se font aucune illusion sur la manifestation puisque, selon leurs propres dires, elle a juste été décidée pour répondre symboliquement à Philippe et ne pas laisser trop de temps entre deux « temps forts ». Mais de « temps fort » il n’y aura là qu’une caricature, les manifestants étant bien peu nombreux et les drapeaux gauchistes plus nombreux que les grévistes. Même les autres syndicats ne sont pas là.

En fait, pour être juste, il y a eu des appels à faire de petites manifestations locales à la suite des AG de grévistes du matin.

Dernière impression : les membres de base du SO de la CGT se demandent en fait pourquoi ils sont là et ils ne semblent pas tant craindre d’hypothétiques BB que la police. Je les renseigne sur ce qui s’est passé le 10 décembre à Lyon entre SO CGT et bacqueux et ils semblent persuadés d’être dans le collimateur de la police depuis la manifestation du 1er mai 2018.

La courte manifestation se passe sans incident.

Manifestation des Gilets jaunes le samedi 14 décembre

Le départ a été fixé à 13 h 30 à la station Trinité proche de Saint-Lazare qui se trouve sur l’une des deux lignes automatiques du Métro qui fonctionnent à plein. C’est une manifestation déclarée par le groupe de Gilets jaunes « Décla ta manif1» qui est plus ou moins dirigée par une femme très combative ancienne de Nuit debout, mais très contestée par ailleurs pour sa ligne « autonome » par rapport à d’éventuelles convergences. Dis autrement, elle est accusée de sectarisme et de trop se mettre en avant. C’est ce groupe (création le 28 décembre 2018) qui a appelé à la première manifestation parisienne déclarée le 5 janvier 2019 pour que les manifestations puissent perdurer malgré la répression.

Le rendez-vous pour les acharnés a été fixé à 10 h 30 et effectivement, à cette heure-là il y a déjà une cinquantaine de Gilets jaunes qui font du bruit et affichent pancartes, chantent slogans. Leur nombre monte vite à 100-150.

De nombreux tracts sont échangés. « Plateforme jaune » s’oppose à la fausse démocratie qui n’est en fait que la « démocratie patronale ». Elle s’oppose à tous les RIC et autres RIP et appelle à des comités de lutte avec délégués révocables. Le groupe « Gilets jaunes constituants 91 » distribue un tract plus inquiétant dans un « manifeste politique » antimondialiste et contre les principaux ennemis que sont la finance et la spéculation. Sans être fasciste, la tonalité est souverainiste. Il n’est d’ailleurs pas fait référence au peuple (contrairement à « Décla ta manif »), mais au « peuple français ». Un autre groupe de constituants « les ateliers constituants » proposent un programme plus classique autour de l’instauration du RIC au cours d’une première phase de transition démocratique œuvrant pour une nouvelle constituante. La continuité de ce processus réglerait le problème de la révolution et des forces de l’ordre qui pourraient garder leur fonction pendant cette période et ne pourraient donc que se rallier au mouvement.

Des manifestants originaires de Belgique distribuent un tract sur leur résistance réussie à la réforme de la retraite par un système à points. Ils rappellent que cette réforme est impulsée par l’Union européenne.

Un « Manifeste communiste » contre l’argent est aussi largement exposé. Bref, une sorte de cour des miracles politique, mais avec une proportion importante de « visiblement pauvres » d’un âge assez avancé. Beaucoup plus d’hommes que de femmes aussi.

La manifestation va faire le tour des beaux quartiers, mais pas ceux de la consommation de luxe comme en décembre de l’année précédente, mais ceux des belles habitations du XVIIe arrondissement en direction de la porte Champerret pour finir à la Défense. La manifestation est complètement encadrée : devant, derrière, sur les côtés, il est quasiment impossible de la quitter. C’est semble-t-il le cas tous ces derniers samedis. Il y a environ 2000-2500 personnes avec des participants un peu plus mélangés en âge, sexe et origine sociale.

Aucun incident, même si quelques apprentis BB gueulent ACAB de temps en temps. Les gens discutent beaucoup par groupes. On me montre six manifestants du groupe Ananas lié à Dieudonné ! Le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils sont entre eux.

La manifestation se disperse sans incident sur l’esplanade vers 17 h. Un rendez-vous « sauvage » est suggéré vers les Halles…

Manifestation syndicale du mardi 17 décembre

Le rendez-vous est à République à 14 h. Forte présence des Gilets jaunes qui, dès 12 h 30 montent sur la statue, lancent des fumigènes et font un foin de tous les diables. Les passants et autres manifestants font des photos.

Un ordre de cortège a été établi (comme d’habitude à Paris il est tiré au sort entre syndicats) et cette fois la CGT est reléguée en queue ce qui ne va pas lui permettre de faire régner l’ordre comme elle a su le faire le 10 décembre. Ce sont les étudiants puis la FSU qui sont censés ouvrir le cortège. En fait, c’est l’imbroglio complet, car la police est venue fermer la manif derrière un présumé cortège de tête qui n’existe pas. Le but est, dès le départ, de scinder la manifestation en plusieurs tronçons. Alors que les manifestants en aval des cordons et camions de police essaient péniblement d’avancer, les manifestants qui se sont retrouvés en amont essaient de revenir en arrière. Pagaille monstre. Les manifestants en amont essaient de repousser les forces de police en poussant sporadiquement, mais il y a peu de détermination, une incompréhension par rapport à la stratégie policière plus qu’une révolte contre celle-ci. Finalement, au bout de presque une heure de tergiversations la police abandonne l’idée de scinder la manifestation (peut-on appeler ça une victoire de notre part ?) et nous progressons en un seul cortège, mais complètement encadré devant derrière et surtout sur les côtés. Toutes les rues adjacentes sont bloquées par des cars ou camions et des forces de l’ordre qui semblent insensibles aux quolibets et aux remarques indignées. Mais, plus dangereux, de temps en temps, les forces de l’ordre dont certaines doivent rester mobiles, peinent et prennent du retard ; elles déboulent alors sur les trottoirs par groupes de 50 ou cent en bousculant littéralement tout sur leur passage au risque de chute de manifestants qui ne se retireraient pas assez vite. Quand on leur fait remarquer, ils répondent par la menace.

Cette situation va perdurer jusqu’à Bastille où un regroupement partiel s’effectue. Quand elle repart, elle semble encore avoir perdu de son dynamisme qui n’était déjà pas évident. Par ailleurs la police se fait de plus en plus présente (le retour d’une « police de proximité » en quelque sorte) et les provocations policières vont commencer à partir de Reuilly-Diderot. Les grenades explosent et une charge s’en suit, matraque au vent. Résultats quelques blessés à la tête (apparemment peu grave) soignés par des street medics. Les manifestants hésitent, beaucoup reculent puis finalement on avance de nouveau et cinq minutes ne se sont pas passés que l’on ne voit des bacqueux courant sur le côté faisant une incursion sauvage au milieu de la manifestation et en fait la traversant sans que l’on sache après qui ils en ont. Sans doute leur a-t-on fait savoir qu’il y avait quelques hommes en noir qui se regroupaient.

Les manifestants en sont quittes pour la peur. Plus rien ne se passe jusqu’à Nation où sporadiquement s’échangent lancers de projectiles divers contre grenades. À partir de 17 h 30 la police annonce qu’elle va évacuer la place. Avec la tombée de la nuit, les projectiles redoublent, les gaz aussi. Fin de l’épisode.

J.

  1. Sur leur tract, on peut lire un écusson indiquant : « Gilets jaunes pour la démocratie ». Le pouvoir au peuple, dissolution assemblée nationale, création d’une constituante. Dans sa déclaration de principe le groupe s’adresse « au mouvement » en dehors donc de tous les corps intermédiaires et militants. Le groupe se veut un lieu d’accueil des convergences de toutes les urgences : politiques, sociales, écologiques. Son vœu d’une manifestation à la fois non violente et déterminée est néanmoins entachée d’une forte empathie pour les forces de l’ordre qui ne seraient pas majoritairement contre nous. []

Compte rendu de la manifestation « unitaire » du 14 décembre à Lyon

14h. Brotteaux

Des Gilets jaunes 400 environ blottis contre la gare des Brotteaux alors qu’une fine pluie donne le ton de la future manifestation. Pas l’ombre d’un syndicat, mais par contre des drapeaux LFI car il y aurait un appel aux partis à rejoindre cette manifestation… pourtant l’appel « unitaire », qui n’a rien d’un appel de Gilets jaunes, semblait bien permettre aux syndicats de venir, d’autant que c’est la seule vraie justification pour un parcours déposé en préfecture. Nous allons donc goûter à la convergence faite à nos dépens.

La banderole de tête portée tour à tour par des Gilets jaunes de bonne volonté à pour inscription « Pour nos droits » avec une signature : « Gilets jaunes Croix-Rousse », là aussi cela n’est pas très unitaire même au sein des Gilets jaunes.

Démarrage de la manifestation vers 14 h 20 qui semble déterminée, mais la succession des rues et des avenues vides va donner un ton mortuaire à tout cela. Aux abords de la Part-Dieu vague tentative d’avancer, mais le cortège bloque toute initiative. Passage sur l’avenue Garibaldi à proximité des Halles-Paul Bocuse bien gardées par 3 camions de GM.
Arrêt, mais on sent bien que ce n’est pas là que quelque chose pourrait se passer. Suivent des tentatives, rapidement circonscrites, de bifurcation tandis que monte chez certains la conscience que cette manifestation nous balade, au sens strict du terme. L’exaspération monte notamment au moment de quitter Garibaldi pour prendre la direction de la Guillotière. Une personne avec un mégaphone (du NPA ?) s’emploie à faire avancer tout ce monde dans la « la bonne direction » alors que la voie est libre : la combine fonctionne et cela redémarre ! Des militants du NPA sont bien présent mais qui agissent, de fait, à l’insu de tous.

Direction la Guillotière et le cortège va s’échouer devant le pont du même nom, grille devant et GM de chaque coté. Cela stagne, certains s’énervent d’une manifestation aussi calme tandis que d’autres font tourner un mot pour se rejoindre à Bellecour, mais nous n’y trouverons quasiment personne. La « balade du samedi » des Gilets jaunes est finie à 16 h 30.

On apprendra que ce type de manifestation se décide en AG interluttes avec des représentants des « Gilets jaunes ». Qui sont ces « représentants », qui ne veulent pas apparaître comme responsables de pareil cortège mortuaire, demande des éclaircissements…

Comptes rendus des manifestations du 10 décembre 2019 à Lyon

Un matin lycéen

Échec du blocus à Ampère-Bourse qui avait pourtant bien marché la veille, mais gros blocus à Saint-Exupéry. Puis descente des croix-roussiens sur Ampère, traversée du Rhône pour ramasser les Édouard-Herriot et les Ampère-Saxe qui les avaient rejoints. Puis direction Rectorat devant lequel se retrouvent des JC et des étudiants. À environ 500 direction tranquille vers Jean-Macé avec arrivée en avance vers 10 h 30.

L.

Manifestation au départ de Jean-Macé

Le départ de la manifestation officielle a été fixé à 11 h 30 et non 10 h 30 comme le 5 ce qui montre que les syndicats ont anticipé une participation moindre et décalé l’horaire pour récupérer des manifestants entre midi et 14 h.

Effectivement, le cortège met du temps à se former. La CGT essaie d’organiser son service d’ordre et semble espérer prendre la tête comme à Paris, mais elle n’a pas la force d’empêcher la formation d’un cortège derrière des Gilets jaunes, lycéens et manifestants autonomes dans tous les sens du terme. On y reviendra.

Surprise, un petit nombre de pompiers en tenue, plus d’autres sans, se mettent dans les premiers rangs et fraternisent.

La manifestation démarre enfin et un fort cortège de tête se forme avec 3 ou 4000 personnes, mais un cortège trompeur, car son arrière garde composé des JC(r) et de groupes marxistes léninistes, n’est qu’une antenne jeune de la CGT organisée en bloc derrière une banderole générale à l’avant et des banderoles de côté qui enserrent le bloc suivi de près par l’UCL (fusion de la CGA et d’Alternative libertaire).

Au bout de 200 ou 300 mètres, un groupe très important de jeunes en noir et cagoulé/masqué (le plus important jamais aperçu pour Lyon, il me semble) traverse le cortège de tête et se porte à l’avant, mais en se mêlant à l’ensemble. Leur présence semble ragaillardir la tête de cortège et les Gilets jaunes les applaudissent, les pompiers leur serrent les mains.

Pas de présence policière visible sauf loin devant le cortège, mais on apprendra plus tard par un photographe que de nombreuses forces de police et de la base fourbissent leurs armes, car ils ont reçu l’ordre de défendre les banques de Saxe-Gambetta. Comme le bruit court dans le cortège de tête que la Société Générale serait visée, tout le monde doit être au courant, c’est le cas de le dire. En conséquence, tout le monde prend ses précautions et la densité de la manif est plus lâche. On voit mieux la situation, on est moins les uns sur les autres.

Les premières devantures sont taguées puis les canettes et pierres giclent sur la devanture de la banque. De nombreuses forces de l’ordre se précipitent sur le trottoir concerné pour défendre la banque. Image saisissante de la police-milice du capital comme lancent nombre de manifestants.

Les flics se sont introduits dans la manif entre le bloc de tête et la ligne des staliniens de la JC, qui en bloquant le passage, leur facilitait la tâche même s’ils n’étaient franchement pas à l’aise. Des individus du cortège de tête ont alors hurlé aux JC d’avancer afin de prendre les flics en tenaille. Certains sont allés à leur contact pour leur dire d’avancer. Ils ont été insultés et menacés. À ce moment un groupe de l’UCL est arrivé en appui au cordon sanitaire entre « organisations responsables » et l’expression autonome du mouvement.

Les policiers sont en mauvaise posture, gazent presque immédiatement et c’est l’embrasement. Les pompiers essaient de former une timide barrière « du feu », pour protéger l’avant du cortège qui pour le coup lève les bras parce qu’il y a une sorte de nasse qui s’est formée, mais peine perdue. Les ordres sont à l’offensive côté police. Ça bombarde. Néanmoins une quinzaine de policiers se trouvent tout à coup en situation d’être encerclés par des manifestants au contact. C’est alors que plusieurs groupes de bacqueux interviennent et des horions sont échangés, des grenades touchent certains manifestants et un pompier en civil est victime d’un LBD à l’épaule ; et un groupe de la BAC pourchasse les personnes en noir sur le côté gauche. Tout ce qui est noir devient un objectif même s’il n’a que peu de rapport avec les apprentis BB. Des Gilets jaunes sans gilet sont de la fuite.

Cela se calme car il faut attendre le reste de la manif. Les JC et ml tapis derrière leurs banderoles ont en effet continué à brailler leurs slogans… à 100 mètres des affrontements, bloquant ainsi le début du cortège CGT.

Nouvel arrêt à la Place du pont. La police se fait plus discrète. Les manifestants gazés récupèrent. Et on repart vers le pont de la Guille. Pas d’obstacle ni barrages, on ne se presse pas et le gros du cortège de tête arrive à hauteur de la place et s’aperçoit que toute la presqu’île nord avec ses artères commerçantes est interdite aux manifestants par les Gendarmes mobiles. La rue de la République et ses hauts grillages est délaissée et les manifestants les plus combatifs se reportent sur le camion à eau, qui bloque la rue Édouard-Herriot, et la Pizza Pino.

Après une séquence d’observation, les OVNIS sont de retour et la police y répond par des gaz et l’eau. Une ou deux charges suivent, un jeune est envoyé à terre par un coup de matraque. On le relève car la police a opté pour la mobilité, vu que la masse de la manif ne leur permet guère que de faire des incursions par l’intermédiaire de la BAC alors que les GM sont handicapés par leur matériel et procèdent simplement par petites avancées en ligne avant de regagner leur position d’origine qui répond à l’unique objectif de blocage de l’hypercentre. Résultats, ils se reçoivent un déluge de projectiles divers.

JC, ml et UCL qui ont complètement bloqué la manif à hauteur de la rue de la Barre-angle République, pour bien se distinguer des « autonomes », se mettent enfin à bouger et les manifestants en plus grand nombre peuvent atteindre le centre de la place.
Il y a là répétitions de ce qui s’est déroulé au croisement de Saxe-Gambetta.

Là, tactique quand même rarement vue pour une manif syndicale, les GM décident de suspendre les grenades et sur ceux qui leur envoient des bricoles et lancent au plus loin du milieu de la place de nouvelles grenades, dont le seul but est de hâter la dispersion du plus grand nombre de manifestants. Tactique payante.

Le camion de la CGT et des membres du service d’ordre de la CGT arrivent enfin, mais sur le côté de la place ils sont au contact d’un groupe de bacqueux qui s’en prend plein la gueule. Ils donnent l’impression de vouloir utiliser le côté du camion pour se protéger, mais ils se retrouvent au contact du SO de la CGT. Des coups sont échangés, le SO est offusqué et ses membres se mettent à s’engueuler entre eux, entre ceux qui trouvent que c’est inadmissible ce qui se passe (sous-entendu attaquer une manif syndicale et encore plus la CGT) et ceux (plus rares) qui disent que la police a bien le droit de se défendre.

Un membre du SO assez imposant qui vient de se prendre un grand coup de matraque dans le dos répond à des manifestants qui lui demandent où est le SO de la CGT et pourquoi il se laisse bousculer par la Bac, répond qu’il n’y a plus vraiment de SO organisé… et que personne ne veut plus en faire partie. Par certains côtés on ne peut que s’en réjouir, surtout nous les anciens qui avons connu les durs temps du stalinisme, mais d’un autre côté, quelle tristesse de penser qu’ils ne sont même pas capables de défendre leur camion. À part le cégétiste légèrement blessé, un Gilet jaune s’est pris une LBD sur le coude. Il est pris en charge, mais cela n’a pas l’air très grave.

Cela aura été le dernier incident de la journée. D’après la CGT, 17 000 manifestants contre les 30 000 de jeudi 5.

Des Gilets jaunes se sont donné rendez-vous vers le cheval place Bellecour pour 15 h 30, mais après une demi-heure de tour de la place, une centaine d’irréductibles sont poussés par la police qui ratisse la place finalement sans contrôle d’identité alors qu’elle les en avait menacés.

J. et J-P

Compte rendu partiel de la journée du 9 décembre 2019 à Lyon

Partiel car centré sur les lycées mobilisés pour dénoncer l’action de la police la semaine dernière devant le lycée Ampère-Saxe et la blessure à la face par balle de LBD d’un jeune élève de 15 ans.

Dès 8H du matin, le blocage d’Ampère-Bourse est important avec 300 élèves qui bloquent les portes avec des poubelles et autres obstacles. La police est présente mais regarde de loin contrairement à décembre où elle intervenait très rapidement. Le blocage a aussi lieu à l’annexe d’Ampère-Saxe.

Quelques poubelles s’enflamment, la police avance puis recule. Je me fais insulter par le porteur de LBD qui me dit que je devrais avoir honte d’être là à mon âge. L. lui répond vertement et moi de même. Il s’éloigne. Quelques délégués partent à l’AG de la Bourse, mais le blocage tient. Quelques nouveaux feux de poubelles et des élèves bloquent une porte de derrière que l’administration tient à garder ouverte. Un peu de dispersion, de relâchement d’attention et la police en profite pour procéder à deux arrestations de lycéens. Pas de réaction véritable car l’occupation s’est effilochée.

Le rendez-vous de l’après-midi avait été fixé, au cours du W-E, à 14H devant l’annexe d’Ampère-Saxe et les enseignants et autres grévistes étaient censés s’y joindre. Mais en fait, par on ne sait quel tour de passe-passe les syndicats changèrent du tout au tout en convoquant au dernier moment la manifestation sur la place Jean Macé.

Résultat : les lycéens, désorganisés, sont dans la nature. Il n’y en a plus devant le lycée et guère plus à Jean Macé.

Une manifestation d’à peine 500 adultes (il n’y a même pas les étudiants qui pourtant ont eu une AG dans la matinée !) déambule lentement et à sa tête tout ceux qu’on n’a pas vu depuis plus d’un an, les leaders de la CNT qui enfin peuvent reprendre une tête de cortège drapeaux au vent d’autant que s’il y a des enseignants dans le cortège, enfin on peut le supposer, il n’y a pas de drapeau de la FSU et encore moins de cégétistes à par quelques cheminots venus à titre de grévistes, mais pas avec l’attirail syndical. Devant le lycée il y a un arrêt en hommage au lycéen avec prise de parole au micro par un apprenti bonze de la CNT. J’essaie d’intervenir sur le trottoir devant le lycée pour le renvoyer à ses misérables magouilles politiciennes, mais je n’ai pas de micro, il y a du bruit et à part quelques déçus ou coléreux qui se mettent aussi de côté sur le trottoir, tout reste bien dans l’ordre et la dignité. La manif s’ébranle à nouveau car vous savez (et même les déçus le disent) : il ne faut rien sacrifier à l’unité et l’essentiel est demain… D’ailleurs, l’essentiel n’est-il pas toujours pour demain quand certains sont prêts à faire avaler toutes les couleuvres et que d’autres sont prêts à les avaler…

Une remarque finale : pourquoi depuis décembre 2018 avec la force qu’a eu le mouvement lycéen à ce moment les lycéens ne se sont-ils pas constitué en coordination lycéenne comme leurs devanciers historiques. A cette question, L. pourtant lycéen et mobilisé n’apporte pas de réponse.

J. le 9 décembre

Comptes rendus des journées du 5 et 7 décembre à Lyon

La grève du 5 décembre

Environ 30 000 personnes. Par rapport à Paris et aussi par rapport à la loi-travail, pas l’ombre d’un service d’ordre par la CGT qui laisse la manifestation s’organiser, ce qui fait qu’un cortège de tête multiforme se met spontanément en place avec les Gilets jaunes, plutôt plus présents que prévus, les étudiants et lycéens et diverses personnes ou groupes qui ne se sentent ni liés à un syndicat ou à une organisation. Quelques LGBTQI+ aussi. Tout cela forme un gros groupe d’environ 3 à 4000 personnes. Quand le cortège s’ébranle ce groupe avance à marche forcée et serrée ce qui donne une impression d’intensité et de force, mais l’ambiance reste relativement décontractée, malgré la présence de la police qui ouvre un peu avant la marche, mais reste discrète sur les côtés et rues adjacentes. Entre Garibaldi et Saxe-Gambetta la manifestation commence à se scinder car, volontairement ou pas, le cortège syndical marque le pas et prend ses distances. Mais la tête de manifestation attend la jonction. Cela se reproduit à hauteur de la rue Créqui et peu avant Saxe. Le temps d’attente permet un resserrement du groupe de tête qui fait quasiment du corps à corps comme s’il ne formait qu’un ensemble. Le stationnement sur place s’éternisant, la présence d’une banque va cristalliser l’attention de certains manifestants. De la peinture et les premiers projectiles volent sur la façade ; un container de bouteilles est renversé et le contenu répandu par terre. Pourtant peu de personnes s’en emparent comme si ce n’était pas l’objet, comme si la masse et l’intensité de cette partie de cortège suffisaient à prouver la détermination. Sans sommation, en tout cas on ne l’a pas entendue, les forces de police bombardent la manifestation sans distinction, à l’aide de lacrymos particulièrement efficaces. Ce qui faisait la force du cortège, à savoir sa densité quand il avançait devient sa faiblesse à partir du moment où il recule. Le pire est évité car on aurait pu se piétiner mutuellement. La boulangerie qui fait le coin est prise d’assaut pour s’y réfugier. Une personne au moins a perdu connaissance et est étendue dans la boulangerie. On ouvre les portes qui donnent sur l’autre côté de façon à donner de l’air aux personnes en difficulté.

Retour au calme jusqu’à la Fosse-aux-ours. Devant le pont de la Guillotière les forces de l’ordre ont dressé des barrières et disposé leurs camions. Ils enserrent les côtés donnant sur la préfecture et le pont et cherchent à presser les manifestants le long du quai, ce qui est le trajet prévu. Ceux de tête ne sont pas décidés à obtempérer. Les premières escarmouches éclatent avec gaz et début de charges. Les manifestants s’éparpillent et certains, sur le bas port, sont abondamment arrosés de gaz lacrymogène. Ceux restés sur le quai avancent presque au contact et après une nouvelle petite charge, la police recule et une partie se replie par les escaliers, pas sûre du tout de sa sécurité, car descendre des escaliers à reculons quand on est harnaché comme ils le sont n’est pas une mince affaire.

À noter que le début de la manif CGT a aussi goûté de la lacrymo ce qui lui permet sans doute de mieux comprendre ce qu’on vit depuis plus d’un an.

Repli sur Jean-Macé par l’avenue Berthelot. Nous ne sommes plus qu’un petit millier. Visiblement la masse des manifestants s’est littéralement évaporée n’allant même pas jusqu’au terme prévu. Une preuve s’il en est que le gouvernement n’a pas trop à craindre de la rue, le pilonnage médiatique… et militant sur « le niveau jamais atteint de répression » ayant porté ses fruits.

À Jean-Macé alors qu’un militant du camion CGT essaie de résister à la débandade en faisant état des actions à suivre, il ne tarde pas à s’apercevoir qu’il parle dans le vide ou à personne et il plie bagage. La police peut alors donner libre cours à de nouveaux gazages qui se succèdent pour répondre à quelques projectiles. Cela va durer une bonne heure avant dispersion progressive.

Pendant ce temps à la Bourse, une AG étudiante et une autre enseignante envisagent l’action à suivre en présence de Gilets jaunes. Des allers-retours donnent lieu à un appel à manifestation le lendemain (vendredi 6) et à rejoindre la manifestation des Gilets jaunes le samedi 7… mais au départ de Jean-Macé. Comprenne qui pourra !. L’argument donné serait que l’hypercentre sera occupé par la fête des Lumières et inaccessible. De plus pas question de troubler la fête pour les syndicats.

Nous nous élevons contre cette décision de lieu de départ, mais trop tard car restés trop longtemps sous les gaz nous sommes arrivés à la fin de l’AG et n’avons pu discuter qu’avec ceux qui en sortaient. Nous nous adressons à quelques Gilets jaunes qui ont l’air content, dans l’ensemble, que les salariés et syndicats nous « rejoignent enfin ». Nous avons le plus grand mal à expliquer notre position comme quoi le rendez-vous de Jean-Macé, lieu traditionnel de manifestations syndicales, est plutôt le signe du ralliement des Gilets jaunes au giron syndical et nous émettons aussi les plus grands doutes sur cette déclaration d’unité.

La manifestation du 7 décembre

Et ça n’a pas manqué. À Jean-Macé à 14 h, pas de syndicat ! Juste une camionnette de Solidaires qui partira à la première grenade et des syndicalistes bien sûr, mais à titre individuel. On apprendra par la suite que la déclaration de manifestation a été faite par le groupe de Gilets jaunes de Lyon-centre, les syndicats s’étant défilés à la dernière minute. Le trajet est prévu jusqu’à la place Guichard (c’est donc en gros un « Bastille-Nation » entériné par les responsables d’un groupe de Gilets jaunes !), mais la manifestation, très conséquente (2000 personnes, de ce point de vue là c’est un succès pour Lyon) ressemble plus à un cortège de tête qu’à une manifestation. De fait, on n’a pas encore fait 200 mètres qu’une partie des manifestants quittent la manif pour prendre la rue Montesquieu mais cela ne dure qu’un temps. Au croisement de Saxe-Gambetta plutôt que de suivre le chemin déposé, c’est l’avenue de Saxe qui est empruntée. Après la place Bahadourian a lieu un sévère gazage de même pas 10 flics seuls et bien distants. Tout le monde réintègre par différents chemins la manifestation qui s’est poursuivie sur le tracé officiel et retour au calme jusqu’à la Place du Pont. La police qui était restée présente mais discrète (ouvrant la marche et gardant les rues adjacentes comme durant le jeudi 5), se fait pressante et cherche à nous empêcher de progresser vers Guichard. Nouveaux gazages mais très intenses et incommodant toute la population alentour. Une partie de la manif se dirige vers la préfecture où, bien évidemment elle se retrouve bloquée et bifurque vers la place Guichard où il n’y a même pas une prise de parole. Un « cortège » très distendu redémarre et va errer dans le 7ème jusqu’à se rendre à la Fosse-aux-ours, mais toujours dans l’impossibilité de passer en manif en presqu’île.

Une partie des manifestants occupent la police qui a été obligée de fermer le pont occasionnant des embouteillages monstres et un certain affolement chez les touristes qui tentent de rejoindre la presqu’île.

Nouveau gazage. Nous décrochons car l’abcès de fixation nous semble suffisant et nous essayons individuellement de gagner la presqu’île. Après un long face à face la police dégage le carrefour et les alentours.

Une fois de plus nous sommes rivés à cette maudite rive gauche du Rhône qui a enterré nombre de nos manifestations de Gilets jaunes, mais cette fois nous n’y avons pas été poussés et forcés par la police, se sont des Gilets jaunes qui l’ont choisie comme lieu de rassemblement !

Manifestation du soir contre la fête des Lumières

Pendant tout l’après-midi, l’info sur la manif anti-fête des Lumières de 19 h a circulé parmi les manifestants… mais ne semble pas avoir préoccupé la police, alors pourtant que de gros affichages ont été effectués dans Lyon les jours précédents. Si au rassemblement à l’heure dite au Pont Lafayette rive gauche du Rhône, nous ne sommes qu’une grosse cinquantaine, le groupe grossit vite et quand nous arrivons aux Cordeliers nous sommes bien 200. Nous abattons vite fait bien fait les barrières de filtrage au grand dam des quelques policiers et agents de sécurité placés ici pour le filtrage. Nous sommes entrés dans la zone réservée à « la fête » et nous allons y défiler pendant presque une heure et demie avec des slogans plus ou moins réussis. Nous profitons du fait qu’il n’y a pas encore trop de monde parmi les visiteurs pour être bien visible et il y a quand même suffisamment de monde pour que la police n’intervienne ni immédiatement ni violemment. Elle a été prise de surprise, il faut qu’elle se réorganise, elle est aussi gênée par le fait qu’elle ne peut déplacer ses véhicules et son armement. On peut parier que Collomb a été averti et qu’il doit modérer le préfet pour ne pas qu’on lui sabote « sa fête ».

À 20 h 30 les manifestants sont nassés à hauteur des Cordeliers, mais un nassage mollasson qui permet, à quiconque le désire, de quitter individuellement le groupe principal de manifestants. Si bien qu’alors que les forces de l’ordre poussent le gros des manifestants vers les quais et vont bientôt contrôler leur identité, un nombre presque équivalent de personnes joue à pousser la police en les encerclant de fait, mais symboliquement. Le gag est parfait, mais les agents de sécurité et la police remettent les barrières en place. La « fête » peut alors vraiment commencer.

Les assauts prolétariens contre le capital : mythe ou réalité ?

Nous publions ci-dessous un échange récent entre Henri D. et Jacques Wajnsztejn. Autant par les thèmes abordés que par les exemples historiques cités, leurs propos sont emblématiques de la manière dont l’ancienne « question sociale » est aujourd’hui réactivée par les luttes actuelles et notamment par celle des Gilets jaunes.
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