Le capitalisme est-il l’horizon indépassable de l’humanité ?

Nous avons jugé bon de rendre compte1 de ces journées d’échanges organisées à l’initiative de Serge Quadruppani, au village d’Eymoutiers sis près du plateau de Millevaches dit aussi « de la montagne limousine ».

Nous vous en livrons tout d’abord le texte de présentation…

Réchauffement climatique s’accélérant hors de tout contrôle, montée des fanatismes et triomphe de la rapacité d’une hyper-bourgeoisie mondiale, chaque jour s’affirme un peu plus la conscience que des catastrophes vont s’accumuler, menaçant jusqu’à la vie même sur la planète Terre.

Le sentiment d’impuissance n’a peut-être jamais été aussi grand devant un système social qui semble indéboulonnable. Le capitalisme est-il l’horizon indépassable de l’humanité ?

Rencontres autour de livres qui racontent l’histoire et l’avenir d’une idée aussi solide que le capitalisme : sa remise en cause à travers l’auto-organisation des exploités ; de grands moments où la possibilité de rupture est apparue : mai 68 en France et la décennie insurrectionnelle en Italie ; les oppositions présentes à travers les luttes de territoires.

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  1. publié sur le site Lundi.am le 1er octobre 2018 dans une première version []

A propos de la réédition de Mai 68 et le mai rampant italien

À l’occasion de la réédition revue et complétée1 de notre ouvrage de 2008 Mai 1968 et le mai rampant italien, nous vous livrons ce petit commentaire critique, resté inédit, sur la première édition2. Nous pensons qu’il reste en grande partie valable même si nous avons apporté des modifications à cette première version.

Pourquoi une nouvelle édition ? Ce n’est pas que la première ait été épuisée puisqu’à l’ère du numérique cette notion n’as plus cours, les tirages pouvant s’effectuer à la commande en flux tendus. Il s’agissait tout d’abord d’apporter des informations supplémentaires sur les luttes de l’époque, aussi bien en France qu’en Italie ; ensuite d’affiner certaines analyses à la lumière de nouvelles discussions et enfin de réaffirmer la nécessité d’une mémoire active des protagonistes des événements de l’époque, alors qu’en France aussi bien qu’en Italie, une mémoire rétroactive semble dominer les débats aboutissant à projeter sur le passé une interprétation de celui-avec des clés du présent. Pour être plus concret et si on s’en tient à l’événement Mai-68 en France, il fait maintenant l’objet d’une tentative d’appropriation mi-universitaire mi-médiatique qui le dissout dans « les années 68 », lui enlevant ainsi son caractère de discontinuité historique qui est le propre d’un événement au sens fort et son caractère subversif d’origine qui a tant fait peur. Ce qui reste alors peut être commémoré, c’est-à-dire le fait qu’il a modifié l’air du temps en accélérant le déclin des vieilles valeurs de la société bourgeoise et l’éclosion des valeurs progressistes de la société capitalisée dans le domaine des mœurs.

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  1. Jacques GUIGOU, Jacques WAJNSZTEJN, Mai 1968 et le mai rampant italien, L’Harmattan, coll. Temps critiques, Paris, 2018. 471p. – ISBN 978-2-343-14703-1

    Commande au tarif auteur (30 €, port compris)
    Règlement par chèque à l’ordre de J. Wajnsztejn à adresser à :

    Jacques Wajnsztejn
    11 rue Chavanne
    69001 Lyon

    []

  2. Elle devait prendre place sur le site dissidences.net []

Une thèse émeutiste

L’insurrection qui vient tardant à se manifester, il fallait réactiver la prophétie de l’émeute et signifier qu’elle est désormais primordiale. La prophétie, qui arrive cette fois de Californie, est énoncée par un universitaire doublé d’un militant des actions Occupy : Joshua Clover. Si l’on en croit un entretien avec l’auteur de L’émeute prime (Entremonde, 2018) lisible en ligne, Clover cherche à réhabiliter les émeutes comme forme de lutte politique à part entière. Les réhabiliter dit-il, car les marxistes les ont traitées par le mépris, eux qui ne voient en elles que spontanéisme et aveuglement stratégique. Lire la suite →

Critique d’un particularisme communisateur

La critique de toutes les sortes et de toutes les modalités des particularismes a été développée par la revue Temps critiques depuis la fin des années 1990. Le numéro 11 (hiver 1999) met en question « L’aliénation et le cours présent des particularismes ». Ont suivi deux livres de Jacques Wajnsztejn « Capitalisme et nouvelles morales de l’intérêt et du goût » en 2002 puis « Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme » en 2014.
À l’automne 2017, dans un texte placé sur ce blog et intitulé « Quand les communisateurs colmatent leur barque avec du racialisme« , Jacques Guigou critique l’errance de Théorie communiste dans les impasses du genrisme. Ici, il montre comment un communisateur qui signe GD se satisfait de la combinatoire sexuelle actuelle sans dire un mot sur son opérationalité dans la dynamique actuelle du capital. Lire la suite →

Quand des communisateurs colmatent leur barque avec du racialisme

Aujourd’hui, pour nombre de communisateurs, les points de vue partiels ou particularistes de genre et de race viennent relayer et se substituer au point de vue ouvrier partiel qui le précédait jusqu’au début des années 70 dans le cadre de la théorie du prolétariat ; théorie de classe, « point de vue ouvrier » pour les opéraïstes. Là où il y avait hiatus entre prolétariat et communisme les « communisateurs » ont mis en place un concept qui, pour eux, leur permet de combler ce hiatus, mais en renvoyant tout à la structure impersonnelle du capital. Devant cette abstraction puissance élevée à la puissance dix mais laminée par le courant dominant des particularismes, la théorie communiste se mue en opportunisme par rapport aux différents points de vue partiels dont les vagues font peu à peu céder tout point de vue universaliste et « à titre humain ». Mais alors que la communisation, emplie d’althussérisme implicite — tout en étant un concept et un mouvement critiquable — restait encore dans le cadre de la critique du rapport social capitaliste, on ne voit pas ce qui pourrait relier les intersectionnalités désormais intégrées par Théorie communiste, avec la communisation, justement. Plus, il n’y a aucun rapport. Sauf à penser que les « racialisés » et les « genrisés » soient les nouveaux agents actifs de la communisation dont, pour la plupart, ils n’ont même pas l’idée parce qu’ils ne produisent aucune critique de ces mêmes rapports sociaux capitalistes ; sauf à croire que ce que TC nomme le « dépassement à produire » est déjà à l’œuvre dans les pratiques qui cherchent à rendre visibles les « discriminations » de genre, de race ou vis-à-vis des religions.

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Théorie de la crise ou crise de la théorie ?

Cette suite d’échanges est le fruit d’une activité de discussions autour de la liste « soubis » dont l’un des membres a proposé un échange sur la crise à partir d’un texte de Robert Kurz, ancien membre de la revue allemande Krisis puis de la revue Exit jusqu’à son décès.

L’intervention de J. Wajnsztejn s’est faite à partir de deux axes principaux, le premier étant le caractère daté de ce texte de Kurz qui concerne la crise de 2008 comme s’il ne s’était rien passé depuis, comme si c’était une évidence que la crise s’étirait sans fin sans que cela soit pourtant une crise finale ; il s’agissait donc de critiquer l’approche qui ne considère le capitalisme que comme un système en crise sans jamais parler de sa dynamique contradictoire de développement plus caractérisée par des cycles courts de croissance et dépression que par des cycles de longue durée comme on avait pu en connaître tout au long des XIXème et XXème siècles ; le second à partir de la critique de l’utilisation de catégories idéalistes (les « abstractions réelles » de l’école critique de la valeur) qui ne sont explicatives de rien quant à la « crise » actuelle et qui sont de fait obligées de se replier sur la théorie de la valeur-travail, la baisse tendancielle du taux de profit et autres croyances marxistes jamais démontrées, ni d’ailleurs mesurables.

Ces remarques ont entraîné de nouveaux échanges inter-individuels entre JW et F. Chesnais qui présentait le texte de Kurz et une discussion publique au sein du groupe « soubis » le 10 mars 2017. Discussion que nous reproduisons ici ainsi que les quelques remarques de conclusion de JW.

Le texte préparatoire à la réunion de Kurz figure en fichier joint.

Suite à cette échange une discussion parallèle s’est engagée, en dehors du cercle « soubis » et cette fois en rapport avec le « réseaudediscussion » entre JW et Gérard. B sur machines et valeur qui est en cours encore et qui s’insérera plus tard dans cet ensemble.

Enfin, différentes remarques et discussions ont amené JW a remanier son texte d’origine « Crise ? » afin d’en faire un article en lui-même à paraître sur le site dans la semaine qui vient.

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Sur la notion de « travailleur collectif »

S’il y a aujourd’hui beaucoup de discussions autour du travail, elles restent le plus souvent d’ordre scolastique et/ou biaisées par des perspectives idéologiques et politiques qui négligent passablement ce qui se passe sur le terrain des transformations du procès de travail et plus en amont, du procès de production dont on ne peut plus le séparer. C’est pourtant ce à quoi il faut s’attacher si on veut démêler aujourd’hui les tendances contradictoires que représentent d’un côté individualisation des conditions et postes de travail, précarisation, « uberisation » et de l’autre, déploiement de la coopération d’une force de travail devenue ressource humaine et utilisant largement le General intellect. Se gargariser de thèses sur la domination du travail abstrait ou même sur l’inessentialisation de la force de travail dans le procès de valorisation ne peuvent servir de sésame surtout si on veut participer à l’articulation entre connaissance de ces transformations et pratiques critiques de lutte.

Ainsi, si Marx avait anticipé le développement de ce « travailleur collectif », à son époque ce n’était qu’une « intuition » politique qu’il a fallu vérifier bien plus tard en rapport avec le développement dialectique des luttes de classes et de la modernisation capitaliste. Une expérience que les opéraïstes italiens ont assurée d’abord comme un objectif théorique rendu pratique seulement par « l’enquête ouvrière », puis comme mouvement vers la définition d’une composition politique de classe (concrétion du travailleur collectif dans la figure de « l’ouvrier-masse ») mise à l’épreuve du feu pendant le Bienno rosso (1968-69) et les quelques années qui suivirent jusqu’au « 1977 ».

Les échanges qui suivent (voir les 3 fichiers .doc en pièce jointe à la fin du billet) mêlent des questionnements théoriques qui perdurent comme entre Max et des membres du groupe Perspective internationaliste d’une part et entre Max et JW d’autre part et des retours sur des expériences historiques, non par esprit d’entomologiste ou nostalgie, mais parce qu’ils nous interpellent encore. Lire la suite →

Pourquoi l’esprit critique est-il si peu répandu à gauche et dans les milieux libertaires ?

Soumis pour avis à plusieurs camarades, un texte initial s’est ensuite transformé en un débat suite aux nombreuses réflexions et critiques reçues par mail. Chacun a relu sa contribution et celle des autres et un peu réécrit ses courriels. Nous avons donc tous un peu débordé par rapport au thème originel dont l’objectif était de mieux cerner les particularités et difficultés de la situation actuelle, notamment par rapport aux années 60, pour ce qui concerne à la fois l’esprit critique « à gauche » et dans les milieux « radicaux » et les capacités de débattre entre militants….

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Essence ou historicité politique du concept de valeur

(forme, substance, représentation, catégorie)

Cet échange fait suite à divers écrits autour de la question des rapports entre capital et valeur : 40 ans après, retour sur la revue Invariance de J.Wajnsztejn ; Lettre à quelques amis sous l’œil de la réification une lettre privée de H.Bastelica et J-L Darlet à  J.Guigou qui leur à répondu publiquement cette fois dans l’article : Le capital ne réalise pas la philosophie de Hegel, ainsi que le dernier livre de JW et JG : Dépassement et englobement. La dialectique revisitée. C’est donc dans cet échange, que de manière plus ou moins explicite, la question du rapport à Hegel et à la dialectique est sous-jacent, comme il l’était aussi dans les discussions avec BP autour de la rationalité et qui ont fait l’objet d’une parution précédente sur le blog.
Enfin, cet échange n’est pas indépendant, ou du moins il croise l’échange avec David, paru il y a peu sous le titre La valeur à toutes les sauces et le capital fictif pour la bonne bouche. Lire la suite →

La valeur à toutes les sauces et le capital fictif pour la bonne bouche

La valeur, les théories de la valeur, « l’école critique de la valeur », la « création de valeur », les « valeurs », le plus grand flou artistique règne au dessus d’un concept qui s’est transformé en une simple idée ou même tend à n’être plus qu’un mot. Le résultat en est que les discussions autour de la valeur sont biaisées par le fait qu’il est devenu un mot valise qui emporte toute sorte de contenu en voyage. Il est donc nécessaire de revenir ou de remonter au concept comme nous avons essayé de le faire dans L’évanescence de la valeur, mais sans invoquer la moindre antériorité dans ce travail puisqu’il est le fruit de toute une décantation théorique et historique qui a commencé bien en dehors de nous et dès le début des années soixante. C’est pour cette raison que j’ai adressé cette lettre aux organisateurs d’un débat autour de la théorie de la valeur à partir de la lecture de textes de la revue allemande Krisis et de Moïshe Postone qui en a inspiré nombre de positions1.

Ce courrier a entraîné des échanges avec un des participants au débat (non organisateur), que nous faisons suivre. Lire la suite →

  1. Ces positions sont rassemblées sur le site palim-psao.fr. []